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Gabriel Nadeau-Dubois propose une réforme majeure du système d'éducation

durée 16h10
7 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois presse l’ensemble des partis politiques de placer l’éducation au cœur de la prochaine campagne électorale et leur offre une trajectoire pour réformer en profondeur le système québécois.

À l’approche de son départ de la vie politique, l’ancien co-porte-parole de la formation de gauche a présenté, mardi, un livre blanc intitulé «Ceux qu’on échappe. L’impact de l’école à trois vitesses sur les garçons». Les données présentées par Gabriel Nadeau-Dubois démontrent en effet que l’écart entre le succès des garçons et celui des filles est non seulement plus important au Québec, mais surtout qu’il est aggravé par le système à trois vitesses de l’éducation québécoise.

Qu’entend-on par un système à trois vitesses? On parle ici du niveau secondaire où les élèves aboutissent soit en cheminement régulier dans le secteur public, soit en projet pédagogique particulier (PPP – pensez au sport-étude, au programme d’éducation internationale ou à une concentration en musique, par exemple) là aussi au public, soit au privé.

L’ouvrage du député de Gouin s’est penché sur trois indicateurs: le décrochage, la maîtrise du français et le passage aux études supérieures. Dans les trois cas, les filles ont un net avantage, ce qui est le cas dans tous les pays développés, mais les données démontrent que l’écart entre filles et garçons est pire au Québec qu’ailleurs au Canada.

Le «régulier» pointé du doigt

«Non, les garçons et les filles ne sont pas égaux face à l'école à trois vitesses. Et oui, les garçons, surtout les garçons issus des milieux défavorisés, sont les premières victimes de notre système d'éducation inégalitaire», affirme-t-il. Mais cet écart n’est pas du tout uniforme entre les trois modes d’éducation, fait-il valoir. «Les écarts garçons-filles explosent littéralement dans les classes régulières du réseau public.»

La différence s’explique facilement: tant les écoles privées que les PPP publics sélectionnent les élèves. Ceux qui ne sont pas sélectionnés parce que leurs notes ne sont pas assez bonnes ou qu’ils n’ont pas les moyens d’aller au privé, aboutissent au régulier. «Au privé et au public avec projet particulier, les écarts entre les garçons et les filles sont beaucoup plus petits. Ils sont parfois même statistiquement insignifiants», explique M. Nadeau-Dubois.

Alors, pourquoi l’écart s’agrandit-il entre filles et garçons dans le secteur public régulier? «Ce que des études québécoises, françaises, allemandes, américaines ont démontré, c'est qu'à milieu socio-économique égal, les garçons sont beaucoup plus sensibles à leur environnement d'apprentissage que les filles. Autrement dit, quand les conditions d'apprentissage sont difficiles, quand on est dans une école ou dans une classe où il y a plus de jeunes défavorisés, plus de jeunes en difficulté, les garçons sont plus affectés par ça. Ils sont plus perméables, ils sont plus sensibles à cet environnement scolaire difficile, ce qui fait chuter leurs résultats.»

Plus sensibles à l'environnement scolaire

Cette sensibilité accrue des garçons s’explique par plusieurs raisons, dit-il, notamment le fait que le cerveau des garçons se développe moins rapidement que celui des filles, écart qui atteint son maximum vers l’âge de 16 ans, mais aussi «une (raison) qui m'apparaît très importante, c'est l'influence des stéréotypes masculins traditionnels qui sont souvent incompatibles avec la réussite scolaire». S’appuyant sur les travaux de nombreux chercheurs, son livre blanc explique par exemple que «s’affirmer comme garçon dans une école secondaire, surtout face à ses pairs, passe souvent par le non-respect des règles». Ce non-respect amène une étiquette de rebelle souvent recherchée par les garçons adolescents.

Que suggère-t-il pour atténuer cet écart? D’abandonner le «régulier» au secondaire et n’offrir que des projets particuliers sans sélectionner les élèves et inviter les écoles privées subventionnées à se joindre au réseau public, les subventionner à 100 % et qu’elles cessent elles aussi de sélectionner les élèves et qu’elles n’exigent plus de frais de scolarité, tout en gardant une certaine autonomie dans leur gestion et une couleur qui leur est propre. Les écoles privées qui refuseraient de se joindre au secteur public ne recevraient plus de subvention, ce qui ferait monter en flèche leurs coûts d’admission, puisque Québec subventionne à hauteur d’environ 75 % leurs frais d’exploitation.

Toutefois, précise le député, ces réformes ne peuvent être faites à la pièce. «Il va falloir prendre le problème dans son ensemble parce que seulement s'attaquer à la sélection au public, je crains que ça génère des répercussions, possiblement même une fuite sur le privé. Je pense que c'est pour ça qu'on est dû pour des états généraux en éducation, pour ne pas justement prendre ces problèmes-là par petites bouchées, mais au contraire, faire une transformation globale du système, comme on l’a fait lors de la Révolution tranquille.»

«Je suis en rien»

Mais le «régulier» doit disparaître, insiste-t-il. «C'est commun d'entendre des jeunes dire "moi, je suis en rien. Je ne suis pas en régulier, je suis en rien." Imaginez l'impact sur la motivation de ces jeunes-là, sur leur estime de soi quand ils voient, par exemple, celui ou celle qui était leur meilleur ami au primaire, accéder à une concentration, accéder à un sport études, accéder à un programme international, l’effet sur l'estime de soi de ces jeunes-là de se faire dire: "Toi, tu as 13 ans là, mais déjà, tu es dans une deuxième classe". C'est dévastateur.»

L’objectif, selon lui, serait «d'offrir à tous les élèves du Québec des programmes particuliers ouverts, stimulants, pour que tout le monde trouve sa raison d'aller à l'école, que tout le monde soit motivé, enthousiasmé d'avoir un cheminement qui lui ressemble et qui correspond à ses intérêts».

Il se défend d’accuser l’école à trois vitesses d’être entièrement responsable des écarts entre filles et garçons, mais il est convaincu que ce système les accentue. «L'abolition du régulier, en soi, ne réglerait pas tous les problèmes, mais ça viendrait quand même faire disparaître l'aspect démobilisant de la classe régulière du réseau public.» De même, dit-il, cette transformation ne ferait pas disparaître les iniquités entre élèves favorisés et défavorisés, mais «on a le choix de construire un système qui alimente ces inégalités ou qui les atténue. En ce moment, on a un système qui les alimente.»

L'intégration à revoir

D’éventuels états généraux devraient également revoir les pratiques d’intégration des jeunes handicapés ou ayant des difficultés d’apprentissage ou de comportement. Il note que les ressources nécessaires au soutien de ces élèves n’ont jamais suivi, alors qu’en même temps, les jeunes les plus performants et les plus favorisés s’en allaient vers les PPP ou les établissements privés. «Je pense qu'on est dus, au Québec, pour une révision de la politique d'adaptation scolaire parce que, clairement, il y a quelque chose qui ne va pas bien. (…) Des classes où il y a deux fois, trois fois, quatre fois par semaine, des épisodes de désorganisation qui font en sorte qu'il faut carrément interrompre les apprentissages pendant une heure, deux heures ou une demi-journée, ça arrive beaucoup trop souvent au Québec.»

Il avertit toutefois qu’on ne peut laisser le débat sur la réussite des garçons être «kidnappé» par les opposants au féminisme parce qu’«on a vu le discours sur la réussite scolaire des garçons être détourné pour faire le procès des avancées des droits des femmes». Au contraire, dit-il, «dans un contexte de montée du masculinisme, de montée des idées rétrogrades, des conceptions même réactionnaires du rôle des hommes et du rôle des femmes dans la société, l'éducation fait partie de la solution».

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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