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Crainte d'une saturation des services d'urgence dans les villes hôtes de la FIFA

durée 07h21
19 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Des médecins des villes hôtes canadiennes de la Coupe du monde de la FIFA s'inquiètent de la capacité du système de santé, déjà sous tension, à faire face à une augmentation soudaine et inattendue du nombre de patients aux urgences pendant les matchs.

La Dre Catherine Varner, urgentiste à Toronto, a publié lundi une tribune dans le Journal de l'Association médicale canadienne, dans laquelle elle exprime ses inquiétudes quant aux vulnérabilités du système de santé.

Selon elle, ces vulnérabilités doivent être prises en compte avant l'arrivée de plus de 300 000 partisans à Toronto et Vancouver en juin.

Ces deux villes ont déjà accueilli des rassemblements de masse. Les autorités sanitaires locales et provinciales anticipent activement les risques sanitaires. Santé publique Ontario signale notamment la rougeole, les intoxications alimentaires et la COVID-19 comme des risques potentiels.

Toronto et Vancouver ont également mis en place des systèmes de surveillance des eaux usées afin de détecter les éclosions de maladies infectieuses pendant et après la Coupe du monde.

La Dre Varner confie toutefois que c'est l'appréhension des imprévus qui la glace lorsqu'elle prend son service de nuit, alors que la ville est en ébullition et que l'hôpital fonctionne au maximum de sa capacité, voire plus.

Pendant les matchs 1 et 7 des Séries mondiales de la MLB, la Dre Varner a constaté une forte augmentation des consultations aux urgences pour traumatismes, alcoolisme et toxicomanie. Mais ce n'est pas le fait de recoudre la tête d'une personne à la suite d'une bagarre dans un bar qui l'a le plus marquée.

«C'est prévisible et bien documenté. Le problème, c'était de penser au besoin urgent de nombreux lits d'hôpitaux. Cette nuit-là, dans mon hôpital, il ne restait qu'un seul lit de soins intensifs disponible», explique-t-elle.

Elle s'est demandé ce qui se serait passé en cas de crise à ce moment-là. «Je ne sais pas où nous aurions pu transférer tous les patients des urgences», souligne-t-elle.

La Dre Varner évoque l'incendie survenu dans un bar en Suisse la veille du Nouvel An, un événement imprévu qui a submergé l'hôpital le plus proche, plusieurs dizaines de grands brûlés nécessitant des soins d'urgence.

«Je ne vois pas d'hôpital, actuellement, au centre-ville de Toronto, capable de prendre en charge 80 patients d'un coup», mentionne-t-elle.

Le Dr Raghu Venugopal, urgentiste à Toronto, explique qu'il est facile d'imaginer l'effet domino qu'un événement tragique, même hypothétique, comme l'effondrement des gradins d'un stade, aurait sur les hôpitaux locaux.

«Fractures multiples. Lésions aux organes internes. Hôpitaux débordés. Il faut activer les blocs opératoires et il faut des lits. Nous n'avons pas de lits», déplore-t-il.

Même un vendredi après-midi «tranquille», ils n'ont pas assez de lits pour un patient de 84 ans atteint du VRS, laissé sur un brancard dans un couloir, ajoute-t-il.

«Alors, comment pourrions-nous avoir les capacités nécessaires lors d'un événement mondial?» s'inquiète le médecin.

La rougeole dans la ligne de mire

En tant que directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver, le Dr Brian Conway juge que la rougeole est sa principale préoccupation. Une épidémie de rougeole a infecté plus de 80 personnes après les Jeux olympiques de Vancouver en 2010.

Depuis, les taux de vaccination contre la rougeole ont diminué au Canada et la maladie contagieuse a refait surface, avec des épidémies persistantes, indique-t-il.

«Ce qui m'inquiète, c'est qu'une personne ayant dépensé des milliers de dollars pour des billets, une chambre d'hôtel, etc., se voie dire par un responsable de la santé publique ici en Colombie-Britannique qu'elle doit s'isoler dans sa chambre d'hôtel pendant une semaine ou dix jours, et qu'elle pourrait (…) chercher une excuse pour ne pas le faire», avance le Dr Conway, faisant référence à la difficulté de demander à un partisan étranger de s'isoler s'il a été exposé à la rougeole.

Santé publique Ontario a publié la semaine dernière un document d'évaluation des risques à l'intention du gouvernement ontarien, des organismes de santé publique et des fournisseurs de soins de santé, responsables de la qualité des soins de santé pendant les Jeux.

La rougeole, les intoxications alimentaires et la COVID-19 ont été classées comme des risques sanitaires modérés pendant les matchs.

Il est recommandé de surveiller les tendances épidémiologiques avant la FIFA, d'anticiper les besoins en cas d'afflux massif de patients pour les interventions liées aux épidémies et les enquêtes de santé publique, et d'étudier la faisabilité d'une surveillance renforcée pendant le tournoi.

Le rapport reconnaît également l'incertitude générale qui plane toujours sur l'évolution des tendances épidémiologiques mondiales et locales dans les mois à venir et recommande aux autorités sanitaires de réévaluer les risques à l'approche du mois de juin.

Pendant la pandémie, le personnel et les administrateurs hospitaliers ont communiqué entre eux afin d'optimiser l'utilisation des ressources en soins intensifs, alors que chaque lit était nécessaire.

Nombre de ces protocoles ont été maintenus, et la Dre Varner souligne que les hôpitaux devraient collaborer en prévision des pics d'activité anticipés.

«Planifions pour éviter de devoir improviser en pleine nuit, à la recherche de la meilleure solution pour soigner un patient alors que les ressources sont insuffisantes», plaide-t-elle.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Hannah Alberga, La Presse Canadienne

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