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Des Canadiens prévoient de se rendre à Gaza par la mer malgré les risques

durée 14h43
21 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Des Canadiens prévoient de voguer à nouveau vers la bande de Gaza dans le cadre d'une flottille visant à acheminer de l'aide et à briser un blocus naval qui dure depuis près de 20 ans, quelques mois après que 6 Canadiens ont été arrêtés par Israël pour avoir tenté une mission similaire.

Safa Chebbi, porte-parole de la branche canadienne de la Flottille mondiale Sumud, a indiqué que plus de 100 bateaux et 3000 participants venus du monde entier devaient partir des ports espagnols et italiens le 12 avril, à destination de la bande de Gaza.

Mme Chebbi a précisé que des professionnels de santé, des journalistes et des ouvriers du bâtiment, qui espèrent apporter leur aide et contribuer aux efforts de reconstruction à Gaza, embarqueront à bord de la flotte, avec des médicaments et d’autres fournitures vitales.

Cette traversée est toutefois menacée par la possibilité que les bateaux soient interceptés par les forces israéliennes et que les passagers soient placés en détention, comme cela a été le cas pour des dizaines de navires au cours des deux dernières décennies, aucun n'ayant atteint Gaza depuis 2008.

L'automne dernier, Israël a placé en détention plus de 400 militants, dont Greta Thunberg et le petit-fils de Nelson Mandela, lors de la première traversée de la Flottille mondiale Sumud.

Peu après, six Canadiens naviguant à bord de la Flottille de la liberté, qui tente de faire accoster des navires à Gaza depuis 2010, ont également été arrêtés avant d'être expulsés vers le Canada.

Cette année, la Flottille de la liberté s’est jointe à la Flottille mondiale Sumud pour une expédition commune, a expliqué Ehad Lotayef, l’un des fondateurs de la branche canadienne de la Flottille de la liberté.

Selon M. Lotayef, les détentions sont pratiquement inévitables pour cette expédition printanière. Le poète montréalais a raconté qu’il en avait lui-même fait l’expérience en 2011, lorsque lui et d’autres militants avaient été retenus en Israël pendant une semaine après avoir tenté de rejoindre Gaza par la mer.

«Nous ne cherchons pas à devenir des martyrs, mais nous ne sommes pas non plus ignorants des réalités», a-t-il avancé, précisant que les participants reçoivent une formation pour les préparer à d'éventuelles violences s'ils sont placés en détention.

La Dre Suzanne Shoush, médecin de famille noire et autochtone de Toronto, qui espère embarquer à nouveau avec la flottille après y avoir participé l’année dernière, a souligné qu’elle-même et beaucoup d’autres étaient prêts à mettre leur propre sécurité en jeu pour avoir la chance d’acheminer de l’aide.

«Les gens sont prêts à prendre ce risque, a-t-elle soutenu. L’espoir est si grand que la flottille parvienne à briser le siège.»

Fida Alburini, une organisatrice palestino-canadienne, espère aussi se rendre à Gaza malgré les inquiétudes liées à la sécurité.

«Nous sommes humains, donc nous avons bien sûr peur, a-t-elle reconnu. Mais (… ) le risque ne devrait pas exister, car nous naviguons en vertu du droit international dans les eaux internationales. Nous transportons de l’aide humanitaire. Nous avons du lait en poudre pour bébés. Nous avons des médicaments. Nous avons des médecins.»

«Le risque existe parce qu’Israël décide de nous attaquer illégalement», a-t-elle ajouté.

Un blocus qui fait débat

La légalité du blocus naval imposé par Israël dans les eaux internationales fait débat, mais certains experts affirment que le droit international protège la livraison de l’aide, quoi qu’il en soit.

Israël affirme que son blocus naval est nécessaire pour empêcher le Hamas d’importer des armes, tandis que ses détracteurs y voient une punition collective.

L'aide parvient au compte-gouttes à Gaza, mais pas au niveau promis dans l'accord de cessez-le-feu d'octobre 2025, selon les organisations humanitaires.

Si le cessez-le-feu négocié par les États-Unis a mis fin aux opérations militaires majeures, Israël a également continué à frapper ce qu'il qualifie de militants, tuant souvent des civils.

En janvier, 225 camions par jour en moyenne ont acheminé des vivres dans la bande de Gaza, selon la dernière analyse sur la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial des Nations unies, un chiffre bien inférieur aux 600 camions par jour promis.

La famine reste aiguë dans la région, où le prix des denrées alimentaires aurait explosé depuis le début de la guerre en Iran.

M. Lotayef a indiqué que l'objectif de la flottille n'était pas de résoudre la crise humanitaire à Gaza, mais d'établir un corridor maritime vers la région afin que davantage d'aide puisse y parvenir, en contournant les points de passage terrestres saturés.

La Dre Shoush, membre de la Première Nation Leqʼá꞉mel, a déclaré que les peuples autochtones se reconnaissaient dans le sort des Palestiniens, en tant que peuples ayant subi l’occupation et le colonialisme.

Elle a affirmé qu’elle avait le devoir d’agir, même si cela signifiait se mettre en danger.

«À un moment donné, on franchit cette ligne où rester là à regarder, savoir, et ne rien faire est pire pour soi que tout ce qui pourrait arriver», a-t-elle avancé.

— Avec des informations de l'Associated Press

Kathryn Mannie, La Presse Canadienne

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