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Des SPFA sont détectées dans le sang de cordon ombilical

durée 10h44
26 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — On retrouve dans le sang de cordon ombilical des quantités étonnamment élevées de produits chimiques dont on comprend encore mal l'impact sur la santé, prévient une nouvelle étude.

Ce sont 42 composés de substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, ou SPFA, qui ont ainsi été détectés dans les échantillons analysés.

Et les SPFA «ne sont que la pointe de l'iceberg du cocktail de produits chimiques auxquels nous sommes constamment exposés, et dont certains sont toxiques même à des concentrations infimes», a prévenu un des auteurs de l'étude, le docteur Bruce Lanphear, qui enseigne à la faculté des sciences de la santé de l'université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

«Ce qu'on a découvert était bien plus important que ce que nous observons habituellement, a-t-il dit. Cela soulève donc des questions importantes quant à la manière dont nous quantifions l'exposition, dont nous déterminons qui est le plus exposé et quels sont les effets sur la santé à long terme.»

Et si nous ne mesurons qu'une fraction de l'exposition, a-t-il ajouté, et s'il ne s'agit là que d'un seul ensemble de produits chimiques, «alors nous ne comprenons pas l'impact de ces produits chimiques éternels».

Les chercheurs ont utilisé des technologies de pointe pour chercher dans leurs échantillons des milliers de substances simultanément. Ils ont identifié quarante-deux types de SPFA dans le sang ombilical, dont de nombreux composés plus récents qui sont mal connus et rarement dépistés.

Cela signifie que l'exposition prénatale à ces substances est nettement plus importante qu'on ne le supposait jusqu'à présent.

«Nos résultats montrent que les nourrissons sont exposés à un large éventail de PFAS, notamment des substances chimiques perfluorées, polyfluorées et des fluorotélomères, avant leur naissance», résument les auteurs dans une édition récente du journal Environmental Science & Technology.

Il importe toutefois de souligner, a dit le docteur Lanphear, que les échantillons analysés avaient été prélevés à Cincinnati, à proximité de l'usine de produits chimiques DuPont.

Il est donc possible que la situation soit différente ailleurs, a-t-il ajouté, «mais c'est comme la pollution atmosphérique: la qualité de l'air est différente à Pékin, à Paris ou au Brésil».

«L'exposition peut varier d'un endroit à un autre, mais règle générale, on sait que la pollution atmosphérique, comme les SPFA, est toxique, même si la toxicité peut différer de région en région», a renforcé le docteur Lanphear.

Les SPFA regroupent quelque 15 000 produits chimiques synthétiques et sont utilisés dans une multitude de biens de consommation, des vêtements jusqu'aux ustensiles de cuisine. Ils se dégradent très lentement au fil du temps, aussi bien dans l'environnement que dans le corps humain, et on en retrouve dans l'air, dans l'eau et dans le sol à l'échelle de la planète.

C'est pour cette raison qu'on les appelle en anglais les 'forever chemicals' ― les produits chimiques éternels.

Des études ont montré qu'ils peuvent interférer avec la régulation du poids par l'organisme, augmenter le risque de certains cancers, retarder la puberté des filles, accroître le risque de diabète de type 2 chez les femmes et réduire l'efficacité du système immunitaire.

Chez les tout-petits, des études antérieures ont établi une association entre l'exposition aux SPFA et plusieurs problèmes de santé, notamment un poids inférieur à la normale à la naissance, des naissances prématurées et même un affaiblissement des réponses immunitaires aux vaccins infantiles.

Malgré tout cela, on ne dispose que de très peu de données solides concernant leurs effets néfastes potentiels sur la santé des humains et des animaux.

«Il est important de ne pas attendre des (études) avant d'élaborer des réglementations pour nous protéger contre ces expositions continues, a martelé le docteur Lanphear. Nous devons nous attaquer à ce problème dès maintenant, c'est urgent.»

Cette étude n'est pas la première à s'inquiéter des répercussions potentielles des SPFA sur les bébés.

Une étude publiée en 2024 prévenait ainsi que les femmes enceintes ou qui allaitent, et qui utilisent certains produits de beauté, avaient dans leur sang ou leur lait maternel des concentrations plus élevées de SPFA.

Ces travaux avaient notamment porté sur l'utilisation de vernis pour les ongles, de parfum, de maquillage et de teinture pour les cheveux.

Les chercheurs avaient alors constaté que plus une femme utilisait ces produits de beauté pendant le premier trimestre de sa grossesse, pendant le troisième trimestre ou pendant de deux à dix semaines après avoir accouché, plus on retrouvait dans son sang ou dans son lait maternel de SPFA.

Comparativement aux femmes qui n'avaient jamais utilisé de produits de soins des ongles, celles qui en avaient utilisé avaient en moyenne des concentrations de 10 à 20 % plus élevées de certains SPFA, avaient expliqué les auteurs.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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