Des militants LGBTQ+ appellent le Canada à doubler son financement

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Des militants internationaux pour les minorités de genre et sexuelles exhortent le Canada à doubler ses dépenses d'aide en faveur des personnes LGBTQ+ à l'étranger, tandis qu'un député libéral ouvertement gai invite les défenseurs de cette cause à ne pas perdre espoir face à la vague de rejet qui déferle à l'échelle mondiale.
«Nous ne nous retirerons pas de la scène internationale en tant que Canadiens. Nous continuerons d’être des alliés et des amis des communautés du monde entier qui ont besoin de soutien, d’amitié, d’argent et d’encouragements», a déclaré le député Rob Oliphant.
Le député de Toronto, qui est secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand, s’est exprimé jeudi lors d’une conférence organisée par Dignity Network Canada, une coalition d’organisations canadiennes défendant les droits des personnes LGBTQ+ à l’étranger.
Ces groupes ont évoqué avec pessimisme les coupes américaines dans l’aide étrangère et les attaques contre les programmes d’équité à travers le monde, alors même que de nouvelles lois répressives à l’étranger visent les personnes s’identifiant comme LGBTQ+.
Il y a deux semaines, le Parlement ghanéen a adopté un projet de loi prévoyant des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à dix ans pour les personnes promouvant des activités LGBTQ+. En mars, le Sénégal a ratifié une loi qui double les sanctions pour les actes homosexuels et prévoit des peines d’emprisonnement pour le soutien financier aux organisations LGBTQ+.
M. Oliphant a exhorté les militants à ne pas perdre espoir et a rappelé que les minorités ont traversé des périodes extrêmement difficiles.
Il a souligné que si le monde s’était «refermé» sur les hommes gais pendant la crise du VIH des années 1980, les années suivantes ont vu se généraliser le mariage pour tous et une acceptation plus large, même si les personnes transgenres sont toujours victimes de discrimination.
«J’ai perdu la moitié de mes amis lors de la pandémie de sida, a raconté M. Oliphant. À la suite de cela, nous avons établi une manière meilleure et plus sophistiquée d’exister dans notre monde, en créant des alliés qui se tiennent à nos côtés.»
Contrer un recul mondial
Julia Ehrt, directrice de l’Association internationale des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et intersexuées, a mentionné lors de la conférence qu’Ottawa devrait envisager de doubler ses contributions aux organisations LGBTQ+ à l’étranger, qui s’élèvent actuellement à environ 15 millions $ par an.
Mme Ehrt a précisé que, même en doublant ces contributions, celles-ci représenteraient toujours moins de 1 % du budget total de l’aide canadienne.
«Mais ce doublement ferait une énorme différence au sein de notre mouvement. Cela changerait véritablement la donne, en particulier si d’autres gouvernements suivaient le mouvement», a précisé Mme Ehrt.
Stephen Brown, professeur à l’Université d’Ottawa spécialisé dans l’aide internationale et les personnes LGBTQ+, a indiqué que doubler cette aide la porterait à environ 0,33 % du budget total de l’aide canadienne.
Il a ajouté qu’une augmentation de ce financement aiderait à contrer un recul mondial de la défense des minorités sexuelles et de genre, en partie dû aux politiques du président américain Donald Trump.
Les militants présents à la conférence ont exprimé leur perplexité quant à la position du premier ministre Mark Carney après qu’il eut déclaré en novembre dernier que le Canada n’avait plus de politique étrangère féministe.
Les missions diplomatiques canadiennes à l’étranger continuent de défendre les droits des personnes LGBTQ+ lorsque les communautés locales estiment que cette action est utile, au moyen d’initiatives, telles que l’organisation d’événements et la publication de déclarations publiques.
Danilo Manzano, du groupe équatorien Dialogo Diverso, a toutefois avancé qu’il semblait que le Canada se retirait de ce travail.
Il a indiqué que les militants qui ont rencontré cette semaine des représentants d'Affaires mondiales Canada ont demandé pourquoi le Canada se retirait.
«Ils ont répondu: “De quoi parlez-vous ?”, a expliqué M. Manzano. Les autorités ont affirmé que le Canada restait (…) un allié de poids pour les droits des personnes LGBTQ+ dans les pays du Sud. Mais le sentiment qui règne chez nous est complètement différent.»
Il a suggéré qu’Ottawa devrait contacter ses ambassades en Amérique du Sud et leur faire savoir que «nous ne changeons pas nos valeurs, mais nous changeons nos priorités».
Angelica Liao-Moroz, directrice à Affaires mondiales Canada chargée de la défense des droits de la personne à l’étranger, a noté que Mme Anand avait cité les droits de la personne comme l’un des trois piliers de la politique étrangère d’Ottawa.
«Quant à l’impression que tous nos efforts sont réorientés vers la défense et la prospérité économique, c’est un débat difficile au sein même du ministère», a-t-elle précisé.
«Pour moi, il est évident que les droits de la personne traversent toute notre politique étrangère. Ce n’est pas un ajout, ce n’est pas un compromis. Cela devrait constituer le cadre de tous nos efforts à l’étranger», a-t-elle ajouté.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne