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Ebola: des travailleurs humanitaires canadiens décrivent la situation

durée 10h43
15 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — À Bunia, une ville du nord-est du Congo, on vend au bord de la route de petits cercueils roses destinés aux enfants qui vont mourir du virus Ebola.

Meghan Thumath, infirmière diplômée et déléguée à la santé publique auprès de la Croix-Rouge canadienne, témoigne que la présence des vendeurs de cercueils est aussi courante que les étals de fruits.

«En tant que professionnelle de santé, on ne peut s’empêcher d’être bouleversée», reconnaît Mme Thumath, les yeux remplis de larmes.

Selon les derniers chiffres du gouvernement congolais, plus de 2100 personnes sont mortes parmi les quelque 4500 cas recensés depuis que l'épidémie a été déclarée au printemps.

«Chacun de ces chiffres représente le frère, la sœur, un proche ou un membre de la famille de quelqu’un.»

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il s'agit de l’épidémie d’Ebola qui se propage le plus rapidement de l’histoire, en passe de dépasser la plus meurtrière, qui avait fait plus de 11 000 victimes, il y a plus de 10 ans.

Les travailleurs humanitaires canadiens sur le terrain affirment constater des améliorations encourageantes à l'échelle locale. Ils voient une prise de conscience croissante de l’épidémie et une plus grande réceptivité à la recherche de soins et à la participation à des enterrements dans les règles de sécurité. Mais le nombre de cas ne cesse d’augmenter.

Une difficulté supplémentaire dans la lutte contre cette épidémie réside dans la souche rare d’Ebola en cause, le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe actuellement ni vaccin ni traitement spécifique, bien que des essais cliniques soient en cours.

S'y ajoute un contexte déjà difficile marqué par des attaques contre le personnel de santé, des menaces émanant de groupes rebelles, des communautés traumatisées par les épidémies précédentes et la désinformation suggérant qu’Ebola n’existe pas. Il existe également des problèmes fondamentaux d’accès aux soins de santé, à l’eau, à la nutrition et à l’hygiène.

La montréalaise Mylène Ratelle, responsable de la promotion de la santé chez Médecins Sans Frontières, raconte que la vie semblait normale à son arrivée quelques semaines après que l'OMS eut déclaré l'épidémie. Les gens allaient à l’église et faisaient leurs courses. Alors que le port du masque et la distanciation physique sont des signes caractéristiques d’une épidémie respiratoire comme celle de la COVID, l'Ebola se transmet par contact de fluides corporels, comme les vomissures, le sang ou le sperme, ce qui signifie qu’il y a moins de signes visibles dans les rues.

Mais à l’extérieur de l’hôpital, où une vingtaine de tentes ont été installées pour servir de centres de soins, l’épidémie se fait entendre par les cris de détresse.

«Les familles expriment leur douleur à grands cris; elles crient et pleurent toute la journée, relate Mme Ratelle. C’est un bruit insupportable.»

Elle raconte qu'à plusieurs reprises, des gens ont jeté des pierres sur son équipe après qu’un proche eut été testé positif. Ils ne croyaient pas au diagnostic.

«C’était comme une manifestation de leurs inquiétudes et de leur douleur», témoigne-t-elle.

Mme Ratelle a travaillé avec une équipe d’épidémiologie pour effectuer la recherche des contacts dans les zones rurales de la province d’Ituri, ce qui consistait notamment à prendre contact, à prendre la température et à assurer le suivi d’environ deux à trois cents personnes par jour susceptibles d’avoir été infectées.

C’est gérable, souligne-t-elle. Surtout si l'on compare à la situation à Bunia, le chef-lieu provincial, où le nombre colossal de contacts à retracer «est hors de contrôle».

Lorsqu’une personne infectée par le virus Ebola décède, son corps reste hautement contagieux, ce qui fait des enterrements traditionnels, qui impliquent de laver ou de manipuler le corps, deviennent des sources potentielles de transmission.

Des inhumations sûres et dignes


Une grande partie du rôle de Mme Thumath au sein de la Croix-Rouge canadienne consiste à coordonner la logistique et la formation nécessaires à la réalisation d’inhumations sûres et dignes par des bénévoles locaux. Elle veille à ce que la chaîne d’approvisionnement en équipements de protection individuelle en provenance du Canada parvienne aux personnes qui en ont besoin. Le gouvernement canadien a alloué 1,8 million $ aux efforts locaux de la Croix-Rouge dans le cadre d’un fonds d’aide internationale de 8 millions $.

Mme Thumath avance que des erreurs ont été commises lors des interventions précédentes contre l’épidémie d’Ebola auxquelles elle a participé. Les équipes chargées des enterrements sont intervenues précipitamment, sans avertissement ni communication suffisante avec les communautés. La présence d’inconnus en combinaisons de protection a attisé la peur et alimenté la méfiance.

Cette fois-ci, des bénévoles locaux font du porte-à-porte dans les localités où des foyers de cas ont été identifiés afin de répondre aux questions avant même que des décès ne surviennent, et de négocier l’inhumation respectueuse d’un proche, pour s’assurer que les autres membres de la famille ne sont pas infectés.

Parfois, cela implique d’équiper un membre de la famille ou un chef religieux d’un équipement de protection individuelle — blouse, lunettes de protection, masque, gants — afin qu’il puisse toucher le corps en toute sécurité.

La Croix-Rouge canadienne et d’autres organisations humanitaires ont également commencé à proposer des sacs mortuaires dotés d’une fenêtre transparente permettant de voir le visage du défunt, afin de répondre aux rumeurs selon lesquelles les morts ne l’étaient pas en réalité pas morts et qu’ils avaient été emmenés.

«Tout ce que nous pouvons faire pour redonner du pouvoir à la collectivité et lui rendre son libre arbitre est, à mon sens, vraiment utile.»

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La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Hannah Alberga, La Presse Canadienne

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