Daniel Gobeil, nouvel élu et agriculteur qui a contribué à la «posture» face à Trump

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le député nouvellement élu dans la circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, Daniel Gobeil, croit qu'il saura, en tant qu'agriculteur, être le porte-voix des travailleurs de sa région frappée de plein fouet par la guerre commerciale. Il estime déjà avoir pu contribuer à «la posture» du Canada face à l'administration américaine de Donald Trump, puisque le premier ministre Mark Carney lui a accordé, selon lui, une «oreille attentive».
«Mon avis a été tenu en compte, même en étant candidat», a dit M. Gobeil dans une entrevue accordée vendredi à La Presse Canadienne.
Celui qui est connu pour avoir été président des Producteurs de lait du Québec, de même que vice-président des Producteurs laitiers du Canada, s'est notamment entretenu avec le ministre responsable du commerce avec les États-Unis, Dominic LeBlanc.
À ce moment-là, les Américains faisaient des pieds et des mains pour tenter d'obtenir des assouplissements dans le système canadien de la gestion de l'offre, dans le cadre des négociations pour parvenir à une entente commerciale avec les Canadiens. La gestion de l'offre équivaut, aux yeux de Washington, à des droits de douane injustifiés et est identifiée comme un irritant majeur, tout particulièrement en ce qui a trait au secteur laitier.
«Il y a eu des discussions», a résumé M. Gobeil au sujet de ses interactions avec le ministre LeBlanc.
«J'étais au courant de ce qui se tramait, mais pas dans l'ensemble des demandes, mais vraiment dans mon champ de compétence du secteur laitier», a-t-il ajouté.
Est-ce que le député élu, qui n'était alors que candidat, a donc joué un rôle dans les négociations? «Je dirais peut-être plus un rôle dans leur posture, mais je n'irais pas aussi loin que dans la négociation», a-t-il répondu.
M. Gobeil a rappelé que le ministre LeBlanc, la négociatrice en chef, Janice Charette, ainsi que la garde rapprochée de M. Carney étaient les principales personnes responsables, du côté canadien.
«Ils connaissaient vraiment les options ou ma posture sur ce dossier-là qui était alignée avec nos négociateurs à la table.»
La protection de la gestion de l'offre à travers des négociations commerciales a occupé une place prépondérante durant la campagne de M. Gobeil, qui a dû répéter à plusieurs reprises qu'il était «rassuré» qu'aucune concession n'était en jeu ni même considérée.
Une loi proposée par le Bloc québécois et adoptée aux Communes avec, notamment, l'appui des libéraux, est censée protéger la gestion de l'offre dans tous pourparlers commerciaux. «C'est sûr qu’une loi, ça a ses limites», estime le nouvel élu.
Un accord avec les États-Unis a semblé, pendant quelques jours, à portée de main. Le bruit courrait que l'entente aurait inclus des dispositions visant à répondre à certaines préoccupations américaines concernant l’accès limité au marché laitier canadien — en vertu de la gestion de l'offre.
L'accord n'a finalement pas été conclu, M. Carney ayant demandé à l'équipe canadienne de négociation de se retirer. Il a fait valoir que les Américains avaient ajouté des conditions, à la dernière minute, que le Canada ne pouvait accepter.
L'annonce du retrait du Canada de la table de négociation a été un «game changer» pour la campagne de M. Gobeil, croit ce dernier en relevant que cela s'est produit un «vendredi soir».
«Le samedi matin, on a vu les sondages de M. Carney qui avait un 85 % au Québec, les gens étaient derrière la posture de ''Maîtres chez nous''», a-t-il dit en reprenant, tout comme le premier ministre, l'expression popularisée par Jean Lesage durant la Révolution tranquille, au Québec.
Il reste à voir quel rôle continuera de jouer M. Gobeil au sein du gouvernement et s'il continuera d'avoir l'attention de M. Carney. Jusqu'ici, M. Gobeil ne doute pas que le premier ministre sera à l'écoute.
Et alors que des rumeurs de remaniement ministériel circulent à Ottawa, le nouvel élu aspire-t-il à se tailler une place au conseil des ministres?
«Clairement, si le premier ministre me voit un rôle additionnel dans l'équipe, je vais répondre présent», a-t-il lancé.
Il a noté avoir des connaissances utiles et représenter une région qui se retrouve «au cœur de la guerre tarifaire», mais aussi «des solutions», mentionnant au passage la stratégie fédérale de défense industrielle.
Le Saguenay—Lac-Saint-Jean abrite la base des forces canadiennes de Bagotville, qui souhaite tirer son épingle du jeu des investissements en défense. La région regorge aussi de travailleurs durement touchés par les droits de douane américains, tels que ceux de l'aluminium et de la foresterie.
Bien qu'il évoque tous ces éléments, M. Gobeil se montre heureux du nouveau rôle qui l'attend en tant que simple député. Il a déjà assisté à une retraite du caucus régional du Québec des libéraux fédéraux qui a eu lieu cette semaine à Laval.
Il définit le bagage qu'il apporte au sein de l'équipe comme étant «très régional», ce qui dépasse son parcours de producteur laitier.
«J'ai beaucoup de gens, de mes amis, qui travaillent dans l'industrie forestière, qui ont des enjeux, les gens de l'aluminium.»
Quant à sa ferme laitière située à La Baie, appelée la ferme du Fjord, il a déjà commencé à déléguer des responsabilités à des membres de sa famille qui prendront la relève. Il se réjouit de pouvoir compter sur son fils, son neveu et sa fille pour continuer le travail sur le terrain, qui sert aussi à cultiver du blé et du maïs, entre autres.
Tous trois étaient présents, lundi soir, au cours du rassemblement libéral de soirée électorale qui s'est transformé en véritable célébration.
«C'est très motivant d'avoir une belle jeunesse comme ça qui prend la relève, puis qui m'a permis aussi de m'impliquer au courant des années, de m'impliquer dans d'autres organisations, puis, tout dernièrement, de me lancer au niveau de la politique fédérale», s'enthousiasme-t-il.
Plusieurs bénévoles de la campagne de M. Gobeil étaient issus du milieu agricole, contribuant notamment à poser des affiches électorales.
Ce qui inspire une analogie à l'élu: «À la ferme, les journées sont longues, hein. Les journées sont longues comme dans une campagne. Ça fait partie de mon quotidien. Puis les gens l'ont reconnu qu'on travaille fort, puis ça fait partie des valeurs, aussi, qui nous habitent.»
Émilie Bergeron, La Presse Canadienne