Inhibiteurs de la GLP-1: attention aux déficiences alimentaires

Temps de lecture :
3 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les patients à qui sont prescrites les nouvelles molécules de perte de poids ont besoin d'un accompagnement professionnel pour éviter d'éventuelles carences nutritionnelles et une perte musculaire, préviennent des chercheurs britanniques.
Des molécules comme le sémaglutide et le tirzépatide – qui sont commercialisées sous des noms comme Ozempic, Wegovy et Mounjaro – suppriment l'appétit, augmentent la sensation de satiété et réduisent les fringales en imitant l'hormone naturelle GLP-1, qui est normalement libérée dans le sang en réponse à l'alimentation.
Il devient dès lors plus important que jamais de s'assurer que ces patients profitent d'une alimentation optimale, a commenté le professeur Jean-Philippe Drouin-Chartier, du Centre NUTRISS de l'Université Laval.
«On connaît très peu les effets de ces médicaments sur le statut nutritionnel, a admis le professeur Drouin-Chartier. On se pose beaucoup de questions qui sont très légitimes considérant les effets importants de ces médicaments sur la quantité de nourriture que les personnes vont manger dans une journée.»
Ces médicaments peuvent réduire l'apport calorique de 16 à 39 %. Les données disponibles suggèrent aussi que la masse maigre, y compris les muscles, peut représenter jusqu'à 40 % du poids total perdu pendant le traitement.
On ne dispose toutefois que de peu d'informations concernant l'impact des molécules sur la qualité de l'alimentation, l'apport en protéines ou l'adéquation des micronutriments. Des observations portent toutefois à conclure que ces patients consomment des quantités excessives de gras, notamment de gras saturés.
Un apport insuffisant en micronutriments peut exposer les personnes à divers problèmes de santé, comme la fatigue, une réponse immunitaire inadéquate, la perte de cheveux et l'ostéoporose. La perte de masse maigre, principalement musculaire dans la plupart des cas, augmenterait quant à elle le risque de faiblesse, de blessures et de chutes.
«C'est une chose de moins manger en termes de quantité, et puis ça, évidemment, ça va, induire une perte de poids, a dit le professeur Drouin-Chartier. Mais l'autre aspect, c'est (...) que peu importe la quantité de calories qu'on va manger dans une journée, la qualité est cruciale, et ça va être déterminant dans les effets sur la santé de notre alimentation. Une bonne qualité nutritionnelle est essentielle à la santé, peu importe la quantité de nourriture qu'on mange.»
Sans conseils nutritionnels appropriés et sans le soutien de professionnels de la santé, ont souligné les chercheurs de l'Université de Cambridge, il existe «un risque réel que la réduction de l'apport alimentaire compromette la qualité de l'alimentation, ce qui signifie que les (patients) pourraient ne pas consommer suffisamment de protéines, de fibres, de vitamines et de minéraux essentiels au maintien d'une bonne santé générale».
«Il faut accompagner ces gens-là de façon multidisciplinaire, multiprofessionnelle, a dit le professeur Drouin-Chartier, qui mène ses propres travaux sur l'alimentation des patients à qui on a prescrit un inhibiteur de la GLP-1. Il faut qu'il y ait des nutritionnistes d'impliquées dans le suivi de ces personnes-là pour gérer les effets des médicaments.»
D'autant plus, ajoute-t-il, qu'on ne sait toujours pas avec certitude si certains des effets secondaires observés, comme les nausées ou les problèmes digestifs, sont causés par les molécules ou par l'alimentation des patients. Un accompagnement professionnel pourrait donc permettre d'y voir un peu plus clair, a dit le professeur Drouin-Chartier.
Mais encore faut-il qu'on dispose des ressources nécessaires pour offrir cet accompagnement aux patients qui en ont besoin, que ce soit pour apprendre à préparer leurs propres repas ou encore pour faire de meilleurs choix à l'épicerie, a ajouté le chercheur.
«Est-ce qu'on est capables d'accompagner toutes les personnes qui veulent utiliser ces médicaments-là de la meilleure façon possible avec un accompagnement multidisciplinaire?, a demandé le professeur Drouin-Chartier. Pour moi, poser la question, c'est y répondre, donc il faut cibler les personnes les plus vulnérables.»
Manger moins, c'est une chose, mais manger mieux, c'est beaucoup plus complexe, a-t-il conclu.
En attendant qu'on dispose de données scientifiques fiables, les chercheurs britanniques suggèrent de s'inspirer des directives données aux patients qui subissent une chirurgie bariatrique pour épauler ceux à qui sont prescrits les antagonistes de la GLP-1.
Les conclusions de cette revue de littérature ont été publiées par le journal Obesity Reviews.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne