Des Canadiens défendent les relations commerciales à la Foire de l'Iowa

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Par La Presse Canadienne, 2026
DES MOINES — Le porc est un sujet très prisé à la Foire de l'État de l'Iowa, où les visiteurs affamés se régalent de grillades tandis que les enfants, pleins de curiosité, regardent avec des yeux écarquillés le plus gros cochon de l'État.
Mais cette foire de 11 jours à Des Moines s'est également révélée être une occasion importante pour les Canadiens de faire valoir leur point de vue à un moment où les relations entre le Canada et les États-Unis sont tumultueuses.
«Parfois, il suffit de rappeler aux habitants de l’Iowa que cette relation leur est réellement bénéfique», a déclaré vendredi Rick Préjet, président de Manitoba Pork, lors de la foire d’État.
M. Préjet et Cam Dahl, directeur général de Manitoba Pork, faisaient partie d’une délégation canadienne menée par le Manitoba qui s’est rendue à la foire pour rencontrer des responsables politiques locaux et des groupes professionnels, notamment l’Iowa Pork Producers Association.
«Nous portons notre message directement là où se trouvent nos principales parties prenantes», a expliqué Richard Madan, représentant principal du Manitoba aux États-Unis.
«Les rencontres en face-à-face sont essentielles pour renforcer les relations, instaurer la confiance et approfondir la compréhension.»
L’ambassadeur du Canada aux États-Unis, Mark Wiseman, a participé au traditionnel lancer de côtelette de porc — qu’il a réussi dès son deuxième essai — et a posé pour des photos avec la «Iowa Pork Queen» samedi après-midi.
Le ministre de l’Agriculture Heath MacDonald, la consule générale à Minneapolis Beth Richardson ainsi que des représentants du Québec et de l’Alberta étaient également présents.
Manitoba Pork se rend depuis longtemps à la foire d’État, mais les enjeux sont plus importants cette année, alors que le président américain Donald Trump menace d’imposer une nouvelle série de droits de douane élevés sur toute une gamme de produits canadiens. Ottawa a intensifié les négociations à Washington afin de trouver une issue aux droits de douane de 50 % qui doivent entrer en vigueur mercredi.
Le porc, symbole des relations commerciales
Le Manitoba expédie chaque année plus de trois millions de jeunes porcs aux États-Unis, dont environ deux millions sont destinés directement à l’Iowa.
«Ce n’est pas nous qui poussons ces porcs vers le sud. Ce sont eux qui viennent les chercher chez nous, a souligné M. Préjet. Il y a un besoin. Il y a une demande. Nous venons simplement rappeler à tout le monde l’importance de notre relation.»
Si les négociations commerciales au Capitole américain sont importantes, la diplomatie de terrain au niveau des États pourrait aider à rallier des soutiens en faveur du Canada en dehors de la «Beltway».
M. Madan a indiqué que la délégation avait renforcé les relations et reçu des retours francs sur des questions cruciales. Elle a rencontré des législateurs, des régulateurs, le maire local et des dirigeants de l’État. Elle a également tenu des réunions avec le ministère américain de l’Agriculture, le secrétaire à l’Agriculture de l’Iowa et le président du bureau agricole, entre autres.
La Foire de l’État de l’Iowa est réputée pour être un haut lieu de la politique, où les responsables politiques locaux et fédéraux n’hésitent pas à s’adresser directement aux électeurs depuis la «tribune improvisée» installée sur place.
Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, et l’administratrice de l’Agence fédérale pour les petites entreprises, Kelly Loeffler, figuraient parmi les personnalités de premier plan de l’administration Trump qui se sont également rendues sur le site de la foire la semaine dernière.
S’adressant aux chaînes d’information locales et aux visiteurs de la foire, M. Greer a défendu les politiques tarifaires imprévisibles de Donald Trump, qui ont posé des défis considérables à cet État à vocation agricole.
Vendredi, lors de la foire, un groupe d’agriculteurs discutant du commerce a évoqué la manière dont les exportations de soja de l’État avaient été durement touchées par les mesures de rétorsion chinoises en réponse aux droits de douane américains.
Mais interrogés sur les droits de douane imminents visant le Canada, ils se sont montrés plus hésitants dans leurs réponses. Les agriculteurs ont expliqué que ces droits de douane constituaient une réponse au système canadien de gestion de l’offre laitière — qu’ils jugent injuste pour les producteurs américains — ainsi qu’au déficit commercial, largement dû aux achats de pétrole canadien par les États-Unis.
Le Canada est le premier client de l’Iowa: en 2025, l’État a exporté pour 4,9 milliards $ vers son voisin du nord. Cela représente 30 % du total des exportations de l’Iowa.
L’Iowa importe également pour 3,2 milliards $ de marchandises en provenance du Canada, dont une grande partie est constituée de produits agricoles ou de machines qui soutiennent les industries locales, lesquelles dépendent d’un marché nord-américain profondément intégré.
Les craintes peinent à traverser la frontière
«Je vais être très, très honnête: je ne sais pas grand-chose à ce sujet», a affirmé Kaitlin Becker, 33 ans, à propos des relations entre l’Iowa et le Canada.
Kaitlin Becker n’est pas la seule dans ce cas. De nombreux habitants de l’Iowa présents à la foire ignoraient tout des relations de leur État avec le Canada et se montraient réticents à évoquer les bouleversements actuels provoqués par les droits de douane imposés par le président Trump et ses menaces d’annexion.
Mais les groupes agricoles et industriels américains qui se sont entretenus avec la délégation canadienne ont indiqué qu’ils recherchaient la stabilité et la poursuite de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, connu sous le nom d’ACEUM.
M. Dahl a mentionné que «le soutien en faveur de notre accord commercial est incroyablement fort ici.» Bien que l’agriculture canadienne ait été largement épargnée par les droits de douane de M. Trump jusqu’à présent, les discussions transfrontalières vont bon train pour s’assurer que cela reste ainsi.
«Il est bien compris que nous en tirons tous les deux profit. Les producteurs en bénéficient, les transformateurs en bénéficient et les consommateurs en bénéficient», a-t-il ajouté.
«Et si cette chaîne d’approvisionnement venait à être interrompue, tous les acteurs concernés en pâtiraient.»
L’administration Trump n’a pas prolongé l’ACEUM en juillet. Cela a déclenché un réexamen annuel de l’accord commercial, qui s’étalera sur une période pouvant aller jusqu’à dix ans, à l’issue de laquelle l’accord expirerait si les trois pays ne parvenaient pas à s’entendre sur une prolongation.
Le Mexique et les États-Unis ont entamé des négociations officielles sur l’ACEUM, mais Ottawa et Washington n’ont pas encore engagé de discussions en ce sens.
De nombreux observateurs estiment que les dernières menaces de droits de douane de M. Trump visent à pousser le Canada à la table des négociations.
Victoria Riley s’est dite très déçue de voir les relations bilatérales se détériorer, car «nous avons toujours été d’excellents voisins avec le Canada».
Elle a ajouté qu’elle souhaitait un retour à la situation antérieure, précisant que «lorsque les gens commencent à imposer des droits de douane, personne n’y gagne — nous y perdons tous».
«La politique dans ce pays est tout simplement un désastre», a déclaré cette femme de 69 ans samedi lors de la foire.
Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne