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L'argent autrefois réservé aux livres dans les écoles pourra être utilisé ailleurs

durée 10h00
11 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, aura finalement fait la sourde oreille aux multiples cris d’alarme lancés par le milieu du livre, les enseignants et plus de 17 000 signataires d’une pétition lui demandant de protéger l’enveloppe dédiée à l’achat de livres dans les écoles.

Les règles budgétaires que doivent suivre les centres de services scolaires (CSS), qui viennent tout juste d’être dévoilées, confirment leurs pires craintes: l’enveloppe de 38 millions $ qui était jusque-là réservée à l’achat de livres, a été fondue dans une grande enveloppe qui comprend également les budgets pour une foule d’autres activités.

On peut ainsi lire, dans le document du ministère, que les 288 millions $ que contient cette nouvelle enveloppe globale permettront «d’intégrer plus d’activités physiques au quotidien, d’offrir des activités parascolaires variées, d’augmenter l’accessibilité à des programmes et projets pédagogiques particuliers, de développer les collections des bibliothèques scolaires et d’intégrer la culture dans les apprentissages. Elle permet également de soutenir la réalisation de projets culturels, scientifiques et artistiques, l’organisation de sorties éducatives (ex.: en plein air) ainsi que la mise en place de comités culturels.»

Le document précise d’ailleurs que «les normes d’allocation de l’année scolaire 2025-2026 s’appliquent, à l’exception du concept de mesures dédiées, protégées et non transférables puisque les mesures pour l’année scolaire 2026-2027 sont sans contrainte, sauf la mesure (portant sur) l’aide alimentaire». En d’autres termes, l’enveloppe n’est plus segmentée et réservée à des usages spécifiques, dont l’achat de livres.

Tout l'écosystème sur le qui-vive

L’inquiétude dans le milieu est très grande, affirme Gabrielle Simard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec. «On ne parle pas de compression. Ils n'ont pas coupé des budgets. La ministre de l’Éducation nous annonçait d’ailleurs qu’il y avait des nouvelles sommes il y a quelques semaines pour les écoles secondaires. Ce sont des bonnes nouvelles, mais ce ne sont pas des sommes qui peuvent servir juste au livre. Donc nous, ce qui nous inquiète, c'est que ça serve à n'importe quoi d'autre.»

La chaîne du livre comprend de nombreux acteurs. Elle comprend les auteurs et autrices, les illustrateurs, les maisons d'édition, les distributeurs-diffuseurs, les libraires. Une pression à la baisse aura un impact particulièrement important chez ceux qui sont dans le domaine de la littérature jeunesse, souligne Mme Simard. «Il y a beaucoup d'éditeurs jeunesse en ce moment qui sont très inquiets puis qui se demandent quelles actions ils vont devoir poser pour passer au travers de l'incertitude qui se pointe. Parce qu'en même temps, c'est un peu ça le problème aussi, c'est que quand la mesure est dédiée, que le livre est protégé, on a une certaine prévisibilité dans le milieu.»

Gabrielle Simard rappelle également que le choc va traverser l’ensemble de la province. «Il y a des libraires dans chacune des régions du Québec, des librairies agréées, il y en a plusieurs. Il y a les libraires qui font partie de chaînes, il y a les librairies qui sont indépendantes, les coopératives scolaires, aussi.»

Flou total

L’enveloppe qui était dédiée aux livres soutenait deux programmes. L’un consistait à donner à chaque enseignante une somme d’environ 300 $ pour l’achat de livres pour sa classe. Aucune information n’a été donnée par le ministère quant à l’avenir de cette mesure, ce qui laisse croire que ces sommes ont tout simplement été amalgamées dans la grande enveloppe et pourront être utilisées par les CSS à leur discrétion.

L’autre mesure consistait à financer l’achat des livres pour les bibliothèques scolaires, mais en partenariat. Les CSS devaient en effet soutenir l’achat en défrayant le tiers du coût, les deux tiers étant payés par l’enveloppe du ministère. La crainte dans le milieu est que les CSS, n’étant plus obligés d’utiliser l’argent pour acheter des livres et, donc, n’étant plus obligés de payer le tiers de ces achats, placent l’argent ailleurs où ils n’ont pas cette obligation de dépenser.

Gabriele Simard raconte que le flou le plus complet règne toujours sur cette question aussi. «On a eu des échos que le ministère compenserait le tiers qui était demandé aux centres de services scolaires et qu’ils n'auraient plus besoin de le fournir, mais on n'a jamais eu de confirmation officielle de la part du ministère sur cette question-là.»

Impact culturel pour les jeunes

Au-delà de l’impact économique sur l’écosystème du livre, les interrogations sur l’avenir de la culture deviennent pressantes si l’on ne soutient plus de manière systématique la présence du livre à l’école à l’ère des écrans. «Dans plusieurs messages qui sont véhiculés par le gouvernement actuellement, que ce soit par rapport à la francisation, à la découvrabilité des œuvres québécoises, à la culture québécoise, à la littéracie, on a l’impression qu’on nous parle peut-être un peu des deux côtés de la bouche, avance Mme Simard. D'un côté, on nous prône des désirs, des volontés de s'améliorer sur tous les plans que je viens de vous nommer là, mais de l'autre côté, en fait, on ne se donne pas les moyens, je pense, d'atteindre ces objectifs-là. Je ne vois pas la logique», surtout dit-elle, à la lumière des derniers chiffres dévoilés par la Fondation pour l’alphabétisation. Celle-ci nous apprenait le printemps dernier qu’au Québec, 52 % des adultes de 16 à 65 ans n’atteignent pas le niveau de littéracie qui permet de comprendre un texte long, comme un article de journal ou un contrat, soit près de trois millions de personnes.

Les enveloppes dédiées à l’achat de livres dans le milieu scolaire existent depuis une vingtaine d’années et l’ensemble du milieu entend en faire un enjeu électoral. «Visiblement, la ministre LeBel n'a pas changé d'idée. On ne peut pas compter là-dessus avant la fin de son mandat. Donc, on se dit que les prochaines élections sont une opportunité, puis on espère que le dossier va faire partie des discussions dans ce contexte-là. On espère avoir des engagements des différents partis par rapport aux livres et au fait de le protéger et de se donner les moyens d'avoir la société qu'on souhaite avoir.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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