Droits de douane: le déli Schwartz’s remplace son soda par une alternative locale

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les répercussions de la guerre commerciale contre les États-Unis se font désormais ressentir chez Schwartz’s Déli, restaurant emblématique de Montréal connu pour ses mets de viandes fumées.
Pendant des décennies, les clients pouvaient commander une canette de boisson gazeuse à la cerise noire de Cott pour accompagner leur sandwich.
Cott était autrefois une marque locale, mais elle a été rachetée en 2018 par une multinationale des boissons, Refresco, qui a annoncé avoir cessé la production au Canada.
Ce changement d’approvisionnement a incité cette charcuterie emblématique à se tourner vers une alternative locale fabriquée au Québec, le soda à la cerise noire «Fleischer’s Original».
Cette décision intervient alors qu’un nombre croissant d’entreprises adoptent le slogan «Achetez canadien» dans un contexte perturbé par les droits de douane et la guerre commerciale avec les États-Unis.
Et certains clients de cette charcuterie emblématique de Montréal semblent ravis de cette nouvelle addition au menu.
«C’est toujours bien de soutenir les producteurs locaux», a déclaré Liam Keenan, de passage depuis Toronto, qui s’apprêtait à déguster le trio classique de Schwartz’s: sandwich à la viande fumée, cornichon et soda à la cerise noire.
M. Keenan s’était déjà rendu chez Schwartz’s une fois auparavant. Il a indiqué avoir remarqué que la boisson en canette avait l’air différente cette fois-ci, mais qu’elle avait toujours aussi bon goût.
Fabriqué en Montérégie
À l’origine, le soda à la cerise noire de Cott était fabriqué à Montréal. Il faisait partie de l’histoire de Schwartz’s depuis ses débuts, il y a près d’un siècle.
«Les gens appréciaient le fait qu’il soit local, différent et un peu sucré, avec les épices de la viande fumée», a souligné Frank Silva, directeur général chez Schwartz’s, lors d’une récente entrevue. «Les gens en sont devenus accros. Ils viennent ici pour un sandwich à la viande fumée et un soda à la cerise noire. Ça a toujours été le cas», a-t-il raconté.
Mais M. Silva a expliqué que la version en canette du soda «Black Cherry» de Cott avait été retirée du marché par le fabricant, en partie à cause des droits de douane américains sur l’aluminium.
«Il était très populaire ici, mais je ne pense pas qu’ils en vendaient dans beaucoup d’autres endroits. Alors, quand le coût de l’aluminium a augmenté, ils ont décidé de supprimer le soda à la cerise noire en canette», a expliqué M. Silva, depuis le comptoir du déli bondé, entre deux commandes de sandwichs à la viande fumée.
Un changement apporté en 2023 au système provincial de recyclage, qui a instauré une consigne de 10 cents pour les boissons en canette, a peut-être également joué un rôle dans l’arrêt de la production canadienne de Cott, a-t-il ajouté.
Le fabricant de boissons non alcoolisées Refresco a décliné la demande d’entrevue de La Presse Canadienne, mais a confirmé avoir cessé de fabriquer les produits Cott au Canada.
Une fois les stocks épuisés en mars, M. Silva a déclaré qu’il était ravi de passer à la marque Fleischer’s.
Une canette de soda à la cerise noire Fleischer’s coûte environ deux fois plus cher que celle de Cott, mais, comme elle est plus grande, de nombreux clients la partagent, a expliqué M. Silva.
«C’est une canette plus grande, et c’est un produit local canadien, donc les gens l’apprécient vraiment», a-t-il ajouté.
Quelques tables plus loin, Ann Thinghuus et ses deux enfants partageaient une canette de Fleischer’s pour accompagner leur viande fumée.
«Ça se marie très bien avec le sandwich, c’est super rafraîchissant, et on a remarqué qu’il y avait un drapeau canadien sur la canette, donc ça nous fait aussi très plaisir», a affirmé Mme Thinghuus, originaire de Vancouver.
Elle a ajouté que le fait de soutenir une entreprise canadienne était un gros plus, «surtout vu ce qui se passe» depuis quelques semaines.
Le brasseur Victor Lukoshius, né à Montréal, possède une usine qui produit de la bière et le soda Fleischer’s à Saint-Hyacinthe, en Montérégie.
Il y a deux ans, M. Lukoshius s’est lancé dans la création d’une nouvelle version de cette boisson gazeuse à la cerise, lorsqu’il a appris que Cott pourrait mettre fin à sa production.
«J’ai grandi comme tout le monde, en buvant du soda à la cerise noire pendant que nous mangions des sandwichs à la viande fumée, a-t-il raconté. Nous voulions relever le défi de produire quelque chose pour la viande fumée, les délis, les délis juifs, les cantines de hot-dogs, afin de préserver et de perpétuer cette tradition.»
Les canettes, un dommage collatéral
M. Lukoshius s’approvisionne en ingrédients localement et les canettes sont imprimées à Montréal. Il précise que Fleischer’s n’est pas à l’abri des droits de douane et de l’inflation, mais qu’il est prêt à assumer certains coûts supplémentaires pour que la boisson à la cerise noire continue d’être distribuée.
«Nous serrons les dents, nous payons plus cher. Notre production est plus modeste, mais je pense que nous nous en sortons bien», a-t-il déclaré.
Saibal Ray, professeur de gestion des opérations à l’université McGill, a expliqué que les droits de douane imposés sur l’aluminium ont affecté l’industrie des boissons, même si leur objectif principal était de cibler l’industrie aérospatiale, la construction automobile et l’électroménager.
Les canettes peuvent représenter jusqu’à un tiers du coût de production d’un soda, a précisé M. Ray, spécialiste de la gestion de la chaîne d’approvisionnement.
Il a expliqué que, comme la plupart des canettes sont produites aux États-Unis à partir d’aluminium canadien, elles sont soumises à au moins deux droits de douane. M. Ray a donc déclaré qu’il n’était pas surprenant que des produits de niche comme le soda à la cerise noire soient évincés du marché.
«C’est une activité où les marges sont très faibles, a-t-il déclaré. Lorsque le prix augmente autant, la majeure partie de votre marge disparaît, et seuls les produits vendus en très grands volumes peuvent alors rester compétitifs.»
Chez Schwartz’s, les chiffres montrent que l’engouement des clients pour le soda à la cerise noire reste fort. M. Silva a indiqué que son nouveau fournisseur essayait désormais de répondre à la demande du déli montréalais.
«Ce matin, j’ai commandé 100 caisses (de douze), et il n’en avait que 87, a déclaré M. Silva. Je viens de lui parler, il essaie de m’en trouver davantage.»
Quoi qu’il arrive avec les négociations commerciales et les droits de douane, M. Silva n’a pas l’intention de faire marche arrière.
Même si les boissons à la cerise noire de Cott faisaient leur retour, il estime que les clients resteraient fidèles à celles de Fleischer’s, fabriquées au Québec.
Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne