Dénatalité: une majorité de Québécois anticipent des effets négatifs, selon une étude

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Par La Presse Canadienne, 2026
QUÉBEC — Une étude de l’Institut Cardus montre qu’une majorité de Québécois pensent que le faible taux de natalité au Québec – 1,33 enfant par femme – aura des impacts négatifs sur l’économie et la culture de la province.
Le groupe de réflexion a fait réaliser un sondage par la firme Léger auprès des Québécois et le «constat est sans appel». «Dans tous les cas, la majorité des répondants anticipe que la dénatalité aura des incidences négatives pour l’avenir du Québec», écrit le chercheur qui a réalisé l’étude, Étienne-Alexandre Beauregard.
Plus de 60 % des répondants ont indiqué que la dénatalité aura des effets négatifs à long terme sur les finances publiques (64 %) et la croissance économique (62 %).
Environ 55 % pensent que le phénomène aura des conséquences sur la langue française, la culture québécoise et la capacité de recevoir des services publics.
«À 1,33 enfant par femme, on est à un creux historique de la fécondité et ça va avoir des impacts collectifs pour tout le monde, que ce soit au niveau du poids du Québec dans le Canada, mais aussi au niveau des finances publiques. C'est un problème collectif qu'on ne peut pas vraiment éviter», souligne le chercheur en entrevue avec La Presse Canadienne.
Incertitude économique et le coût de la vie
L’étude intitulée «Un Québec sans enfants?» cite également un sondage du ministère de la Famille auprès de Québécois de 19 ans et affirme que «90,3 % des répondants qui désirent devenir parents souhaitent deux enfants ou plus».
«Il existe donc au Québec un écart croissant entre le désir d’enfant, qui demeure au-dessus de deux, et le nombre d’enfants nés, qui chute d’année en année», souligne l’étude de l’Institut Cardus, qui se définit comme un centre de «recherche non partisan» s’inscrivant dans la «tradition de la pensée sociale chrétienne».
«Quand on voit que le désir est beaucoup plus élevé que le nombre de naissances, on se dit qu'il doit y avoir des facteurs extérieurs qui pèsent là-dedans», indique le chercheur.
Il cite comme cause l'incertitude économique et le coût de la vie. «On pourrait supposer que la montée inflationniste et la hausse du coût de la vie qui ont suivi la pandémie de COVID-19 ne soient pas étrangères à la chute prononcée de la fécondité observable au Québec comme ailleurs depuis 2020», écrit Étienne-Alexandre Beauregard.
«Hiver démographique»
Mais comment se sortir de cet «hiver démographique». Le chercheur croit que l’État doit mettre en place des «politiques pro-famille» afin de permettre aux couples qui veulent des enfants de réaliser leur désir.
Il cite en exemple la création du Régime québécois d’assurance parentale ou encore l’allocation à la naissance du gouvernement Bourassa en 1988, qui «offrait 500 $ aux parents pour le premier enfant, 1000 $ pour le second et jusqu’à 8000 $ pour les enfants de troisième rang ou plus».
«Avant la création du programme, en 1987, l’indice synthétique de fécondité du Québec enregistrait un écart négatif d’environ 0,30 enfant par femme avec celui du Canada. En 1996, cet écart s’était réduit de 86 %», écrit Étienne-Alexandre Beauregard.
À l’approche des élections, celui qui a aussi été rédacteur de discours du premier ministre François Legault espère que les partis politiques se saisiront de ce sujet.
«Bébé-bonus»
Une professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Sophie Mathieu, affirme également que la situation de la fécondité est préoccupante, aussi parce que les couples n’ont pas autant d'enfants qu’ils le désirent.
«On est un peuple francophone, minoritaire et notre poids démographique à l'intérieur du Canada est en baisse. Donc on peut se poser la question: “qu'est-ce que ça veut dire au niveau de la survie des valeurs et de la culture?”», a-t-elle affirmé en entrevue avec La Presse Canadienne.
Elle ne croit toutefois pas que des mesures du genre «bébé-bonus» comme ce qu’on a vu à la fin des années 1980 soient la solution, car elles ne font augmenter la natalité que «de manière très ponctuelle».
«Les couples ont eu plus d'enfants au début, mais à long terme, ça ne s'est pas maintenu», affirme la professeure.
Il faut plutôt faciliter l’accès à la propriété, ouvrir davantage de places en garderie et avoir une meilleure conciliation travail-famille.
«Les pays où les femmes n'ont pas à choisir entre le fait d'être une travailleuse et une mère sont les pays qui s’en tirent le mieux», explique celle qui est également auteure du livre «Égalité, fécondité et maternité».
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Le sondage Léger de l’étude de Cardus a été réalisé sur le web du 6 au 9 février 2026 auprès de 1061 répondants domiciliés au Québec, âgés de 18 ans et plus. Les données ont été pondérées selon l’âge, le genre, la région, la langue maternelle, le niveau de scolarité et la présence d’enfants dans le ménage afin de garantir un échantillon représentatif de la population québécoise. La marge d’erreur présumée est de plus ou moins 3,01 %, 19 fois sur 20.
Thomas Laberge, La Presse Canadienne