Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Des jeunes utilisés pour mener de l'extorsion contre les communautés sud-asiatiques

durée 07h48
23 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'agence canadienne de renseignement financier indique que des organisations criminelles semblent recourir à de jeunes étudiants indiens pour extorquer de l'argent à des particuliers et à des entreprises issus des communautés sud-asiatiques à travers le pays.

Dans un bulletin spécial publié récemment, le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) conseille aux banques et aux autres entités qui gèrent des fonds d'être attentives aux nombreux signes révélateurs d'activités liées à l'extorsion.

Ce centre fédéral identifie les flux d'argent liés au blanchiment d'argent en passant au crible chaque année des millions de données provenant des banques, des coopératives de crédit, des courtiers en valeurs mobilières, des entreprises de services monétaires, des courtiers immobiliers, des casinos et d'autres entités.

Le centre transmet les renseignements qu’il recueille aux partenaires responsables de l’application de la loi et de la sécurité, notamment le Service canadien du renseignement de sécurité, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d’autres corps de police.

Le CANAFE indique avoir généré plus de 100 communications de renseignements financiers liées à l'extorsion depuis le début de l'année 2026 – soit plus qu'au cours des deux dernières années combinées.

Il précise que ces communications ont permis d'identifier plus de 300 personnes et ont porté sur plus de 63 000 transactions financières.

L'extorsion visant les communautés sud-asiatiques au Canada est passée de menaces sporadiques à une «campagne soutenue de coercition» impliquant intimidation, violence opportuniste et coordination au-delà des frontières provinciales – notamment en Colombie-Britannique, en Alberta, au Manitoba et en Ontario, indique le bulletin.

Des tactiques de coercition

Les propriétaires de petites et moyennes entreprises dans des secteurs tels que le commerce de détail, les transports, la construction, l’immobilier et l’hôtellerie sont souvent la cible d’appels ou de messages anonymes exigeant des paiements, qui peuvent atteindre des centaines de milliers ou des millions de dollars, indique le CANAFE. Les tactiques de coercition comprennent les coups de feu et les incendies criminels.

L'analyse suggère que plusieurs groupes criminels, dont les gangs Bishnoi et Bambiha, sont impliqués dans des activités d'extorsion en cours, indique le bulletin.

«Il convient de noter que les déclarations soumises au CANAFE indiquent la possibilité que des imitateurs exploitent le poids associé à ces groupes criminels pour maximiser leur propre impact», précise-t-il.

Le centre a constaté que ces groupes semblent recruter ou s'appuyer sur des personnes déjà présentes au Canada – généralement des «jeunes hommes de nationalité indienne en situation de vulnérabilité financière» titulaires d'un permis d'études – pour transférer de l'argent ou agir en tant qu'hommes de main.

Les victimes sont souvent confrontées à des demandes immédiates de paiements forfaitaires par virement électronique, chèque ou cryptomonnaie, ou à des remises d’argent liquide organisées sous la contrainte, précise le bulletin.

Des paiements plus bas

Alors que les criminels visent généralement des sommes colossales se chiffrant en millions, les transferts de fonds par courriel et les dépôts en espèces analysés par le CANAFE suggèrent que les paiements individuels pourraient se situer dans une fourchette bien plus basse — de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

«Cela implique que les victimes négocient probablement avec les extorqueurs pour que les paiements soient plus réalistes ou gérables, indique le bulletin. Les paiements de forte valeur peuvent être remplacés par des "plans de financement" qui versent aux exécuteurs des montants plus modestes sur une période déterminée.»

Les victimes, qui sont souvent des propriétaires d’entreprises locales, peuvent tenter d’effectuer d’importants retraits en espèces ou virements bancaires qui ne correspondent pas aux transactions qu’elles ont effectuées par le passé, indique le CANAFE.

Le client peut se montrer nerveux ou angoissé et sembler recevoir des instructions ou des conseils alors qu’il tente de liquider des investissements à long terme ou d’effectuer des virements sortants vers de nouveaux destinataires, ajoute le bulletin.

Pour lutter contre ce type d’activité criminelle, «il faut signaler rapidement les faits et faire preuve d’une grande vigilance institutionnelle», indique le CANAFE.

«Des efforts continus sont également nécessaires pour réduire la stigmatisation et la peur qui empêchent les victimes de demander de l’aide. Ce sont des facteurs sur lesquels les délinquants s’appuient de plus en plus pour maintenir leur influence et éviter d’être repérés.»

Le CANAFE avertit les institutions financières que les clients cherchant à dissimuler de l’argent dans de tels cas peuvent utiliser des alias, des pseudonymes ou des noms de scène de «rappeurs».

Dans les cas liés à l’extorsion visant la communauté de la diaspora sud-asiatique, la personne effectuant la transaction est généralement âgée de 17 à 28 ans, possède un passeport indien et se présente comme un étudiant étranger, généralement dans un collège plutôt qu’à l’université, précise le bulletin.

Le client effectuera probablement des dépôts en espèces inexpliqués, éventuellement dans plusieurs agences ou à des guichets automatiques, ajoute le bulletin. À leur tour, précise-t-il, ces dépôts peuvent financer des transferts d’argent rapides par courriel vers des tiers inconnus.

Le CANAFE a constaté que ces clients pourraient également recourir à des entreprises de services monétaires ou à des banques pour effectuer des transactions avec des personnes ou des entreprises en Inde, aux Émirats arabes unis, au Royaume-Uni et, éventuellement, au Portugal ou au Kenya.

Jim Bronskill, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge