Enfants: les AUT semblent associés à des problèmes émotionnels et comportementaux

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La consommation d'aliments ultratransformés (AUT) semble associée à des problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants d'âge préscolaire, prévient une nouvelle étude.
Les plus grands consommateurs d'AUT à l'âge de trois ans semblaient ainsi plus susceptibles de souffrir d'anxiété, de peur, d'hyperactivité ou encore d'agressivité à l'âge de cinq ans.
Encore plus précisément, une simulation informatique a montré aux chercheurs que, pour chaque augmentation de 10 % des calories issues d'AUT, les enfants obtenaient des scores plus élevés sur les listes de contrôle des problèmes émotionnels et comportementaux. Mais l'inverse était aussi vrai, puisque ces scores chutaient pour chaque tranche de 10 % de calories provenant d'AUT remplacée par des calories provenant d'aliments peu transformés.
«Les problèmes de santé mentale et de comportement sont en forte augmentation, en particulier au sein de la population canadienne, a rappelé l'autrice principale de l'étude, la professeure adjointe Kozeta Miliku du département des sciences de la nutrition de l'Université de Toronto.
«Nous avons donc voulu voir si les aliments ultratransformés, qui occupent une place prépondérante dans l'alimentation canadienne, ont un effet sur les problèmes comportementaux et émotionnels chez les enfants. En plus de la santé physique, je me demande s'ils nuisent, si je peux m'exprimer ainsi, au développement cérébral et émotionnel.»
Il s'agit d'une étude observationnelle qui n'établit pas de lien de causalité, a-t-elle souligné, mais «elle ajoute le développement comportemental à la liste croissante des effets sur la santé liés aux aliments transformés».
La professeure Miliku et ses collègues ont analysé les données provenant d'une étude canadienne en cours sur la grossesse et la santé infantile, qui suit près de 2100 enfants d'âge préscolaire.
L'équipe a comparé les données alimentaires recueillies lorsque les enfants avaient 3 ans à leurs scores sur une liste de contrôle du bien-être émotionnel et comportemental à l'âge de 5 ans.
En examinant les aliments ultratransformés par sous-groupe, les chercheurs ont constaté qu'une consommation plus élevée de boissons sucrées ou sucrées artificiellement était associée à des scores totaux d'internalisation (une mesure des comportements tournés vers soi-même, tels que l'anxiété, la dépression ou le repli sur soi) et de comportement plus élevés.
Une consommation plus élevée de pains et de céréales ainsi que de plats mélangés prêts à consommer ou à réchauffer était quant à elle associée à des scores d'internalisation plus élevés.
Les mécanismes sous-jacents ne sont pas bien compris, mais la professeure Miliku rappelle que les AUT sont faibles en fibres et en micronutriments, mais riches en sel, en gras et en sucre, trois substances qui peuvent avoir un impact sur le fonctionnement du cerveau.
Les gras saturés, par exemple, peuvent favoriser la neuroinflammation ou interférer avec les signaux entre l'intestin et le cerveau, tandis que le sucre est associé à une dérégulation émotionnelle et à des symptômes dépressifs. Les AUT contiennent aussi des additifs qui peuvent perturber le système endocrinien, souligne la chercheuse.
L'hétérogénéité observée entre les sous-groupes d'AUT est cohérente avec d'autres études de cohorte, «ce qui suggère que tous les AUT ne présentent pas les mêmes risques pour la santé», indiquent les chercheurs.
Les bienfaits des aliments peu transformés
En revanche, rapportent-ils - possiblement pour la première fois dans le journal médical JAMA Network Open - «le remplacement d'aliments ultratransformés par des aliments peu transformés en termes d'apport calorique était associé à des scores comportementaux plus faibles, soulignant ainsi une cible potentielle pour la modification du régime alimentaire».
«C'était spectaculaire, a dit la professeure Miliku. Nous avons constaté que, lorsque nous avons modélisé le remplacement de 10 % de ces calories par des aliments peu transformés, nous avons observé de meilleurs scores comportementaux.»
Les aliments ultratransformés ont complètement transformé le système alimentaire moderne, a-t-elle ajouté, et «il est vraiment important de réfléchir à ce que nous allons changer dans l'alimentation de nos enfants».
Il ne faut pas viser la perfection en espérant faire disparaître tous les aliments ultratransformés de notre assiette, a dit la professeure Miliku, qui reconnaît que certains parents peuvent se sentir «coupables» de servir des AUT à leurs enfants.
«Surtout, concentrez-vous sur la tendance à long terme, pas sur la perfection, a-t-elle martelé. Il faut penser à apporter des changements durables. Il est important de penser à de petits changements, à les maintenir et à les pérenniser pour le développement sain des enfants. Les aliments ultratransformés occupent une place si importante dans l'alimentation des enfants d'âge préscolaire que de petits changements peuvent avoir une grande importance.»
Les fruits et légumes surgelés ou séchés, les légumineuses sèches, le riz, les pâtes alimentaires, le couscous, la farine, le lait et le yogourt nature sont quelques exemples d'aliments peu transformés.
En comparaison, les aliments ultratransformés sont ceux qui ont été produits industriellement et qui contiennent des ingrédients que l’on ne trouve généralement pas dans une cuisine familiale, comme des émulsifiants, des agents de conservation, des colorants et des arômes artificiels.
Cette vaste catégorie comprend des produits tels que les boissons gazeuses, les nouilles instantanées et les croustilles, ainsi que des aliments moins évidents comme les yaourts aromatisés et les pains complets préparés dans le commerce.
Selon les données les plus récentes dont on dispose, les aliments ultratransformés représentent près de 45 % de l’apport énergétique quotidien des Canadiens de 20 ans et plus.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne