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Des Inuit d'un peu partout se rendent à Nuuk pour l'ouverture d'un consulat

durée 16h32
5 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

NUUK — Alors que le Canada s'apprête à inaugurer son nouveau consulat au Groenland cette semaine, des dizaines d'Inuit venus de tout l'Arctique canadien se sont rendus jeudi à Nuuk, la capitale du territoire danois, pour manifester leur solidarité.

Makivvik, le groupe représentant les Inuit du nord du Québec, a affrété jeudi un vol Air Inuit au départ de Montréal avec à son bord plus de 60 leaders et jeunes Inuit, ainsi qu'une poignée de journalistes.

La Presse Canadienne s'est entretenue avec les passagers du vol pour savoir pourquoi ils se rendaient là-bas.

«Unité» et «force»

«Nous voulons essentiellement montrer notre unité et notre force en tant qu'Inuit, en étant unis», a déclaré Adamie Delisle Alaku, vice-président de Makivvik. Nous amenons un avion rempli d'Inuit pour montrer notre soutien et notre unité à nos frères inuit du Groenland qui font face à toutes sortes de menaces, en particulier de la part des États-Unis qui veulent s'approprier le Groenland et ses ressources.»

M. Delisle Alaku a déclaré que les revendications du président américain Donald Trump concernant le contrôle du Groenland rappellent à beaucoup ses ambitions de faire du Canada un État américain.

«Il a des arrière-pensées, tout comme pour les ressources qu'il recherche au Venezuela. Il recherche du pétrole, du gaz et des minéraux au Groenland», a-t-il souligné.

Il a ajouté que le nouveau consulat pourrait faciliter les déplacements entre le Groenland et le nord du Canada, ce qui pourrait créer un marché pour des vols plus fréquents.

Un vol commercial entre Iqaluit et Nuuk a une durée de deux heures et n'est assuré que de juin à octobre.

Il existe de nombreux liens familiaux étendus entre les communautés inuit du Canada et du Groenland.

«Je pleurais parfois»

Minnie Annahatak, cadre au sein du gouvernement régional de Kativik, dans le nord du Québec, a déclaré que les menaces et les fanfaronnades de l'administration Trump à l'égard du Groenland — et son refus initial d'exclure la possibilité de prendre l'île par la force — l'avaient remplie de crainte.

«J'avais l'impression qu'ils allaient envahir (le territoire), comme ils l'ont fait au Venezuela. C'était très inquiétant et je regardais sans cesse les informations», a-t-elle confié, ajoutant qu'elle avait été alarmée lorsque le gouvernement du Groenland avait informé la population qu'il disposait de ressources suffisantes pour tenir cinq jours en cas d'invasion armée.

«Je pleurais parfois simplement parce que cela m'inquiétait», a-t-elle affirmé.

Mme Annahatak est originaire du village de Kangirsuk, dans une région qui, selon elle, subit la pression d'entreprises cherchant à extraire rapidement des terres rares. Elle a ajouté que les troupeaux de caribous étaient déjà en déclin en raison du changement climatique.

«Nous voulons tous préserver nos traditions et notre culture», a-t-elle déclaré.

Mme Annahatak estime que le discours de Donald Trump ressemble à une tentative de seconde colonisation des Inuit.

«Il est vraiment important de soutenir nos compatriotes inuit, en particulier pour leur souveraineté, a-t-elle fait valoir. Ils devraient avoir leur liberté comme quiconque ailleurs dans le monde. Nous sommes en 2026.»

«Nous avons beaucoup à apprendre»

Lukasi Whiteley-Tukkiapik, 29 ans, dirige Saqijuq, une organisation inuit consacrée au bien-être à Kujjuaq, au Nunavik. Il raconte s'être rendu au Groenland pour une conférence en novembre 2024 et avoir été impressionné par les infrastructures et les services, qui semblaient bien supérieurs à ce qu'il avait vu chez lui et à Iqaluit.

Il espère que le nouveau consulat contribuera à améliorer les programmes au Canada grâce à des mesures telles que des programmes de prévention du suicide ancrés dans la culture inuit.

«Nous avons beaucoup à apprendre d'eux, et vice versa, a-t-il déclaré. Ils ont les mêmes problèmes sociaux, mais ceux-ci sont plus importants et plus urgents pour eux. Je trouve qu'au Nunavik, nous n'en sommes pas encore là.»

M. Whiteley-Tukkiapik a dit croire que les Canadiens devaient envoyer un message unifié pour dire que le comportement de Donald Trump est inacceptable.

«Nos voix volées»

Eliza Lauzon, 26 ans, est membre du conseil d'administration du Conseil des jeunes de Qarjuit. Elle a noté que de nombreux jeunes Inuit ont perçu les commentaires de Donald Trump à travers le prisme de la colonisation.

«Nous sommes une population circumpolaire et, historiquement, sous tous les angles — que ce soit la Russie, les États-Unis, le Canada ou le Groenland avec le Danemark —, on nous vole constamment nos voix, a-t-elle déclaré.

«Ils nous prennent notre langue et nos enfants, et ce n'est qu'un moyen pour eux d'accéder à nos terres et à nos ressources.»

Mme Lauzon a déclaré que ce voyage au Groenland ne faisait que raviver les liens anciens entre les deux communautés polaires.

«Depuis le Groenland, ils se rendaient au Nunavut. Nous leur rendions visite en retour. Ces échanges ont lieu depuis des temps immémoriaux. Venir ici n'est donc que la continuation de cette tradition», a-t-elle souligné.

«Souvent, nous voyons les puissances coloniales parler de la façon dont elles nous protègent. Sans nous, elles mourraient sur nos terres», a-t-elle ajouté.

«À l'avant-garde»

Jean Dupuis, un Québécois marié à une femme inuit, dirige les relations de Makivvik avec le gouvernement du Québec. Il a déclaré que de nombreux Inuit du nord du Québec sont fiers qu'une personnalité locale, la gouverneure générale Mary Simon, soit présente à Nuuk pour l'ouverture du consulat.

«Elle fait un excellent travail pour promouvoir la réconciliation et tout le reste, et pour mettre les Inuit et les groupes autochtones au premier plan de discussions qui avaient rarement lieu auparavant», a-t-il déclaré.

M. Dupuis a affirmé qu'il espère que le consulat fera progresser les efforts des Inuit pour ouvrir les voyages transfrontaliers sans passeport, une ambition partagée depuis des années par les groupes inuit du Canada, de l'Alaska et du Groenland.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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