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L'expansion du port serait «non-rentable», selon une étude commandée par la SNAP

durée 10h00
13 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une étude commandée par la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) soutient que le projet d’agrandissement du Port de Montréal à Contrecœur risque d'être un «fardeau financier pour les contribuables» et repose notamment sur des projections irréalistes.

SNAP Québec, une organisation consacrée à la protection de la nature et des espèces menacées compte contester en Cour fédérale le projet d’expansion du Port de Montréal, car il mettrait en péril la survie du chevalier cuivré, une espèce en voie de disparition.

Mardi, la même organisation qui menace de poursuivre le fédéral pour avoir autorisé le projet, a publié une étude qui soutient que cette infrastructure, risque «d’être sous-utilisée, non rentable et un fardeau financier pour les contribuables canadiens».

Projections «irréalistes»

Le projet d’agrandissement du Port de Montréal à Contrecœur, que le premier ministre Mark Carney espère voir approuvé et réalisé de façon accélérée dans le cadre de la Loi visant à bâtir le Canada, «repose sur des projections irréalistes d‘augmentation du flux de conteneurs dans le fleuve Saint-Laurent», selon Éric Pineault, professeur au département de sociologie à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

À titre d’exemple de projections irréalistes, les deux coauteurs de l’étude publiée mardi matin, Éric Pineault et le chercheur Henri Chevalier, doctorant à l’Université Waterloo, ont ressorti des données qu'avait publiées l'Administration portuaire de Montréal (APM) en 2017 dans un document qui justifiait l’agrandissement du terminal portuaire de Contrecœur.

À cette époque, l'APM avait indiqué que «le trafic conteneurisé au Port de Montréal devrait presque doubler entre 2016 et 2030, passant de 1,45 million à 2,47 millions d’EVP» (Équivalent Vingt Pieds) et qu’il fallait donc agrandir le port.

«Contrairement à ce que projetait le Port dans son étude de 2017, il n’y a pas eu de croissance continue du trafic pendant les 11 dernières années» et le volume de trafic de conteneurs, estimé «à environ 1,5 million EVP en 2025», n’atteint pas «les niveaux prévus dans l’étude de 2017 qui justifiait l'agrandissement du Port», soulignent les chercheurs Pineault et Chevalier.

Il y a effectivement une «stagnation du marché des conteneurs», soutient l’ancien professeur de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal, Jacques Roy, qui a parcouru l’étude.

Par contre, ajoute le professeur retraité, «il faut être réaliste», car «le gouvernement fédéral mise beaucoup sur la diversification du commerce» et trouver d’autres partenaires que les États-Unis pour les échanges commerciaux «ne se fera pas autrement que par le transport maritime». Donc, selon lui, l’agrandissement du port «arrive au bon moment pour les objectifs du gouvernement».

Également, ajoute Jacques Roy, «peut-être qu’en ouvrant les barrières interprovinciales, Montréal pourrait servir de point d'entrée pour des marchandises provenant d'Europe pour les redistribuer dans le reste du pays».

Ce genre d’occasion «n’était pas là dans les dernières années», mais elle pourrait se présenter dans l’avenir.

L’eau du Saint-Laurent n’est pas assez profonde

L’étude commandée par SNAP Québec souligne que le transport maritime évolue vers une flotte de bateaux «trop gros» pour naviguer jusqu’à Contrecœur.

«Les tendances du commerce maritime jouent contre Montréal: la flotte mondiale se concentre désormais sur les méganavires nécessitant des ports en eaux profondes», alors que «le faible tirant d’eau du Saint-Laurent empêche Montréal et Contrecœur d’accueillir les méganavires».

Contrecœur serait donc «non compétitive face à des hubs comme Halifax ou New York» et risquerait de demeurer «un port secondaire, peu attractif pour les grandes alliances de transport maritime».

Cet argument, selon Jacques Roy, «mérite un peu de nuance».

«Il y a de grands hubs internationaux, mais Montréal n'a jamais vraiment aspiré à concurrencer ses grands ports». Montréal a un rôle différent et son port est davantage «un port de cueillette et de destination» qu’un port où «on transfère des conteneurs» à partir de méganavires sur des navires plus petits.

Par ailleurs, l’analyse des chercheurs Pineault et Chevalier considère que «la contrainte climatique» pèse sur «la rentabilité future du terminal», car les changements climatiques «modifient le régime hydrologique du fleuve Saint-Laurent, provoquant de basses eaux chroniques qui compromettent la navigabilité et la fiabilité du corridor maritime».

La contribution du privé inconnue

L’APM compte augmenter la capacité annuelle du port de 60 % grâce à l’agrandissement de son terminal à Contrecœur et souhaite utiliser ce site pour augmenter sa capacité de manutention de conteneurs et estime que jusqu’à 1,5 million de conteneurs par année pourraient transiter par ce futur terminal, financé en partie par les fonds publics.

L’analyse publiée mardi indique que le projet repose sur un «financement majoritairement public: 300 millions $ d’Ottawa, 130 millions $ du Québec et 480 millions $ empruntés par le Port de Montréal». Son coût total, peut-on lire, «a bondi d'environ 150 %, passant de 950 millions $ à 2,3 milliards $».

Le projet de Contrecœur «présente des risques importants de non-rentabilité malgré des garanties publiques de financement, s’inscrivant dans une dynamique observée dans plusieurs projets industriels et d’infrastructures récents», comme Northvolt ou encore Lion Électrique, soulignent les auteurs du rapport.

«S'il n'y avait pas de promoteur, je dirais que c'est un projet assez aventuriste», avance pour sa part Jacques Roy, «mais comme il y a un promoteur privé qui est prêt à mettre de l'argent, ça vient un peu contrebalancer l'argument que ce ne soit pas rentable».

Le groupe émirati DP World sera l’exploitant du futur terminal de Contrecœur, mais on ignore combien d’argent ce groupe est prêt à investir dans le projet.

«On ne connaît pas les investissements privés et je vous dirais que, tant que ça n'est pas réglé, c'est peut-être un peu prématuré d'aller de l'avant» dans l’agrandissement du port, précise le professeur retraité Jacques Roy.

Atteinte à la biodiversité

Les travaux d’expansion du port impliquent de draguer le fond du fleuve Saint-Laurent dans l’aire de distribution du chevalier cuivré, une espèce menacée.

On ne retrouve le chevalier cuivré nulle part ailleurs sur la planète que dans un tronçon restreint du fleuve Saint-Laurent et quelques affluents, comme la rivière Richelieu, où il se reproduit.

Jeudi dernier, l’APM a annoncé avoir obtenu du ministère Pêches et Océans Canada (MPO) le permis «pour les travaux d’expansion des installations portuaires à Contrecœur et la poursuite de la construction du nouveau terminal à conteneurs», dans l’habitat du chevalier cuivré.

SNAP Québec compte contester la validité du permis délivré.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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