Des déclarations mensongères fusent après la démission d'un député du fédéral

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Après que le député libéral Shaun Chen a annoncé lundi son intention de démissionner de son siège à la Chambre des communes en septembre, il a été accusé sur Internet d'avoir enfreint le règlement de la Chambre en votant sur un projet de loi alors qu'il se trouvait en Chine au début de l'année.
Ces allégations, relayées par des influenceurs de droite et une poignée de députés conservateurs actuels et anciens, s’appuient sur les horodatages figurant sur des vidéos partagées sur WeChat, la célèbre plateforme de réseaux sociaux chinoise, montrant M. Chen en visite en Chine.
Les affirmations
«Shaun Chen déguste une glace dans une vidéo publiée le 25 mars en Chine. Les registres de vote montrent que Shaun Chen a voté par voie électronique à six reprises à la Chambre des communes le 25 mars», peut-on lire dans l’un des nombreux messages publiés cette semaine par la journaliste indépendante Andy Lee.
«Si Shaun Chen a voté à distance alors qu’il se trouvait en Chine, cela pourrait constituer une grave atteinte à la sécurité nationale. Se connecter à des réseaux contrôlés par le Parti communiste chinois pour accéder aux systèmes sécurisés du Parlement ne semble pas très judicieux», peut-on lire dans un message publié par un autre compte.
Le député conservateur John Barlow a republié un fil de discussion concernant le voyage de M. Chen, en affirmant: «Cela va bien au-delà d’un simple voyage en Chine. Il y a des questions sérieuses qui demandent des réponses.»
Dans une réponse à ce message sur X, désormais supprimée, M. Barlow a ensuite cité le Règlement de la Chambre des communes, qui interdit aux députés de voter lorsqu’ils se trouvent hors du Canada.
De nombreux messages affirmaient que M. Chen avait voté, le 25 mars, sur le projet de loi controversé du gouvernement relatif aux crimes de haine, le projet de loi C-9, alors qu’il se trouvait en Chine.
Mme Lee a déclaré dans un message ultérieur qu’il était possible que les vidéos WeChat aient été montées et publiées après le voyage, mais a ajouté qu’il était «tout à fait légitime de se demander s’il avait voté depuis la Chine».
Les faits
Il est interdit aux députés de participer aux votes de la Chambre lorsqu’ils se trouvent à l’étranger.
Le règlement de la Chambre des communes, qui régit les procédures de la Chambre, stipule que les votes électroniques ne peuvent être exprimés qu’au Canada.
L'article 45 (12) (a) du Règlement de la Chambre des communes stipule également que l'identité d'un député doit être confirmée visuellement. Les députés doivent se connecter à une application pour enregistrer leur vote. Cette application utilise la technologie de reconnaissance faciale pour vérifier qu'ils sont bien ceux qu'ils prétendent être.
Un porte-parole du bureau du président de la Chambre, Francis Scarpaleggia, a confirmé que des contrôles techniques et des processus de validation humaine étaient en place pour s’assurer que les députés se trouvent bien sur le territoire canadien lorsqu’ils votent.
«Ces mesures sont mises en œuvre conformément aux politiques de sécurité et aux directives technologiques de la Chambre des communes et visent à détecter et à traiter les situations pouvant indiquer qu’un vote a été émis depuis l’extérieur du Canada», a précisé le bureau du président.
Le bureau de M. Chen a indiqué que le député se trouvait en Chine du 14 au 22 mars et qu’il était rentré au Canada pour la séance de la Chambre des communes du 23 mars.
Le bureau de M. Chen a joint une copie de sa carte d’embarquement pour ce voyage, qui montre qu’il se trouvait à bord d’un vol au départ de Taipei à destination de Toronto à 18 h 50, heure locale, le 22 mars. Ce trajet dure généralement environ 14 heures et l’avion atterrit le jour même, en raison du décalage horaire.
La Presse Canadienne a également pu consulter une photo des estampes de visa figurant dans le passeport de M. Chen, qui indiquent que son arrivée en Chine remonte au 14 mars et son départ au 22 mars. La Presse Canadienne ne diffuse pas cette photo, car elle contient des informations privées et personnelles.
«Le député n’a pas voté depuis l’étranger. Comme il l’a indiqué dans son récent message annonçant sa démission, ses problèmes de santé importants et persistants l’empêchent de se rendre à Ottawa aussi souvent que son mandat l’exige; il a donc décidé de démissionner», a écrit le bureau de M. Chen dans un courriel.
«Il s’agissait de son premier et unique voyage en Chine depuis mai 2019, un voyage qu’il a effectué avec l’Association législative Canada-Chine dans le cadre de missions parlementaires officielles, en compagnie d’autres députés et sénateurs.»
M. Chen a déclaré dans un communiqué publié lors de sa démission qu’il avait été victime d’un accident de la route l’automne dernier alors qu’il faisait la navette entre Toronto et Ottawa.
Plusieurs détracteurs, dont Mme Lee, se sont interrogés cette semaine sur les raisons pour lesquelles M. Chen serait en assez bonne santé pour se rendre en Chine, mais pas à Ottawa.
Le voyage en Chine était parrainé par l’Association canadienne hakka, un groupe qui affirme avoir pour objectif de «promouvoir l’amitié» entre les membres de l’ethnie hakka au Canada. Il est présidé par Joe Li, conseiller municipal de Markham.
Le bureau de M. Chen a également communiqué des courriels échangés entre ce dernier et le personnel informatique de la Chambre des communes, qui coordonnait l’utilisation d’une tablette prêtée et d’un téléphone équipé d’une carte SIM temporaire pendant le voyage. Ces courriels indiquent que son déplacement avait été évalué comme présentant un «risque potentiellement élevé en matière de cybersécurité».
Le Bureau du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique du Canada a publié sur son site web une divulgation publique comprenant les détails du voyage de M. Chen. L’invitation de l’Association canadienne hakka précise que le voyage s’est déroulé du 14 au 22 mars et comprenait sept nuits d’hôtel.
La Presse Canadienne