L'Ontario repousse son objectif d'équilibre budgétaire

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — L'Ontario reporte une nouvelle fois son retour à l'équilibre budgétaire alors que la province prend une série de mesures d'amortissement pour traverser une période économique qui s'annonce difficile, même si elle s'en sort actuellement mieux que prévu face aux droits de douane américains.
Le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, a reporté pour la troisième année consécutive le retour à l'équilibre budgétaire, prévoyant désormais un excédent en 2028-2029, avec un déficit de 12,3 milliards $ à la fin de l'exercice en cours et une aggravation à 13,8 milliards $ l'année prochaine.
Ce déficit de près de 14 milliards $ représente une hausse significative par rapport à celui de 7,8 milliards $ prévu par le budget 2025 pour l'année à venir — l'Ontario misant massivement sur les infrastructures, les fonds de recherche, les industries à forte croissance et la réduction des coûts pour les petites entreprises.
«Je préférerais un déficit moins important, a reconnu M. Bethlenfalvy. Je préférerais équilibrer le budget plus tôt, mais nous devons vivre dans le monde tel qu’il est, et nous avons aujourd’hui de nombreux défis à relever.»
M. Bethlenfalvy a affirmé que, dans un contexte de tensions géopolitiques et commerciales, son plan de 244,2 milliards $ est «prudent là où il le faut et ambitieux là où il le faut».
Le budget alloue des milliards de dollars à ce qu’il décrit comme des secteurs à forte croissance; il renforce les fonds consacrés à la recherche et à l’innovation et met en œuvre une réduction d’impôt pour les petites entreprises.
Il réduit le taux d’imposition des petites entreprises de 3,2% à 2,2% et permet un amortissement plus rapide des investissements en capital. Ces amortissements représentent plus de 3,5 milliards $ d’allègements fiscaux sur quatre ans, tandis que la réduction d’impôt coûtera 1,1 milliard $ au Trésor sur trois ans, a indiqué le gouvernement.
La province utilise les 4 milliards $ restants d’un compte de 5 milliards $ destiné à la protection contre les chocs liés aux droits de douane pour créer un fonds d’investissement qui, selon le gouvernement, permettra de diversifier l’économie et d’accroître l’indépendance vis-à-vis des relations commerciales avec les États-Unis.
Le fonds d’investissement «Protéger l’Ontario» permettra à la province d’investir avec un commandité, ce qui pourrait attirer des investissements supplémentaires provenant de régimes de retraite et d’autres investisseurs institutionnels.
Il viserait des secteurs tels que l’intelligence artificielle, la défense et la fabrication de pointe, a précisé le gouvernement.
Les conséquences du choc tarifaire américain sur l'Ontario ont été moins importantes que prévu, ont indiqué des responsables. Les exportations vers les États-Unis ayant baissé de 1,7% entre 2024 et 2025, tandis que le total des exportations internationales a augmenté de 5,6 %. Les prévisions de croissance du PIB sont plus optimistes que celles du budget de l'année dernière.
Cette approche est à la fois prudemment optimiste et prudente, a expliqué M. Bethlenfalvy, qui assure s'efforcer de renforcer l'économie face aux menaces futures.
«Lorsque nous avons finalisé le budget, il n’y avait pas de guerre entre les États-Unis et l’Iran ni de conflit mondial de cette ampleur, a-t-il déclaré. Nous ne savons donc pas ce que l’avenir nous réserve, mais je peux vous garantir que ce gouvernement s’attache à protéger l’Ontario.»
Les responsables soulignent également qu’il est impossible de savoir si la prochaine révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique sur le commerce aura des effets positifs ou négatifs pour le pays. Le budget prévoit d’importants fonds de réserve, à hauteur de 1,5 milliard $, 2 milliards $ et 2,5 milliards $ au cours des trois prochaines années.
La dette nette de l’Ontario devrait dépasser les 500 milliards $ l’année prochaine, tandis que le ratio dette nette/PIB devrait s’établir à 37,7%.
Budget critiqué
M. Bethlenfalvy a expliqué que la province s'endettait afin de construire des infrastructures, telles que des hôpitaux, des écoles et des routes. Les libéraux ont rétorqué, affirmant que les paiements d'intérêts pour rembourser cette dette augmentaient plus rapidement que les dépenses de programmes.
«[Dough] Ford est l’homme du demi-billion de dollars qui semble adorer la manne financière», a déclaré le chef libéral par intérim, John Fraser.
Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a affirmé que le budget ne contenait que peu de mesures directes visant à améliorer l’accessibilité financière pour l’Ontarien moyen, mais qu’il comportait en revanche de nombreuses mesures qui feront le bonheur des initiés bien connectés.
«On le voit bien aux priorités de ce budget: un aéroport sur une île, un tunnel ridicule sous la 401, l’Ontario Place, la 413», a noté M. Schreiner.
«En réalité, ces projets sont tellement irresponsables que le gouvernement en parle dans le budget sans jamais leur attribuer de montant, car il est trop gêné par leur coût élevé. Cela alors que tant de gens ont du mal à joindre les deux bouts.»
Quelques investissements importants sont prévus dans le domaine des services, notamment 1,1 milliard $ pour les soins à domicile sur trois ans et 1,1 milliard $ pour les hôpitaux au cours de l’année à venir.
Le secteur hospitalier avait déclaré faire face à un déficit structurel d’un milliard $, mais qu’il aurait besoin d’environ 2,7 milliards $ pour couvrir l’ensemble de ses besoins de fonctionnement.
Le budget de l'Ontario consacré aux services liés à l'autisme passe également à près d'un milliard $. Une somme supplémentaire de 186 millions $ est prévue dans ce budget pour l'année à venir, ce qui porte le total à 965 millions $.
Allison Jones and Liam Casey, La Presse Canadienne