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L'exode de médecins anesthésiologistes fait craindre plus de délais en chirurgie

durée 04h30
16 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L’Association des anesthésiologistes du Québec (AAQ) s'inquiète de l'exode de ces spécialistes de la médecine périopératoire alors que certains envisagent de pratiquer hors Québec ou au privé, ce qui aurait des impacts importants sur l'attente en chirurgie.

L'AAQ a réalisé un sondage auquel 397 anesthésiologistes ont participé, soit près de la moitié des médecins de cette spécialité. Les résultats dévoilés jeudi montrent que 46 % des répondants disent avoir envisagé de se désaffilier de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour pratiquer dans le secteur privé.

De plus, près de 28 % des personnes sondées indiquent avoir déjà entrepris des démarches pour pratiquer la médecine à l’extérieur du Québec, que ce soit par des demandes de permis dans d’autres juridictions ou des discussions sérieuses avec leurs proches.

Le Dr Nikola Joly, président de l'AAQ, se dit préoccupé par une diminution du nombre d’anesthésiologistes dans le réseau public, car cela se traduirait directement par une réduction de la capacité chirurgicale. Autour de 140 000 personnes étaient en attente d'une chirurgie au Québec au début de l'année 2026.

Les équipes s'épuisent

Un anesthésiologiste participe en moyenne à 600 à 700 interventions par année. Et pas seulement pour la chirurgie. Il est aussi présent pour les accouchements par rapport à la gestion de la douleur avec l'épidurale, et aussi parce qu'on ne fait pas de césariennes sans anesthésiologiste au Québec. Il est aussi en demande en radio-oncologie pour immobiliser le patient durant une intervention ou encore dans le domaine de la psychiatrie pour pouvoir procéder à des électrochocs.

«Si on a 600 à 700 interventions de moins parce qu'il y a un anesthésiologiste qui, soit a pris sa retraite de façon précoce, a quitté la province ou est parti pour le privé, et bien c'est tout le réseau qui est fragilisé et pas juste le réseau, les collègues aussi sont fragilisés», déplore le Dr Joly.

Chaque jour, il y a plus d'une centaine d'anesthésiologistes à travers la province qui sont de garde, souvent sur place pendant la nuit pour offrir des soins d'urgence aux patients. «Les petites équipes, quand elles perdent un joueur, la garde qui était aux cinq jours [...] va être aux quatre jours. Il y a un cercle vicieux qui peut s'installer avec l'épuisement de ceux qui restent», soulève le Dr Joly.

Mauvaise utilisation des blocs opératoires

Le Dr Joly n'a pas de chiffre précis quant au nombre d'anesthésiologistes qui ont quitté le réseau public, mais l'AAQ dit suivre les démarches qui sont faites pour pouvoir exercer hors Québec. Le contexte politique tendu de l'automne dernier n'est pas étranger à la situation, selon le Dr Joly.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) n'a toujours pas conclu d'entente avec le gouvernement. Dans le contexte des négociations, le Dr Joly souhaite attirer de futurs collègues «avec des conditions de pratique acceptables».

«On souhaite participer aux discussions puisqu'on a des solutions pour améliorer la production. Je pense que ce n'est plus seulement une question de nombre, mais aussi de bonne utilisation des ressources, au bloc opératoire en particulier, où on est présent de façon continue», fait valoir le président de l'AAQ.

Il expose plusieurs «aberrations» dans la gestion des blocs opératoires. Des patients qui étaient à l'horaire sont parfois annulés en raison des retards accumulés, par exemple des formulaires de consentement non complétés ou la longueur de l'entretien ménager. Sans système de rappel de rendez-vous, il arrive aussi qu'on oublie de valider la veille la présence du patient pour son opération. L'équipe de chirurgie est donc prête à opérer, mais sans patient.

D'autre part, l’AAQ s’inquiète de la situation dans certaines régions intermédiaires, où la disponibilité des anesthésiologistes pourrait devenir plus fragile au cours des prochains mois, créant un risque de découvertures de services.

Par exemple, en Mauricie, Centre-du-Québec, en Outaouais, en Montérégie ou en Estrie, si les plus petites équipes «perdent un joueur», ça crée «une mauvaise spirale qui diminue l'accès».

Le Dr Joly précise qu'il n'y a pas d'enjeu d'accès aux chirurgies urgentes. Par contre, les petites équipes s'épuisent, car elles ne peuvent pas être de garde 72 heures de suite. «À un moment donné, il faut qu'ils prennent une pause pour leur sécurité à eux, mais aussi la sécurité des patients. Et dans certains cas, ça peut vouloir dire avoir un corridor de service avec un autre hôpital si jamais l'équipe ne peut plus absorber la récurrence trop fréquente de la garde.»

Le sondage de l'AAQ a été réalisé entre le 6 et le 11 mars 2026.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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