Karl Malenfant rejette tout blâme et soutient qu'on a voulu détruire sa réputation

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Karl Malenfant affirme qu’il n’a rien à se reprocher dans le dossier SAAQclic et même que ce projet qu’il a piloté n’est pas un fiasco.
Mercredi, à quelques jours du dépôt du rapport de la commission Gallant, l’ancien vice-président aux technologies de l’information de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) a voulu aller au-devant des coups, lui qui a reçu un préavis de blâme dans lequel il fait l’objet de 48 allégations.
«Il n'a pas pu, lors de ton témoignage, présenter de façon ordonnée et structurée sa version des faits, qui lui aurait permis notamment de répondre à toutes les accusations qui ont été portées à son égard», a déclaré son avocat, Me Jean-François Bertrand, pour justifier la démarche.
Karl Malenfant s’est présenté devant les médias à Montréal avec un chariot transportant des boîtes de documents qu’il a remis aux journalistes, dont une réplique de 112 pages aux allégations dont il fait l'objet. Il affirme sans détour avoir servi de bouc émissaire dans ce dossier.
Assassinat de réputation
M. Malenfant est allé plus loin, faisant état d’un effort concerté ayant des allures de complot pour lui nuire, effort dont il dit avoir pris connaissance par le biais d’un lanceur d’alerte. «Il nous révélait dans le fond qu'une firme informatique, supportée d'une firme de lobbying, (…) aurait orchestré à mon égard une stratégie de type 'character assassination' (assassinat de réputation). Et l'objectif, c'est faire en sorte que la cible, moi, soit perçue comme indigne de confiance pour que personne n'écoute sa défense. En résumé, c'est une tentative de tuer une image publique de quelqu'un pour le neutraliser.»
Il n’a pas voulu identifier les deux firmes dont il serait question ni la personne ayant agi comme lanceur d’alerte et La Presse Canadienne n’a pas été en mesure de vérifier les échanges de courriels en question qui ne se trouvaient pas dans la masse de documents qu’il a remis à la presse.
M. Malenfant a insisté sur le fait qu’il n’avait jamais porté seul la responsabilité du projet, celle-ci étant répartie entre le maître d’ouvrage, soit le conseil d’administration, qui décidait des orientations et stratégies et qui signait les chèques, le réalisateur, en l’occurrence l’Alliance formée des firmes d’informatique IBM/LGS et SAP, et le maître d’œuvre, dans ce cas, lui et son équipe.
Il a raconté, par exemple, qu’il avait accepté de reporter le lancement de SAAQclic en janvier 2023 lorsque plusieurs acteurs avaient dit ne pas être prêts, mais que le lancement catastrophique le mois suivant, lui, avait reçu le feu vert de tout le monde.
«Comment ça se fait que c'est toujours de ma faute?»
«En février, ils nous ont tous dit 'go', nommément les experts leaders d'IBM ont dit 'go'. M. Marsolais (Denis Marsolais, ex-PDG de la SAAQ) a entendu, il a dit 'go'. Les six VP (vice-présidents) avec leurs équipes qui, comme dans la livraison, préparaient le déploiement et étaient prêts. Notre vérificateur externe qui était présent tous les jours aux rencontres, parce que pendant un mois on a fait des rencontres tous les jours, était présent. Ça a été une décision collective. Comment ça se fait que c'est toujours de ma faute?»
Il s’est par ailleurs demandé comment on a pu lui reprocher d’avoir imposé le choix du logiciel de SAP alors que cette décision était survenue trois ans avant son embauche.
Il a aussi reproché aux procureurs de la commission Gallant de n’avoir présenté que des «napperons» faisant état de signaux au vert, ce qui laissait croire que le conseil d’administration était tenu dans l’ignorance des dépassements de coûts et des délais. Or, dit-il, sa reddition de comptes complète, que la commission a ignorée, ne tenait pas sur des napperons, mais bien sûr de multiples documents qu’il a montrés aux journalistes où la dégradation des indicateurs, qui passaient au jaune et au rouge au fil des mois, montre que le conseil d’administration était bien au fait de la situation depuis longtemps.
Pas un fiasco
Selon lui, les dépassements de coûts invoqués par la vérificatrice générale sont erronés puisqu’il s’agit d’un calcul qui inclut les coûts de construction et ceux de l’exploitation, ce qui équivaut, dit-il, à «mélanger des pommes et des bananes», une expression utilisée par un des témoins experts devant la commission. Certes, il y a eu des dépassements, mais la manière dont il avait préparé le contrat a obligé IBM/LGS à en absorber une part de 100 millions $, fait-il valoir. Il s’est du même coup targué du fait que le projet SAAQclic est l’un de ceux où les dépassements de coûts ont été les plus faibles parmi une série de projets d’informatisation du secteur public.
Quant au terme «fiasco», il le rejette en faisant valoir que SAAQclic fonctionne et qu'il s'agit d'un «investissement durable payé à sa juste valeur» et demande que l'on cesse d'utiliser cette expression par respect pour les quelque 500 personnes de son équipe qui s'y sont consacrées.
À ce sujet, Me Bertrand a noté que les six projets – incluant SAAQclic – présentés par son client avec leurs dépassements de coûts ont tous un dénominateur: ils ont été réalisés par IBM/LGS. «Je trouve ça curieux qu'à date, ils n'ont pas eu à répondre à aucune question. C'est quand même eux autres qui fixaient les coûts relativement aux travaux qu'ils devaient réaliser», a dit l'avocat.
Me Bertrand n’a pas voulu fermer la porte à d’éventuelles poursuites, mais a dit préférer attendre le dépôt du rapport avant de voir ce que son client fera.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne