L'inauguration du Monument national 2ELGBTQI+ a lieu vendredi à Ottawa

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Les personnes qui ont été victimes de la discrimination historique à l’endroit des communautés 2ELGBTQI+ espèrent que le nouveau monument national sera un lieu d'apprentissage, de recueillement et de célébration.
Le monument «Coup de tonnerre» sera inauguré vendredi matin à Ottawa, juste à l'ouest de la colline du Parlement.
«Nous racontons ce qui est arrivé à tant d’entre nous et veillons à ce que les Canadiens sachent que c’est une époque à laquelle nous ne devons jamais revenir», a souligné la directrice exécutive du Fonds Purge LGBT, Michelle Douglas.
Mme Douglas s'exprime au nom des membres des Forces armées canadiennes et de la fonction publique qui ont été écartés de leurs fonctions parce qu'ils étaient soupçonnés d'appartenir à la diversité sexuelle ou de genre, une pratique courante au sein du gouvernement fédéral pendant la Guerre froide.
Selon le ministère du Patrimoine, la purge LGBT «fait référence à la période pendant laquelle les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres au sein des Forces armées canadiennes, de la Gendarmerie royale du Canada et de la fonction publique fédérale canadienne ont été, en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur expression de genre, systématiquement victimes de discrimination, de harcèlement et, dans bien des cas, congédiées sur la base de politiques et de pratiques sanctionnées».
La purge LGBT a commencé dans les années 1950 et s’est poursuivie jusque dans les années 1990.
Le monument a été financé grâce à un accord à l’amiable conclu dans le cadre d’une action collective intentée par 719 personnes qui affirmaient avoir été discriminées par Ottawa en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Cette entente, d’un montant de 145 millions $, prévoyait 15 millions $ pour le monument et les expositions commémoratives.
«Trop peu de gens savent qu’il s’agissait d’une injustice historique d’une grande ampleur», a affirmé Mme Douglas, qui est lesbienne.
Mme Douglas a expliqué que des chercheurs avaient estimé à 9000 le nombre de personnes, dans l’ensemble de la fonction publique fédérale, «qui ont été traquées, ont perdu leur emploi, ont été harcelées et victimes de discrimination», dont elle-même.
«À la fin des années 1980, j’ai été licenciée par les Forces armées canadiennes avec la mention suivante inscrite sur mes documents de départ: "pas avantageusement employable en raison de son homosexualité"», a raconté Mme Douglas, dont la contestation judiciaire, en 1992, a contraint l’armée à élargir ses politiques de lutte contre la discrimination.
Le concept
Le monument s’appelle «Coup de tonnerre». Il fait référence à un nuage cumulonimbus qui semble immense et imposant lors des orages, apportant souvent de fortes pluies et des éclairs.
Dans les enseignements anichinabés, les nuages d’orage sont les demeures des «esprits du tonnerre», qui, «par leurs tempêtes, régénèrent le territoire et rétablissent l’équilibre», explique le Fonds Purge LGBT.
La sculpture reprend l’empreinte d’un nuage en carreaux miroirs, composée de centaines de milliers de petits carrés de verre destinés à évoquer des boules disco. Les attributs autochtones symbolisent des identités qui existaient avant que les Européens n’imposent une binarité de genre.
Le monument se trouve le long d’une piste cyclable bordant la rivière des Outaouais, avec vue sur la Cour suprême et le Parlement.
Mme Douglas ajoute qu’il y a des espaces pour s’informer sur l’histoire et réfléchir en toute tranquillité, des bancs pour se retrouver entre amis et des espaces pour se rassembler lors d’occasions solennelles. Le Réseau de la Fierté à la fonction publique organise une soirée dansante autour du monument vendredi.
«Nous pouvons exprimer notre joie et notre amour ici, a mentionné Mme Douglas. Nous espérons que chaque visiteur y trouvera ce dont il a besoin.»
Mme Douglas sera présente à la cérémonie d’inauguration, vendredi matin, en compagnie de la gouverneure générale Louise Arbour, de dignitaires et de personnalités canadiennes s’identifiant comme 2ELGBTQI+, y compris des personnes bispirituelles.
Recul mondial
Cette cérémonie intervient dans un contexte de recul mondial des droits des personnes 2ELGBTQI+.
On peut penser aux enfants transgenres qui affirment que les politiques provinciales compromettent leur sécurité à l’école, ou encore au Sénégal et au Ghana, qui durcissent les sanctions pour les relations entre personnes du même sexe et la défense des droits des personnes 2ELGBTQI+.
Le président américain, Donald Trump, a cherché à exclure les personnes transgenres des institutions fédérales et a abrogé des politiques destinées à protéger les minorités.
«Il faut lutter contre la discrimination, où qu’elle se manifeste. Et je pense que la purge LGBT est un avertissement qui montre qu’il est erroné de juger les gens uniquement sur la base de leur identité», a plaidé Mme Douglas.
«Nous ne devrions pas avoir à nous battre aussi durement pour notre simple existence. Je pense ici, bien sûr, à ceux qui tentent d’une manière ou d’une autre d’effacer la vie des personnes trans et non binaires.»
Des monuments similaires existent ailleurs, comme le Homomonument dans le centre d’Amsterdam, qui utilise des triangles roses en granit évoquant les écussons en tissu utilisés par les nazis dans les camps de concentration pour identifier les personnes 2ELGBTQI+.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne