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L'État québécois s'active sur le front de l'IA, soutient un haut fonctionnaire

durée 10h00
22 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Québec est «en action» sur le plan de l'intelligence artificielle (IA), soutient un haut fonctionnaire du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN). Des initiatives d'agent conversationnel sont notamment en cours dans l'administration publique, mais la population devra patienter avant d'en profiter directement pour naviguer à travers les services de l'État, prévient-il.

En date de juin dernier, au moins 434 projets en IA avaient été déclarés par 156 organismes publics, indique le sous-ministre adjoint aux partenariats et à l'intelligence artificielle du MCN, Jonathan Kelly.

Les initiatives sont de toutes sortes et de toutes tailles. Elles comprennent entre autres des outils en automatisation, pour le traitement d'image ainsi qu'en matière de planification, de prédiction et d’aide à la décision.

«Le gouvernement du Québec est en action actuellement sur l'intelligence artificielle», fait valoir M. Kelly en entrevue.

L'implantation d'agents ou d'assistants conversationnels est aussi au nombre des projets.

M. Kelly donne l'exemple du cas d'usage suivant: un fonctionnaire dans un centre d'appels peut recourir à une IA conversationnelle afin de trouver plus rapidement réponse aux questions de citoyens.

«L'idée, c'est de baisser le délai d'appel (...) de donner un meilleur service aux citoyens», affirme le sous-ministre adjoint.

Une fois que ces systèmes seront bien «rodés» à l'intérieur de l'appareil étatique, Québec pourrait envisager de les rendre accessibles directement à la population.

«On est encore à l'étape de roder ces outils-là. Je n'ai pas d'échéancier à annoncer aujourd'hui parce qu'on est encore à l'étape interne.

«Quand on jugera que les technologies seront suffisamment matures, c'est certain qu'il va y avoir un désir de les rendre disponibles aux citoyens pour simplifier le service», mentionne M. Kelly.

Il précise que ce sera à chacun des organismes publics ou ministères de déterminer le moment opportun pour diffuser ces agents auprès de la population.

La Presse Canadienne révélait le mois dernier que Québec avait finalement écarté le lancement d'une première version d'un robot conversationnel alimenté par l'IA générative sur le site «Québec.ca», qui regroupe les divers services gouvernementaux.

Une expérimentation réalisée en 2024 a montré que «le taux d'erreur était trop élevé» et que «les technologies n'étaient pas suffisamment matures» pour être mises à la disposition des citoyens, évoque M. Kelly.

Il explique que l'État a décidé de privilégier le déploiement «à l'interne pour accélérer le travail des fonctionnaires, leur faciliter la vie» ainsi que pour bonifier ces outils et «les rendre plus matures».

Cela permet également de procéder à un travail de nettoyage, de classification et de structuration des données afin d'améliorer l'efficacité des agents en IA, précise M. Kelly.

De l'expérimentation à un déploiement à grande échelle

En plus du robot conversationnel, deux autres initiatives en IA et automatisation dans la fonction publique ont été abandonnées par Québec.

Le MCN avait mis à l'essai en 2024 des prototypes devant réduire le temps de traitement des formulaires d’assurances des fonctionnaires et le processus de facturation. Ces projets pilotes n'ont pas été concluants en raison de «défis significatifs», selon un document interne du MCN obtenu et rapporté en juillet par La Presse Canadienne.

Le MCN a sollicité une entrevue à la suite de la publication de ce reportage pour lancer le message suivant: «le Québec ne renonce pas à l'intelligence artificielle» après l'abandon de ces initiatives.

«On était dans les balbutiements, notamment de l'intelligence artificielle générative à l'époque, explique M. Kelly. Depuis, on passe d'une approche d'expérimentation, à une approche où on veut construire les conditions nécessaires pour utiliser l'IA à grande échelle, mais le faire de manière sécuritaire, de façon efficace et surtout digne de confiance.»

En décembre dernier, le MCN a adopté un cadre sur l'utilisation de l'IA générative par les organismes publics. Il englobe entre autres la protection des données, la formation du personnel et les critères à considérer pour choisir les cas d’usage de cette technologie, en plus de mesures de contrôle.

Ententes avec Cohere et Mistral

Le gouvernement du Québec a annoncé en juin s'être associé avec l’entreprise canadienne Cohere ainsi qu'avec la société française Mistral afin d’explorer les possibilités pour intégrer l'IA dans la fonction publique et améliorer l'efficacité de l'État.

M. Kelly rejette l'idée selon laquelle ces ententes empiètent sur les compétences du MCN ou reflètent un manque d'expertise au sein du ministère.

«Réinventer la roue systématiquement, c'est long et ça coûte cher. (...) D'avoir la perspective du fournisseur, ça nous permet parfois d'éviter certains écueils dans le déploiement et de sauver du temps.

«On a des experts à l'interne, mais de travailler avec les autres, puis d'aller chercher le meilleur, on juge que ça nous permet d'avancer plus vite, de sauver des coûts et d'avancer de façon plus sécuritaire également», soutient-il.

Aucune implication financière n'est rattachée aux ententes avec Mistral et Cohere. À l'heure actuelle, Québec échange de l'information avec les deux entreprises permettant de réfléchir sur sa stratégie, indique le sous-ministre.

La collaboration avec ces firmes ne donne pas «un avantage indu» à un fournisseur. Les organismes publics et ministères sont libres d'acquérir des solutions en IA auprès d'autres compagnies, évoque M. Kelly.

Le sous-ministre fait valoir que le gouvernement travaille avec d'autres organisations québécoises du milieu de l'IA, telles que Mila, IVADO et l'Obvia - l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique.

M. Kelly mentionne que l'objectif du ministère avec l'IA n'est pas de réduire le nombre d'employés au sein de la fonction publique.

«Au MCN, on travaille sur l'efficacité des employés de l'État et rendre de meilleurs services aux citoyens», conclut-il.

Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

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