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L'ambassadeur d'Afrique du Sud déplore les coupes de Casques bleus du Canada

durée 08h12
14 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'ambassadeur d'Afrique du Sud à Ottawa estime que la décision du Canada de retirer la plupart de ses Casques bleus du continent va à l'encontre de l'engagement pris par le gouvernement Carney de favoriser la coopération entre les puissances moyennes.

«Je suis attristé par le fait que ces coupes budgétaires semblent constituer une sorte de retrait de l'engagement du Canada en faveur de la paix en Afrique», a déclaré le haut-commissaire Rieaz Shaik, en entrevue avec La Presse Canadienne.

«On ne se retire pas des ressources communes mondiales pour ensuite affirmer vouloir construire une alliance entre puissances moyennes.»

Les commentaires de M. Shaik surviennent alors que le Canada prévoit de rappeler ses Casques bleus du Congo et du Soudan du Sud, où Ottawa a suspendu les activités de son ambassade. Le service diplomatique est également revenu sur les changements de personnel qui visaient à renforcer les liens avec l’Afrique du Sud.

Le gouvernement fédéral poursuit une réduction budgétaire de 15 % pour la plupart des agences gouvernementales. Il s’est également engagé dans une stratégie qui prévoit un engagement accru auprès des pays africains dont les jeunes populations devraient générer un essor économique.

Le 17 juillet, les Forces armées canadiennes (FAC) ont annoncé qu’elles retiraient la plupart de leurs Casques bleus d’Afrique afin de se concentrer sur d’autres régions.

«Ces changements permettront de mieux harmoniser les ressources des FAC avec les priorités actuelles en matière de défense, entre autres, la défense du Canada, l’appui envers la région euro-atlantique et la contribution à la stabilité de l’Indo-Pacifique», ont indiqué les Forces armées dans un communiqué.

L’armée prévoit de retirer l’ensemble des neuf Casques bleus engagés dans la Mission des Nations unies au Soudan du Sud, ainsi que le même nombre de soldats participant à une mission de stabilisation de l’ONU au Congo.

Le Canada réduit également son opération de maintien de la paix dans la zone frontalière entre l’Égypte et Israël, passant de 40 à 10 membres des Forces armées. Il rapatrie les cinq Casques bleus présents au Kosovo ainsi que le seul officier stationné à Chypre.

Les Forces armées canadiennes ont précisé que, bien que les missions de maintien de la paix concernées ne comptaient qu’un petit nombre de membres, elles étaient composées de certains de ses officiers les plus expérimentés, chargés d’apporter «leur leadership, leur discernement et leur expérience institutionnelle» aux Casques bleus d’autres pays.

Cette décision a suscité des critiques de la part de l’ancien ministre des Affaires étrangères Lloyd Axworthy et de l’ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, Bob Rae.

Un repli sur l'OTAN

L’Afrique du Sud a salué à plusieurs reprises les efforts du Canada pour mettre fin à l’ancien régime d’apartheid, dans le cadre desquels Ottawa avait encouragé d’autres pays du Commonwealth afin qu’ils exercent des pressions et imposent des sanctions au gouvernement de l’époque.

M. Shaik a soutenu que la voix du Canada comptait et que sa décision de retirer quelques dizaines de Casques bleus pourrait inciter d’autres pays à faire de même.

«Nous avons toujours considéré le Canada comme un partenaire fiable en matière de multilatéralisme», a-t-il affirmé.

«Ce n’est pas un bon signal lorsqu’une puissance comme le Canada commence à se désengager des enjeux de sécurité mondiale. Parce que cela justifie alors que d’autres puissances fassent de même», a-t-il ajouté, évoquant les coupes dans l’aide étrangère américaine qui ont incité le Canada et d’autres pays à se retirer.

M. Shaik a laissé entendre que le retrait du Canada des missions de maintien de la paix contredisait le message lancé par le premier ministre Mark Carney lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, en janvier. Dans son discours prononcé à cette occasion, le premier ministre avait appelé les puissances moyennes à tisser des liens économiques et sécuritaires plus étroits afin de contrer la coercition exercée par les grandes puissances.

«Les missions de maintien de la paix sont extrêmement importantes. Si l’on veut instaurer la stabilité, il faut faire taire les armes à feu», a dit M. Shaik.

Il a ajouté qu’il doutait qu’Ottawa réalise des économies en retirant ses Casques bleus d’Afrique tout en maintenant un important contingent de soldats en Lettonie dans le cadre de l’OTAN.

«Il s’agit là d’un repli fondamental vers le cercle de l’OTAN, a soutenu M. Shaik. Le monde est plus vaste que cela et nous sommes convaincus que le cœur du Canada l’est également.»

Ottawa revient sur une décision

Le Canada a également fermé brusquement son ambassade au Soudan du Sud ce mois-ci. Affaires mondiales Canada a indiqué sur son site web que le Canada «a temporairement suspendu ses activités» dans ce pays, sans en expliquer la raison.

Dans un dossier préparé en vue de la déposition de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, devant un comité de la Chambre des communes le 27 novembre 2025, Affaires mondiales a rapporté qu’il fusionnerait certaines représentations diplomatiques afin d’atteindre ses objectifs budgétaires et qu’il ne se retirerait pas entièrement des pays où il est présent.

Ottawa est également revenu sur une décision en matière de dotation en personnel qui aurait conduit le haut-commissariat en Afrique du Sud à se concentrer davantage sur les relations bilatérales en y transférant des postes assurant à distance la couverture d’autres pays.

Une note d’information du gouvernement datée de mars 2025 indiquait que cette mesure soutiendrait «l’engagement stratégique avec l’Afrique du Sud, l’un des principaux acteurs du continent». Ottawa a annulé ce changement en janvier, invoquant des coupes budgétaires.

M. Shaik a déclaré que son pays comprenait que les diplomates et les Casques bleus représentaient un coût élevé en période d’austérité gouvernementale. Il a ajouté qu’il attendait de voir si la transition de Justin Trudeau à M. Carney se traduirait par un désintérêt du Canada pour l’Afrique ou par des coupes budgétaires à l’échelle mondiale.

«L’Afrique en a particulièrement fait les frais, que ce soit par une réduction des déploiements en matière de sécurité, par l’ouverture de nouvelles ambassades ou par la réaffectation des responsabilités, je le constate. Mais j’aimerais croire que nous n’avons pas été la seule région à en payer le prix», a-t-il affirmé.

L'Afrique n'est pas une priorité, dénonce un organisme

La campagne ONE, qui milite en faveur de la santé mondiale et de l’autonomisation économique de l’Afrique, a fait valoir qu’Ottawa n’avait pas encore clairement alloué de fonds ni élaboré de plans visant à diversifier les échanges commerciaux avec les pays africains, comme elle l’a fait pour la région indo-pacifique.

«Ce qu’on voit de ce gouvernement envers l’Afrique, c’est que, malheureusement, il semble que la région ne soit pas réellement une priorité», a indiqué Elise Legault, directrice principale des politiques pour l’Amérique du Nord au sein de l’organisation.

«Dans un sens, on a un discours qui est positif de s’engager envers le continent, de bâtir des relations à long terme, mais en même temps, on n’a pas nécessairement les investissements de l’autre côté et on ne sent pas un signal très fort de la part du gouvernement que l’Afrique compte.»

Mme Legault a souligné que les exportations canadiennes vers les pays africains pourraient doubler pour atteindre 13 milliards $ en une décennie si Ottawa prenait des mesures concrètes, telles que l’organisation de missions commerciales.

La ministre Anand a récemment inauguré un haut-commissariat au Bénin et a déclaré avoir chargé le service diplomatique de multiplier les opportunités économiques sur le continent.

Le Canada a également réduit son financement des initiatives mondiales en matière de santé et mis en place des interdictions de visa à l’encontre des pays touchés par le virus Ebola, enfreignant ainsi les directives de l’Organisation mondiale de la santé.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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