Droits de douane: un petit fabricant de meubles pense à s'installer aux États-Unis

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Par La Presse Canadienne, 2026
Un fabricant canadien de chaises Muskoka, durement touché par les droits de douane américains, envisage de délocaliser l'essentiel de sa production aux États-Unis.
DFC Woodworks fabrique depuis 1955 du mobilier d’extérieur en bois, notamment des chaises Muskoka — également appelées chaises Adirondack.
L'entreprise, située à Kemptville, en Ontario, exporte environ 70 % de son mobilier vers les États-Unis, mais ces produits sont désormais soumis à un droit de douane américain élevé de 50 %.
Cette entreprise familiale doit désormais faire face à une facture douanière très lourde et à une décision imminente: continuer à absorber ces coûts, augmenter ses prix au risque de voir ses ventes aux États-Unis chuter à zéro, ou délocaliser la majeure partie de sa production au sud de la frontière, a expliqué François Bruneau, président de DFC Woodworks, en entrevue.
«Si nous augmentons nos prix, cela nous rendra non compétitifs et nos ventes chuteront. Si nous ne le faisons pas, les droits de douane nous couleront», a-t-il dit.
Le dilemme de ce fabricant de chaises Muskoka illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses petites et moyennes entreprises canadiennes, a souligné Fen Hampson, professeur de relations internationales à l’Université Carleton.
«Il existe de nombreuses petites entreprises familiales, de très petites structures, qui dépendent fortement du marché américain», a expliqué M. Hampson.
«Si une grande partie de leur production est exportée vers les États-Unis, des droits de douane élevés pourraient les conduire à la faillite», a-t-il ajouté.
Les petits fabricants peuvent manquer des ressources financières, de la diversification des marchés et de l’expertise commerciale spécialisée qui permettent aux grandes entreprises de résister à une guerre commerciale, a-t-il souligné.
DFC Woodworks, qui opère sous les marques The Best Adirondack Chair et The Best Muskoka Chair, fabrique actuellement l’ensemble de son mobilier extérieur – notamment des balançoires, des ensembles de bars, des tables à manger et des fauteuils à bascule – en Ontario, à partir thuyas géants de la Colombie-Britannique et de pin blanc.
L’entreprise envisage désormais à contrecœur de réduire ses activités au Canada et de délocaliser la production destinée à ses clients américains vers le sud-est des États-Unis.
«C’est une décision difficile, a reconnu M. Bruneau. Nous avons mené quelques études préliminaires en Caroline du Nord.»
«Ce n’est pas une décision que nous prenons à la légère. C’est simplement que la situation économique est difficile et ne cesse de s’aggraver», a-t-il ajouté.
Les droits de douane sur les exportations de meubles de l’entreprise vers les États-Unis coûteront à DFC Woodworks environ 75 000 $ sur les commandes en cours au cours des huit prochaines semaines — des coûts que M. Bruneau a déclaré ne pas pouvoir répercuter sur les clients.
La vice-présidente de DFC Woodworks, Dina Elatawi, qui est l'épouse de M. Bruneau, a affirmé que le mouvement «Achetez canadien» avait stimulé les ventes nationales de l'entreprise au cours des deux dernières années.
«Cela nous a aidés à rester dans la course, a-t-elle soutenu. Nous sommes ravis que les Canadiens nous soutiennent et se mobilisent à nos côtés.»
Cependant, le gouvernement fédéral pourrait en faire davantage pour soutenir les petites entreprises, a ajouté Mme Elatawi.
«Les aides financières mises en place pour aider les entreprises à traverser cette période difficile ne nous concernent pas vraiment, soit parce que nous sommes trop petits, soit parce que nous n’avons pas les moyens d’apporter une contribution équivalente, a-t-elle expliqué. Nous sommes vraiment dans une situation délicate.»
DFC Woodworks s’est diversifiée ces dernières années, augmentant ses ventes vers l’Europe et prévoyant d’exporter vers le Japon, a déclaré Mme Elatawi.
«Nous essayons de nous diversifier, a-t-elle affirmé. Mais les États-Unis restent notre principal marché.»
Transférer la production destinée au marché américain en Caroline du Nord nécessiterait de s’approvisionner en bois dans l’Oregon et l’État de Washington, a expliqué M. Bruneau.
Alors que les meubles vendus aux clients canadiens continueraient d’être fabriqués en Ontario à partir de bois canadien, ce changement entraînerait une réduction des activités à Kemptville.
«Cela aurait sans aucun doute un effet dévastateur pour la partie canadienne de l’entreprise, puisque la majeure partie de notre production est destinée au marché américain, a affirmé Mme Elatawi. Nous pourrions être amenés à procéder à des licenciements et à réduire la taille de notre atelier.»
«Nous n’avons jamais, au grand jamais, imaginé que cela puisse arriver. Je suis tellement triste», a-t-elle confié.
Brett Bundale, La Presse Canadienne