Heures prolongées des commerces: des réactions mitigées sur le terrain

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — L'idée de permettre aux commerces de détail de rester ouverts plus tard la fin de semaine suscite des réactions mitigées sur le terrain: si certains commerçants se réjouissent de ce changement, d'autres estiment que l'essor du commerce en ligne rend cette mesure inutile.
À compter du 11 mars, les commerces de détail qui le souhaitent pourront rester ouverts jusqu'à 21 heures les samedis et dimanches, sauf les jours fériés. Il s'agit d'un projet pilote d'un an.
Le gouvernement caquiste fait valoir que ce projet pilote vise à donner une plus grande flexibilité aux commerçants, en leur permettant de s'adapter à leur clientèle.
Le Québec est la seule province qui réglemente encore largement les heures d'ouverture des commerces de détail. Règle générale, à l'exception des pharmacies et des épiceries, ceux-ci doivent fermer à 17 heures la fin de semaine.
Charlie Whitley, qui est propriétaire d'une boutique de vêtements rétro dans le Mile-End, à Montréal, trouve cette situation ridicule.
«Ça me fait mal chaque fois que je dois fermer mes portes à cette heure-là», dit-il en entrevue avec La Presse Canadienne.
Si M. Whitley se réjouit de pouvoir fermer plus tard la fin de semaine, tous ne partagent pas son enthousiasme. C'est le cas de Suzanne Foucault, qui est propriétaire d'Uchuu, une boutique de vêtements située sur l'avenue Laurier Ouest.
Selon Mme Foucault, ouvrir plus longtemps la fin de semaine ne ferait que «diluer les ventes, sans les augmenter», tout en gonflant les coûts liés à la main-d'œuvre.
Elle rappelle que les consommateurs ont déjà la possibilité de faire des achats en ligne en dehors des heures d'ouverture des magasins. «Les gens travaillent de la maison. Ils ne sortiront pas pour faire leurs achats», à son avis.
Myriam Élie, propriétaire de la bijouterie Myel, également située sur l'avenue Laurier Ouest, abonde dans le même sens. «Nous n'avons pas l'intention de prolonger nos heures», confirme-t-elle, soulignant que 20 à 30 % des ventes de son magasin se font en ligne.
Jennifer Glasgow, de la boutique Jennifer Glasgow, sur le boulevard Saint-Laurent, songe à ajuster ses heures d'ouverture, mais seulement de façon saisonnière, «lorsque les journées s'allongent et se réchauffent». Le froid ne favorise pas les achats en fin de journée, selon elle.
Et les centres commerciaux?
Andrew Lutfy, le grand patron de Carbonleo, qui est promoteur du Royalmount, appuie l'idée d'offrir plus de flexibilité aux entrepreneurs. «Le gouvernement ne devrait pas s'immiscer dans nos activités», plaide-t-il.
À partir du 11 mars, le Royalmount sera ouvert de 10 h à 19 h du dimanche au mardi, et de 10 h à 21 h du mercredi au samedi, puisque la demande est au rendez-vous, surtout la fin de semaine. «Les locataires n'ont pas le choix, ils devront suivre le mouvement», précise-t-il.
D'autres zones commerciales se montrent plus prudentes. L'équipe marketing de la Place Ville Marie, au centre-ville de Montréal, n'a pas l'intention de prolonger ses heures d'ouverture dans le cadre du projet pilote.
L'économiste Roger Gagné, qui est directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, mentionne que chaque entreprise s'adaptera «en fonction des besoins de ses clients».
«Il est peu probable que les heures d'ouverture soient uniformes dans l'ensemble du secteur de la vente au détail», explique-t-il.
M. Gagné ne s'attend pas à ce que l'allongement des heures d'ouverture modifie de manière significative le comportement des consommateurs.
«Les gens ne vont pas commencer à consommer davantage parce que les heures d'ouverture sont différentes. Cela ne fera qu'augmenter leur confort.»
L'enjeu de la main-d'œuvre
Le vice-président des communications à l'Institut économique de Montréal, Renaud Brossard, croit que le projet pilote ne va pas assez loin. Il rappelle que «la plupart des provinces n'ont pas d'heures d'ouverture réglementées en dehors de certains jours fériés».
Il évoque l'Ontario, où les entreprises peuvent théoriquement fonctionner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, mais le font rarement. Selon lui, cette flexibilité permet aux détaillants de s'adapter en fonction des besoins.
Julia Posca, qui est chercheuse à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), prévient que l'allongement des heures d'ouverture pourrait accentuer la pénurie de main-d'œuvre. «Ça va compliquer les choses, c'est certain.»
Mme Posca note qu'il y avait 11 300 postes vacants dans le secteur du commerce de détail au Québec à la mi-décembre 2025 — un chiffre inférieur à celui enregistré pendant la pandémie de COVID-19, mais qui reste important.
Mme Foucault, de la boutique Uchuu, confirme que le recrutement est un défi. «On a déjà du mal à trouver des employés», témoigne-t-elle.
M. Lutfy estime toutefois que l'allongement des heures d'ouverture pourrait être salutaire pour les travailleurs à temps partiel, notamment pour les jeunes.
Charlotte Glorieux, La Presse Canadienne