Jour 22: la crise de l'itinérance et la crise tarifaire s'invitent en mi-campagne
Après deux débats télévisés en autant de soirs, les caravanes des cinq chefs de parti ont repris la route, jeudi. La crise de l'itinérance et les risques de la guerre commerciale sur l'économie québécoise ont retenu l'attention au 22e jour de la campagne électorale.
La découverte d’un bébé sur le campement géant situé sur la rue Notre-Dame, à Montréal, vendredi dernier, qui a été révélée mercredi, a suscité des réactions chez les aspirants premiers ministres.
Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, s'est dit préoccupé par l’ampleur de la crise de l’itinérance. Il a jugé que la situation est «gênante» pour «une société riche» comme le Québec.
Selon lui, cet «échec grave» de la hausse de l'itinérance visible est dû au fait que «la réponse n'était pas au rendez-vous» dans le gouvernement caquiste.
Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, a pour sa part appelé «tous les élus à intervenir parce qu’il y a eu des manquements graves et qu’on parle de vies humaines qui sont perdues». Il a souligné «l’importance de s’attaquer à la question de l’itinérance».
La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, s'est montrée émue face à la découverte du bambin. «Il faut éviter à tout prix que ça se reproduise», a-t-elle affirmé, évoquant que son gouvernement planche sur un plan national de lutte contre l’itinérance.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, s'est dite aussi choquée par la nouvelle. «J’en parle et j’en "shake"», a lancé Mme Ghazal. Elle estime que, pour régler l'itinérance, il faut «des investissements, une volonté politique ferme et de l'argent, pas juste des belles paroles et des vœux pieux».
Jugeant «totalement inacceptable» la situation, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a appelé à trouver des solutions, précisant qu'un campement n'en représente pas une.
«Ce n’est pas un logement alternatif. Il faut condamner le fait que ça pousse et il faut s’assurer d’éliminer le plus rapidement possible les campements partout au Québec», a-t-il dit.
Rappelons que les cinq principaux partis politiques se sont engagés à organiser un sommet national sur l’itinérance le printemps prochain, comme l’ont suggéré l’ancienne première ministre Pauline Marois et une trentaine d’autres personnalités publiques en mai dernier.
30 000 emplois
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada ainsi que ses impacts sur l'économie du Québec ont de nouveau rebondi dans la campagne électorale.
Mme Fréchette a finalement dévoilé le nombre d'emplois qui sont sous surveillance en raison des droits de douane.
La première ministre sortante a affirmé que le gouvernement du Québec «surveille étroitement» 30 000 emplois répartis dans une soixantaine d'entreprises qui seraient vulnérables.
«Ce n'est pas 30 000 emplois qui sont à risque, a-t-elle nuancé. Parce que dans chacune de ces entreprises, c'est une partie, probablement, des travailleurs qui seraient à risque avec la guerre tarifaire.»
Elle a toutefois prévenu que la liste «pourrait s'allonger» si le conflit commercial s'aggrave.
CLSC, CPE et agriculture
La remise en marche des caravanes à travers la province a aussi annoncé le retour de nouvelles promesses à moins de trois semaines du jour du scrutin.
Le chef du PLQ s'est engagé à renforcer le réseau des CLSC. M. Milliard a promis d'injecter 200 millions $ de plus, afin notamment que les CLSC redeviennent de véritables «points d'ancrage» dans leurs communautés.
Une personne requérant des soins devrait pouvoir compter sur son CLSC pour l'orienter vers la meilleure ressource et l'accompagner dans son parcours, a-t-il déclaré.
La porte-parole de QS a plaidé pour une meilleure valorisation de la profession d'éducatrice à la petite enfance afin de compléter le réseau des CPE. Le parti de gauche propose d'injecter 610 millions $ afin d'embaucher 5000 éducatrices qualifiées d'ici 2030.
La formation politique a mis de l'avant différentes mesures, dont un rattrapage salarial «significatif» pour les éducatrices et le personnel de soutien. Il serait négocié avec les syndicats dès la fin de la convention collective des éducatrices, a expliqué Mme Ghazal, qui souhaite aussi la création de 30 000 nouvelles places en CPE.
Le chef du PCQ a présenté pour sa part son plan en agriculture. M. Duhaime s'est engagé à n’imposer aucune nouvelle réglementation restrictive en agriculture pendant quatre ans. Il compte aussi alléger les règles existantes.
Les conservateurs veulent également moderniser la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles afin de donner plus de latitude aux MRC «pour permettre le morcellement de terres non dynamiques destiné à des projets agricoles en circuit court».
De son côté, la cheffe de la CAQ a annoncé une série de mesures qu’elle compte mettre en place pour rendre les soins vétérinaires plus abordables.
La CAQ veut notamment obliger les cliniques vétérinaires à «afficher, en ligne et dans leurs locaux, le prix de services courants, comme la consultation, la vaccination, la stérilisation ou les soins dentaires de base».
L’objectif étant de permettre aux propriétaires d’animaux de comparer plus facilement les prix avant de choisir une clinique.
Les Québécois sont appelés à se rendre aux urnes le 5 octobre. D'ici là, il reste un débat des chefs devant avoir lieu le 23 septembre à Radio-Canada.
— Avec des informations de Sébastien Auger, Stéphane Blais, Caroline Plante et Thomas Laberge, de La Presse Canadienne
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

