Début de l'audience de détermination de la peine de Kenneth Law
Kenneth Law a ouvert la voie vers la mort à des personnes vulnérables, les privant de leur avenir et laissant d’innombrables familles aux prises avec un deuil dont les répercussions continuent de se faire sentir dans tous les aspects de leur vie, a-t-on entendu mercredi devant le tribunal, alors que cet homme de l’Ontario, impliqué dans des dizaines de décès à travers le monde, comparaissait pour son audience de détermination de la peine.
Les amis et les proches de ceux qui se sont donné la mort à l’aide d’articles achetés en ligne auprès de M. Law ont exprimé leur chagrin lors de la première journée de l’audience.
Leonardo Bedoya Forero croyait autrefois que les personnes qui cherchaient de l’aide lorsqu’elles étaient en détresse «se dirigeaient vers un lieu sûr».
«Aujourd’hui, je vis en sachant qu’une personne peut souffrir, chercher de la compréhension ou du réconfort, et rencontrer quelqu’un qui, au lieu de la guider vers l’espoir, lui ouvre la voie vers la mort», a-t-il indiqué dans une déclaration lue par le procureur.
Lui et son épouse ont décrit le sentiment d’un vide permanent dans leur vie après la mort de leur fille unique, Jeshennia Bedoya-Lopez, qui avait 18 ans lorsqu’ils ont découvert son corps dans sa chambre il y a quatre ans.
M. Bedoya Forero a souvent l’impression d’être sur le point de s’effondrer sous le poids de son chagrin, une douleur aggravée par le fait de voir son épouse «disparaître» alors qu’elle lutte pour faire face à cette perte, a-t-il expliqué.
«En tant que père et mari, ce sentiment d’impuissance est dévastateur», a-t-il raconté.
«Je n’ai pas pu sauver ma fille de ce qui lui est arrivé. Je ne peux pas effacer la douleur de ma femme. Je ne peux pas effacer la mienne non plus. Tout ce que je peux faire maintenant, c’est me battre pour que la perte de notre fille ne signifie pas aussi que nous nous perdions l’un l’autre», a-t-il ajouté.
Le tribunal devrait entendre 74 déclarations des victimes au cours des prochains jours, certaines prononcées en personne, d’autres lues à haute voix par les procureurs et d’autres encore diffusées par enregistrement vidéo.
M. Law, un ancien chef cuisinier originaire de Mississauga, en Ontario, a plaidé coupable fin mai à 14 chefs d’accusation d’aide au suicide dans le cadre du décès de 14 personnes dans la province, dont certaines étaient mineures.
Cet accord de plaidoyer est intervenu quelques semaines après que M. Law devait comparaître pour répondre de ces accusations ainsi que de 14 autres chefs d’accusation de meurtre au premier degré liés aux mêmes victimes.
Les procureurs ont indiqué qu’ils prévoyaient de retirer les chefs d’accusation de meurtre une fois que M. Law aura été condamné.
Les personnes reconnues coupables d’aide au suicide encourent jusqu’à 14 ans de prison, et les avocats du ministère public et de la défense devraient présenter, dans le cadre de l’audience, ce qu’ils estiment être une peine appropriée.
Des répercussions dévastatrices
Adrienne Dalli a témoigné qu’elle se sentait privée de la possibilité de créer de nouveaux souvenirs avec son frère, Maurizio Vadala, avec lequel elle partageait «toute une vie de souvenirs que personne d’autre ne pouvait pleinement comprendre».
«Ce que j’ai perdu, ce n’est pas seulement mon frère, mais la seule autre personne qui a partagé mon enfance», a-t-elle déclaré, les larmes aux yeux.
Cette perte a également fait d’elle une mère anxieuse, craignant de ne pas être capable de repérer les signes si ses fils traversaient une période difficile ou de ne pas être suffisamment présente pour les aider, a expliqué Mme Dalli.
«C’est dévastateur de savoir que, pendant l’une des périodes les plus vulnérables de sa vie, il a été orienté vers la mort au lieu de bénéficier d’un soutien, d’une protection ou d’une intervention. C’est quelque chose que je porterai en moi pour le reste de ma vie», a souligné Mme Dalli.
Les proches de plusieurs autres victimes canadiennes — notamment Amritraj Rana, 21 ans, Amara Scott, 25 ans, et Ashtyn Prosser-Blake, 19 ans — ont également évoqué leur perte devant le tribunal, souvent d’une voix tremblante d’émotion ou entrecoupée de sanglots.
Des victimes au Royaume-Uni
Le tribunal a également entendu le témoignage d’une femme originaire du Royaume-Uni qui avait consommé une substance achetée auprès de M. Law il y a trois ans et qui avait survécu.
À l’époque, Elisabeth Belien a expliqué qu’elle était en proie à des troubles mentaux et qu’elle cherchait «désespérément» une échappatoire.
«Les agissements de Kenneth Law m’ont grandement facilité la tâche pour passer à l’acte sous l’effet de ce désespoir», a-t-elle déclaré au tribunal.
Mme Belien a été transportée d’urgence à l’hôpital pour y être soignée et a réussi à se rétablir physiquement, mais les séquelles émotionnelles persistent, a-t-elle indiqué.
Rongée par la culpabilité du survivant, elle s’est affamée pendant des mois, à la fois pour se punir et pour engourdir ses sentiments, a-t-elle expliqué.
«J’ai l’impression que ma vulnérabilité a été exploitée et que mon expérience a rendu plus difficile pour moi de faire confiance aux autres ainsi qu’à moi-même. J’éprouve encore beaucoup de honte face à ce qui s’est passé», a-t-elle ajouté.
M. Law gérait plusieurs sites web utilisés pour vendre du nitrite de sodium et d’autres produits pouvant servir à s’automutiler, selon un exposé conjoint des faits lu à l’audience après son plaidoyer.
Il a envoyé quelque 1200 colis à des personnes dans plus de 40 pays, dont près de 160 colis expédiés à des adresses au Canada, précise le document.
Entre janvier 2020 et la mi-mai 2023, près de 290 000 $ provenant des ventes de ses entreprises ont été versés sur ses comptes, a-t-on appris au tribunal. M. Law savait que les personnes qui achetaient ses produits étaient susceptibles de les utiliser à des fins suicidaires, précise la déclaration.
Il intervenait également de temps à autre sous un pseudonyme sur un forum où des personnes discutaient de l’utilisation de certaines substances à des fins suicidaires, précise-t-il. Certaines de ses réponses renvoyaient les internautes vers ses sites web, ajoute-t-il.
Bien que les chefs d’accusation retenus contre M. Law ne concernent que des victimes canadiennes, les décès de 79 personnes au Royaume-Uni liés aux produits qu’il vendait ont également été inclus dans l’exposé des faits de l’affaire.
L’audience de détermination de la peine devrait se dérouler sur plusieurs jours.
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Si vous ou l'un de vos proches avez des pensées suicidaires, une aide est disponible 24h/24 et 7j/7 en appelant ou en envoyant un SMS au 988, la ligne d'assistance nationale canadienne de prévention du suicide.
Paola Loriggio, La Presse Canadienne

