Des écologistes demandent à Ottawa de faire marche arrière sur les grands projets

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Plusieurs des plus grandes associations environnementales du Canada se sont rendues mercredi sur la colline du Parlement pour exhorter le gouvernement libéral à revenir sur ce qu'elles jugent être un recul en matière de politique environnementale.
Les représentants de 14 groupes ont tenu une conférence de presse pour affirmer qu’Ottawa était allé trop loin dans le démantèlement de sa politique environnementale et climatique. Leurs appels interviennent avant des réunions prévues avec des responsables fédéraux, notamment la ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, et le cabinet du premier ministre.
«Le premier ministre (Mark) Carney propose le plus grave affaiblissement de la législation environnementale de l’histoire du Canada, garantissant ainsi que le pays sera à la traîne dans la transition énergétique. Les Canadiens en paieront le prix et les dommages pourraient perdurer pendant des générations», a prévenu Tim Gray, directeur général d’Environmental Defence.
Ottawa a publié le mois dernier deux documents de travail proposant, entre autres, d’approuver des projets avant même qu’ils ne soient examinés et d’en exempter certains des lois sur la protection des espèces en péril.
Il a également proposé de retirer à l’Agence d’évaluation d'impact la responsabilité d’examiner les pipelines, les lignes de transport d’électricité et les projets d’énergie renouvelable en mer, pour la confier à la Régie de l'énergie du Canada.
Ottawa a expliqué que cette dernière proposition répondait aux préoccupations de l’industrie, qui estimait que l’Agence d’évaluation d'impact ne disposait pas du même niveau d’expertise en matière de projets énergétiques que la Régie de l'énergie.
Compétition sur le marché de l'énergie
Ces propositions interviennent alors qu’Ottawa tente de se positionner comme un fournisseur fiable et digne de confiance pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux, une dynamique en partie alimentée par les pénuries énergétiques dues à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz.
Les dirigeants de l’industrie pétrolière et gazière demandent depuis des années à Ottawa de supprimer les obstacles réglementaires qui, selon eux, entravent le développement. Ils citent notamment la Loi sur l’évaluation d'impact et l’interdiction des pétroliers sur la côte ouest.
Plus récemment, ils ont déclaré que le «processus réglementaire complexe» du Canada mettait en péril la possibilité d’assurer une plus grande sécurité énergétique mondiale.
L'année dernière, Trevor Ebl, président de la division canadienne des gazoducs chez TC Énergie, a fait valoir que des entreprises comme la sienne étaient en concurrence avec leurs homologues américains et mexicains pour attirer les investissements.
Il a comparé le gazoduc Coastal GasLink de TC en Colombie-Britannique, achevé en 2024 après dix ans de travaux, au projet Southeast Gateway de TC au Mexique, qui a été mis en service l'année dernière après seulement trois ans.
Les groupes environnementaux ont affirmé qu'il n'y avait aucune preuve pour supporter les affirmations selon lesquelles les lois environnementales canadiennes entraveraient le développement.
«Bien sûr qu’ils disent cela. L’industrie a depuis longtemps l’habitude de faire pression en faveur de la déréglementation environnementale», a rétorqué M. Gray aux journalistes.
«Le gouvernement du Canada a l’obligation envers ses citoyens de présenter et de divulguer les preuves sur lesquelles il s’appuie s’il entend revenir sur 50 ans de réglementation environnementale qui protège l’intérêt public. De notre point de vue, aucune preuve n’existe.»
Des zones économiques qui divisent
Les documents de travail proposaient également la création de «zones économiques» pour les corridors de transport, les réseaux de télécommunications, ainsi que la production et le transport d’énergie.
«La mise en place de ces zones avant la mise en œuvre d’importants projets éliminerait la nécessité de procéder à des examens de projet distincts, faciliterait le processus de délivrance des permis et réduirait les risques pour les investisseurs», indiquaient les documents de travail, qui font actuellement l’objet d’un processus de consultation de 30 jours.
Mais des groupes environnementaux ont prévenu mercredi que ces zones risquaient de contourner les lois environnementales destinées à la protection de la faune, en particulier les espèces menacées.
«Ils proposent de mettre en jeu l’extinction d’espèces menacées, comme l’orque résidente du sud, pour des raisons de convenance politique», a déclaré Kimberly Shearon, directrice générale d’Ecojustice.
«Il n’y a pas de retour en arrière possible après l’extinction. Une fois qu’une espèce a disparu, elle est perdue à jamais.»
«Le gouvernement fédéral affirme que nous devons construire rapidement pour faire face aux menaces américaines. Nous sommes d’accord», a ajouté M. Gray.
«Mais déclarer les zones économiques fédérales comme des zones de non-droit qui discréditent largement les règles environnementales, approuver des projets avant que leurs impacts ne soient étudiés et mettre de côté la protection des espèces, ce n’est pas construire. C’est destructeur et c’est dangereux.»
S'adressant à La Presse Canadienne alors qu'il se rendait à sa réunion hebdomadaire du caucus libéral, le premier ministre Mark Carney a assuré que le gouvernement n'était «absolument pas» en train de renoncer aux protections environnementales, citant sa nouvelle stratégie pour la nature.
«C’est la différence entre prendre un engagement, ce qui s’est produit à Montréal il y a quelques années, et disposer réellement d’un plan et des ressources nécessaires pour le mettre en œuvre», a fait valoir M. Carney, faisant référence à l’engagement pris par le Canada lors de la conférence des Nations unies sur la biodiversité en 2024 de préserver 30 % des terres et des océans d’ici 2030.
«Ce gouvernement est très orienté sur les résultats, très orienté sur l’exécution.»
Mais les leaders environnementaux affirment que les efforts d’Ottawa pour accélérer les autorisations de projets nuisaient aux efforts accomplis par le Canada pour protéger la nature.
«La proposition demande aux Canadiens d’accepter moins», a résumé Sandra Schwartz, de la Société pour la nature et les parcs du Canada.
«Moins de protection pour la nature, moins de garanties pour les communautés et un risque accru d’extinction pour des espèces emblématiques, tout cela au nom d’une accélération des processus. Les Canadiens n’ont pas demandé cela. Ce n’est pas de la construction du pays. C’est de la destruction du pays.»
Nick Murray, La Presse Canadienne