D'anciens combattants canadiens sont indignés par les propos de Trump sur l'OTAN

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Par La Presse Canadienne, 2026
Un ancien combattant canadien a déclaré que les récentes remarques du président américain Donald Trump sur la contribution des soldats de l'OTAN en Afghanistan témoignaient d'un «profond manque de respect» envers ceux qui sont morts au combat.
Dans une entrevue accordée jeudi à Fox News, Donald Trump a qualifié de mineur le rôle des partenaires de l'OTAN en Afghanistan, affirmant que «nous n'avons jamais eu besoin d'eux, nous ne leur avons jamais vraiment demandé quoi que ce soit», ajoutant qu'«ils sont restés un peu en retrait, un peu à l'écart des lignes de front».
Matthew Luloff était furieux après avoir entendu ces commentaires. L'ancien soldat était stationné dans un avant-poste de combat qui se trouvait «en première ligne de la guerre contre les talibans» dans la province de Kandahar, l'une des régions les plus dangereuses du conflit afghan.
«On m'a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique et une perte auditive en 2009, et c'est à ce moment que j'ai quitté l'armée. Mais je ne regrette pas d'avoir servi, et je ne regrette pas d'avoir défendu ce qui était juste en 2008», a-t-il déclaré.
«Entendre le président Trump décrire le rôle que nous avons joué comme étant "un peu" en retrait de la ligne de front est incroyablement décourageant et témoigne d'un grand manque de respect envers mes amis qui ont été blessés et ceux qui ont été tués», a ajouté M. Luloff, qui a passé huit mois en Afghanistan en 2008.
Le Canada et d'autres alliés de l'OTAN se sont joints aux États-Unis en Afghanistan après que le pays ait invoqué l'article 5 de l'alliance à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001. L'article 5 stipule qu'une attaque contre un pays membre est une attaque contre tous.
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a déclaré que les Canadiens n'oublieront jamais les sacrifices consentis par leurs troupes pour les Américains et l'OTAN en Afghanistan.
«Nous nous sommes joints aux Américains et aux autres alliés de l'OTAN dès le premier jour même des opérations en Afghanistan», a rappelé M. McGuinty aux médias samedi, en lisant une déclaration sur la colline du Parlement.
M. Luloff, qui est aujourd'hui conseiller municipal à Ottawa, a déclaré que lui et d'autres soldats canadiens «ont combattu face à face avec les talibans presque tous les jours» pendant huit mois en Afghanistan.
«Nous nous réveillions le matin et étions attaqués. Ils nous tiraient des roquettes et des mortiers. Ces bombes explosaient à l'intérieur de notre base. Nous étions en première ligne et nous combattions souvent aux côtés de nos partenaires de l'OTAN», a-t-il rapporté.
De 2001 à 2014, plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont servi en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN, ce qui en fait le plus important déploiement militaire canadien depuis la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la guerre en Afghanistan, 158 soldats canadiens ont été tués alors qu'ils soutenaient les États-Unis, et des milliers d'autres ont été blessés.
Des soldats américains s'excusent
Keenan Geiger a quant à lui été déployé en Afghanistan d’octobre 2009 à mai 2010. Il a déclaré qu'il était «assez insensible» aux propos de M. Trump. Il a ajouté que le président américain dirait «tout ce qu'il pense être le plus utile à ce moment-là», qu'il s'agisse d'un «mensonge scandaleux» ou de la vérité.
«Je n'ai donc plus de réaction émotionnelle à cela. Mais le caractère scandaleux, l'absurdité, cela ne m'échappe pas», a souligné M. Geiger.
Il a ajouté que plusieurs de ses amis vétérans américains lui avaient envoyé des messages d'excuses après les déclarations publiques de M. Trump.
Samedi, le président républicain a publié un message sur les sacrifices consentis par les soldats britanniques, mais n'a pas mentionné les autres alliés de l'OTAN qui ont soutenu les États-Unis en Afghanistan.
M. Geiger avait 22 ans lorsqu'il est parti en Afghanistan. Il a affirmé qu'il s'était produit de nombreux «événements tragiques et chargés d'émotion» durant son déploiement.
Même 18 ans plus tard, les souvenirs tragiques de la guerre hantent encore M. Luloff.
«Grâce à un traitement approprié et à beaucoup de travail, les cauchemars sont désormais très rares, mais j'ai été très tourmenté pendant environ une décennie», a-t-il révélé.
Mais M. Luloff a précisé que des milliers d’autres soldats canadiens avaient vécu une expérience similaire à la sienne.
«Mon histoire n'est pas plus spéciale que celle des autres. Je ne suis qu'une infime partie de cette histoire. Nous sommes tellement nombreux.»
Nono Shen, La Presse Canadienne