Feux et climat: une scientifique préoccupée par le silence des politiciens

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La scientifique à la tête du projet international World Weather Attribution se dit profondément préoccupée par le silence des responsables politiques face aux preuves établissant des liens entre les incendies de forêt dévastateurs en Europe et au Canada et les changements climatiques.
Lors d'une conférence de presse, tenue en visioconférence, à laquelle assistaient des journalistes de plusieurs pays mercredi, la scientifique allemande Friederike Otto s’est dite «profondément préoccupée» par «le silence assourdissant» des dirigeants face aux données publiées par le World Weather Attribution de l’Imperial College de Londres.
«Nous constatons une réaction extrêmement faible» de la part «des plus hauts responsables politiques», a indiqué la professeure en science du climat qui dirige le projet international World Weather Attribution.
La semaine dernière, les scientifiques de ce projet concluaient que le changement climatique d’origine humaine a multiplié par 20 la probabilité que se produisent les conditions chaudes et sèches responsables des incendies records en Espagne, et a doublé les risques d’incendies extrêmes en France.
Cette semaine, la même équipe a publié un rapport qui indique que les changements climatiques ont doublé la probabilité d’occurrence des conditions météorologiques extrêmes qui sont à l’origine des récents incendies de forêt en Ontario et dans les Territoires du Nord-Ouest.
Un pipeline qui contribuera au changement climatique
Plus de 3,8 millions d’hectares de forêt ont brûlé au Canada cette année, des milliers de personnes ont été évacuées, tandis que des millions d’autres ont été exposées à des niveaux de fumée dangereux.
Questionnée à savoir si elle avait un message à transmettre au premier ministre Mark Carney qui souhaite que les Canadiens subventionnent un nouveau pipeline, dont le coût est estimé entre 35,2 et 43,7 milliards $, Friederike Otto a répondu ceci: «Le message que je transmettrais à Mark Carney est très simple: si vous exportez des combustibles fossiles, les conséquences de leur combustion se feront sentir chez vous».
Les changements climatiques induits par les combustibles fossiles influencent les incendies de forêt canadiens principalement en augmentant la fréquence et l’intensité des conditions météorologiques propices aux feux.
Lors du point de presse mercredi, la chercheuse Friederike Otto, qui a contribué à différents rapports du GIECC, a également été questionnée sur les intentions du premier ministre canadien d’utiliser les deniers publics pour financer des projets de capture et de séquestration du carbone de l’industrie pétrolière et gazière.
Si les humains ne réduisent pas de façon importante les émissions «de combustibles fossiles dans les secteurs où des alternatives existent», alors «le «captage et le stockage du carbone deviennent largement inefficaces», a répondu la chercheuse.
Sans abandon des combustibles fossiles, a-t-elle ajouté, le financement du captage et de la séquestration du carbone «ne fera qu'enrichir davantage une industrie déjà très lucrative».
Les chercheurs de l’équipe du World Weather Attribution publient régulièrement des données qui indiquent dans quelle mesure les changements climatiques – dus principalement à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz – augmentent la probabilité d’incendies dévastateurs.
Les chercheurs comparent la gravité des conditions météorologiques favorables aux incendies avec les données historiques enregistrées dans les régions, ainsi qu’avec celles qui auraient été observées si la température mondiale était inférieure de 1,4 degré Celsius.
Cette différence correspond au réchauffement global enregistré depuis l’époque préindustrielle.
Selon le dernier rapport de World Weather Attribution, les conditions chaudes, sèches et venteuses à l'origine des incendies dans les Territoires du Nord-Ouest pourraient désormais survenir tous les deux à six ans, et tous les six à quinze ans en Ontario.
Dans un monde exempt de changements climatiques d'origine humaine, le rapport suggère que ces conditions auraient été beaucoup plus rares, se produisant moins d'une fois tous les 40 ans.
Réaction du bureau de la ministre
La Presse Canadienne a sollicité une réaction à ce rapport de la ministre fédérale de l'Environnement, Julie Dabrusin.
Dans un échange de courriels, son attaché de presse Keean Nembhard a écrit que «dans cette période critique, notre gouvernement se concentre à bâtir un Canada plus fort» tout en visant une réduction des gaz à effet de serre à long terme.
Selon ce qu'a écrit l'attaché de presse, le gouvernement croit qu'il serait possible de réduire les GES du pays, notamment grâce à une nouvelle réglementation sur le méthane, «un renforcement de la tarification du carbone industriel, 90 milliards de dollars de crédits d’impôt à l’investissement pour stimuler la croissance propre, un soutien aux projets liés aux minéraux critiques et la mobilisation de capitaux pour la transition vers la carboneutralité».
Le secteur pétrolier et gazier est l’industrie qui contribue le plus aux changements climatiques au Canada. Les gaz à effet de serre émis par cette industrie, qui représente 31 % du total national, sont en hausse, année après année.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne