L’ambassadrice palestinienne croit que le Canada peut «redonner espoir» à son peuple

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La nouvelle ambassadrice palestinienne à Ottawa affirme que la reconnaissance de l'État de Palestine par le Canada a été «déterminante» pour son peuple et pour le respect du droit international, mais elle estime que le Canada doit en faire davantage pour mettre fin à l'occupation israélienne.
«Mon message aux Canadiens est qu’ils ont un rôle à jouer pour redonner espoir au peuple palestinien», a déclaré Feda Abdelhady à La Presse Canadienne.
«Il faut davantage de cohérence et de cohésion dans la politique canadienne vis-à-vis de la Palestine et d’Israël», a-t-elle soutenu lundi, lors de sa première grande entrevue accordée à un média grand public depuis son arrivée à Ottawa au début de l’été.
La prédécesseure de Mme Abdelhady a terminé son mandat à l’automne dernier, juste au moment où le premier ministre Mark Carney reconnaissait officiellement l’État de Palestine, il y a près d’un an.
M. Carney a déclaré avoir pris cette décision afin de préserver la possibilité d’une solution à deux États, dans laquelle Israël et un État palestinien pourraient coexister en toute sécurité — une perspective qui, selon Ottawa, a été discréditée par le gouvernement israélien et par des groupes militants palestiniens, tels que le Hamas, que le Canada considère comme un groupe terroriste.
Depuis lors, un accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza a légèrement réduit les violences quotidiennes entre Israël et les combattants du Hamas, et a permis au territoire de sortir de la liste officielle des régions en situation de famine. Les Nations unies indiquent que la situation humanitaire reste catastrophique, en particulier pour les enfants, tandis qu’Israël s’empare d’une partie de plus en plus importante du territoire.
Dans le même temps, l’Organisation des Nations unies (ONU) se dit alarmée par une forte recrudescence de la violence des colons israéliens extrémistes en Cisjordanie, marquée par des affrontements meurtriers et le détournement de sources d’eau vitales par ces derniers.
Israël a mis en place une peine de mort qui, comme l’avait dénoncé en mars la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, «vise systématiquement les Palestiniens». Les libéraux ont également sanctionné certains des colons les plus violents.
L'ambassadrice Abdelhady s’est exprimée lundi, peu après qu’il a été révélé que le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, avait publiquement préconisé de tuer «30 à 40» Palestiniens dans la bande de Gaza chaque nuit.
«Je viens au Canada à un moment qui est peut-être l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du peuple palestinien. Mais j’arrive au Canada avec beaucoup d’espoir», a-t-elle déclaré.
Pour Mme Abdelhady, cet espoir réside dans le fait que les Canadiens perçoivent les différentes formes de violence et d’oppression qui sévissent au Moyen-Orient comme étant liées entre elles.
«C’est un phénomène continu, généralisé et systématique», a-t-elle affirmé.
Depuis 1967, Israël contrôle la quasi-totalité du territoire palestinien, arguant que l’occupation et les restrictions aux frontières sont nécessaires pour répondre à de réelles menaces pour sa sécurité. Le Canada et la plupart des pays considèrent que l’occupation de la Cisjordanie et les politiques menées dans la bande de Gaza constituent une violation du droit international.
Feda Abdelhady a soutenu que le résultat final logique des politiques israéliennes est de rendre la vie des Palestiniens si misérable qu’ils soient contraints de partir. Elle a mis en avant plusieurs déclarations du gouvernement israélien concernant la réinstallation des Palestiniens et l’intégration de leurs terres au territoire israélien.
«C’est un système d’occupation. C’est un système d’apartheid. C’est un système de génocide», a-t-elle insisté.
Elle a rappelé que le Canada s’était opposé à cela en s’engageant en faveur d’un État palestinien et en aidant à mettre en place des institutions en vue du jour où son peuple se gouvernerait lui-même.
«Le Canada ne se plie pas au diktat israélien refusant la création d’un État palestinien et dénigrant le gouvernement palestinien par ses attaques contre l’Autorité palestinienne et toute autre institution officielle palestinienne», a argué Mme Abdelhady à propos de la reconnaissance de M. Carney.
«Sa décision concernant la Palestine a, selon nous, été déterminante (…) à l’échelle mondiale, elle a été très significative.»
Mais elle a ajouté que le Canada devait imposer des sanctions à Israël, telles que la suspension des accords commerciaux utilisés pour importer des marchandises en provenance des territoires palestiniens occupés — des «biens volés», selon ses propres termes — ainsi que des exportations militaires utilisées contre les Palestiniens.
Ottawa a insisté sur le fait qu’il n’exportait vers Israël que des armes défensives, telles que des circuits imprimés destinés au «Dôme de fer», un système de défense antimissile, affirmant dans un premier temps avoir interdit les «biens létaux» en vertu d’une requête parlementaire adoptée en mars 2024. Les libéraux ont ensuite nuancé leur position en précisant que l’interdiction ne s’appliquait pas aux «articles utilisés pour défendre les civils».
Des associations telles que Project Ploughshares affirment que cette formulation est trompeuse et que des composants canadiens se retrouvent dans des armes utilisées contre les Palestiniens, peut-être en raison des dérogations accordées par le Canada en matière de contrôle des armes pour les marchandises transitant par les États-Unis.
Le gouvernement israélien continuerait d’encourager les colons de Cisjordanie s’il ne faisait pas l’objet de sanctions visant Israël dans son ensemble, a soutenu l'ambassadrice, et non pas seulement certains individus.
«L’ensemble du régime d’occupation israélien — le gouvernement, l’armée et les milices de colons — ne fait qu’un, a-t-elle expliqué. Il finance, il permet, il facilite et il protège ces colons.»
Le mandat de Feda Abdelhady à Ottawa fait suite à des décennies de travail au service de l’Autorité palestinienne aux Nations unies, où, selon elle, les vetos américains ont discrédité la capacité à résoudre et à prévenir les conflits.
«La dégradation de l’ONU due au comportement des États-Unis au Conseil de sécurité, et en particulier en ce qui concerne Israël, a eu pour conséquence de discréditer complètement le poids et l’autorité de cet organe», a-t-elle affirmé.
L’annonce faite il y a un an par Mark Carney, selon laquelle le Canada reconnaîtrait un État palestinien, précisait que cette reconnaissance était «subordonnée à l’engagement de l’Autorité palestinienne à mener les réformes indispensables».
Partisans et détracteurs ont tous deux interprété cela comme une imposition par Ottawa de conditions à la reconnaissance de l’État palestinien, et non comme une simple mise en perspective par le premier ministre du contexte général dans lequel il avait pris cette décision.
Mme Abdelhady a déclaré que l’autodétermination est un droit inaliénable et non quelque chose soumis à des conditions. Elle a ajouté que des réformes sont en cours, notamment grâce à l’aide financière canadienne au développement, mais a précisé que les progrès ne peuvent aller très loin tant que les Palestiniens sont confrontés à une violence récurrente.
Le gouvernement israélien a vivement critiqué la reconnaissance de la Palestine par le Canada et insiste sur le fait que l’Autorité palestinienne n’a pas mené à bien les réformes promises concernant des politiques qui, selon lui, propagent la violence au Moyen-Orient.
Par ailleurs, Mme Abdelhady a indiqué que son équipe avait demandé à Ottawa de faire passer la délégation palestinienne du statut de «délégation générale reconnue» à celui d’ambassade à part entière.
Les membres du personnel de la délégation sont accrédités en tant que diplomates et Mme Abdelhady est reconnue comme ambassadrice à l’issue d’un processus informel impliquant un entretien téléphonique entre les ministres des Affaires étrangères, plutôt que lors d’une cérémonie officielle à Rideau Hall.
Mme Abdelhady a déclaré que le statut d’ambassade à part entière conférerait davantage de permanence à l’ambassade et enverrait le message que l’autodétermination est un droit et non un privilège.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne