Des voix réclament un statut de réfugié pour les Juifs qui veulent fuir le Canada

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Un ancien résident de l’Ontario et un groupe de réflexion conservateur américain encouragent l’administration Trump à accorder le statut de réfugié aux Canadiens juifs qui se sentent menacés par la montée de l’antisémitisme dans leur pays.
«Compte tenu de l’urgence des défis à relever et de l’inaction dont fait preuve le Canada, la mise en place d’une voie d’asile s’impose», déclare Joe Roberts, directeur exécutif de Jewish Tulsa, une association qui a contribué à accueillir des Juifs comme lui dans cette ville de l’Oklahoma.
M. Roberts indique que des milliers de Juifs canadiens cherchent à échapper à la peur constante suscitée par les incendies criminels visant des écoles, des synagogues et des commerces juifs.
«C’est un problème qui touche l’ensemble du Canada, soutient-il. Le discours a radicalement changé.»
M. Roberts raconte avoir grandi dans l’Ohio et s’être installé avec son épouse canadienne en Ontario en 2016 pour des raisons professionnelles. Il précise avoir quitté les États-Unis en partie parce qu’il craignait un recul de la démocratie sous la présidence de Donald Trump.
Ils se sont installés à Coburg, en Ontario, à une heure de Toronto. Il explique que tout se passait bien jusqu’à l’attaque menée par le Hamas contre Israël à l’automne 2023, déclenchant la guerre à Gaza.
Des graffitis antisémites ont commencé à apparaître dans le parc de son quartier, qui se trouve loin de Toronto, où les manifestations tendues sont plus fréquentes. M. Roberts exprime sa crainte d’envoyer son enfant à la maternelle dans un pays où les actes de haine antisémite seraient, selon lui, très répandus.
Sa famille s’est installée à Tulsa il y a deux ans après avoir été contactée par un groupe qui s’efforce de renforcer la présence juive dans la ville. Ce groupe, Tulsa Tomorrow, propose des visites guidées et une aide logistique aux Juifs souhaitant s'installer en Oklahoma, en plus de gérer un programme spécialement destiné aux Canadiens.
Selon M. Roberts, Tulsa Tomorrow a reçu des demandes de renseignements de la part de 800 à 900 familles juives canadiennes, soit environ 2000 personnes, qui envisagent de quitter le Canada. Ces personnes peuvent bénéficier d’une aide financière de la part de l’association qu’il aide à diriger, Jewish Tulsa.
La plupart des Canadiens en mesure d’entreprendre une telle démarche remplissent soit les conditions pour obtenir un visa dans le cadre de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, soit les conditions pour accéder à la citoyenneté américaine par le biais de liens familiaux ou matrimoniaux, précise M. Roberts.
L’antisémitisme constitue également un problème croissant aux États-Unis, comme l’a ouvertement admis l’administration Trump.
Le rapport de l’American Jewish Committee pour 2025 qualifie cette année de «l’une des plus violentes à l’encontre des Juifs américains de l’histoire récente» et souligne que près de la moitié des Juifs de moins de 30 ans rapporte avoir été personnellement victimes d’antisémitisme.
Selon M. Roberts, les États-Unis devraient offrir une voie d’immigration aux Juifs du Canada qui sont en danger et qui peuvent démontrer que leur gouvernement n'en fait pas assez pour les protéger. Il ajoute que tout le monde préférerait voir les autorités canadiennes en faire davantage pour mettre fin aux actes de haine anti-juive.
Pas de si tôt, disent les États-Unis
L’administration Trump a restreint les demandes d’asile, mais a fait une exception — très controversée — en créant un programme de réinstallation destiné aux Afrikaners d’Afrique du Sud.
«Lorsqu’un pays — qu’il s’agisse d’une dictature étrangère ou d’un allié — n’est pas disposé à relever les défis auxquels est confronté un groupe minoritaire, l’une des promesses des États-Unis est de lui tendre la main et de lui offrir une voie d’accès», soutient M. Roberts.
L’American Enterprise Institute, un groupe de réflexion conservateur, a défendu le même point de vue dans un commentaire publié le mois dernier.
Ce groupe de réflexion a fait valoir que l’administration Trump «devrait offrir l’asile aux Juifs canadiens qui, en vertu de la législation américaine, ont une crainte fondée d’être persécutés en raison de leur foi ou de leur origine ethnique».
L'article fait référence à la décision du chirurgien cardiaque montréalais Emmanuel Moss de partir pour Atlanta cet automne. M. Moss avait déclaré en juin qu’il quittait la ville où il avait grandi, invoquant le sous-financement provincial des soins de santé et une réponse insuffisante à la montée de l’antisémitisme.
De passage à Ottawa, l’envoyé spécial de Donald Trump pour la lutte contre l’antisémitisme, le rabbin Yehuda Kaploun, a déclaré que Washington n’envisageait pas pour l’instant de réinstaller des Juifs canadiens aux États-Unis.
«Nous évaluons tous les aspects, mais nous espérons que le gouvernement (canadien) interviendra pour veiller à ce que ses citoyens juifs se sentent en sécurité au Canada», soutient M. Kaploun, rencontré par La Presse Canadienne la semaine dernière.
«Je suis ici pour demander au gouvernement canadien de mieux protéger ses citoyens juifs. Je ne m’avance pas sur ce que nous ferons à l’avenir», précise-t-il.
M. Roberts affirme que, bien qu’il ait des inquiétudes quant à la manière dont Donald Trump gouverne les États-Unis au cours de son second mandat, il estime que Washington a pris davantage de mesures pour lutter contre l’antisémitisme en poursuivant en justice les actes de haine et en demandant des comptes aux universités.
«Ce gouvernement a déployé des efforts considérables pour s’attaquer à ce problème, alors que je ne pense pas que nous ayons vu ce genre de mesures de la part du gouvernement fédéral canadien», maintient-il.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne