Intelligence artificielle: les élus votent pour se doter d'un code de conduite

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Par La Presse Canadienne, 2026
QUÉBEC — L’Assemblée nationale a voté mardi en faveur d'une motion pour que les élus se dotent «sans délai» d’un code de bonne conduite sur l’intelligence artificielle (IA) en vue des prochaines élections d’octobre.
«Idéalement, il faut des lois. Mais là, on n'aura pas le temps. On est réaliste. Adoptons au moins un code de conduite pour que la prochaine campagne électorale se déroule bien», a expliqué le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, qui chapeautait la motion.
Cette initiative de l’élu solidaire fait suite à une expérience de «La Presse» qui a créé un hypertrucage de Gabriel Nadeau-Dubois avec l’intelligence artificielle. Le politicien a accepté de se prêter au jeu et s’est dit troublé par le résultat.
«Je pense que ça démontre à quel point le Québec n'est pas à l'abri de ce qui se passe un peu partout dans le monde. La démocratie, c'est fragile», a-t-il affirmé mardi.
Le code de bonne conduite a été rédigé par le consortium de recherche en IA «IVADO». Il demande aux partis politiques de faire une utilisation responsable de cette technologie.
«Les partis s’entendent pour ne pas utiliser de système d’IA pour générer et diffuser des messages visant à tromper et à manipuler l’opinion de l’électorat, que ce soit en le désinformant, en le mésinformant ou en négligeant intentionnellement de vérifier des faits», peut-on y lire, par exemple.
La motion a été adoptée à l’unanimité, mais la seule députée conservatrice à l’Assemblée nationale, Maïté Blanchette Vézina, était absente lors du vote.
Un peu plus tôt mardi, le chef conservateur Éric Duhaime a dit qu’il n’était pas contre l’idée de signer ce code, mais qu’il voulait plus de clarifications.
«On veut mieux évaluer l'impact de l'intelligence artificielle avant de prendre une position ferme», a-t-il expliqué.
Les péquistes et les libéraux se sont dits prêts à signer le code de conduite, mais souhaitent attendre de voir ce que feront les conservateurs.
La Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) ont déjà signé.
En entrevue avec La Presse Canadienne il y a quelques semaines, le directeur général des élections du Québec (DGEQ), Jean-François Blanchet, disait prendre au sérieux l’IA et ses impacts potentiels dans les prochaines élections. Il en appelait à un encadrement de cette technologie.
Des risques concrets
Les risques de l’IA sur les élections sont bien réels. La Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) en a documenté quelques-uns dans un mémoire publié en 2024.
Elle souligne que «comme l’IA générative (telle que ChatGPT) arrive facilement à créer des contenus pouvant duper les usagers, elle exacerbe considérablement les risques de manipulation politique par la désinformation».
«La désinformation dans les médias numériques alimentée par l’IA est une forme de manipulation puisqu’elle vise à modifier les croyances de manière insidieuse en exploitant les asymétries de connaissances relatives au fonctionnement de l’IA et des médias numériques. Elle porte ainsi atteinte à la capacité des électeurs de faire des choix autonomes et à prendre part de manière éclairée à la délibération publique», écrit-on.
Le CEST note par exemple que les outils d’IA générative peuvent être utilisés pour intimider et donc décourager des citoyens à faire le saut en politique.
«Une grande part des hypertrucages sont en réalité des hypertrucages non consensuels, bien souvent à caractère pornographique, et ceux-ci ciblent dans une vaste majorité de cas des femmes. Ce type d’hostilité en ligne à l’égard des femmes peut faire en sorte que certaines remettent en question leur participation à la vie publique», ajoute-t-on dans le mémoire.
La CEST a pour mandat de conseiller le gouvernement du Québec sur tout ce qui touche les enjeux éthiques liés à la science et à la technologie.
Thomas Laberge, La Presse Canadienne