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Collecte sélective: une première année réussie malgré une «crise» du recyclage

durée 15h10
19 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Éco Entreprises Québec qualifie de succès la première année d’opération du nouveau système de collecte sélective, mis en place par le gouvernement Legault. Toutefois, l'année a été «très difficile pour l’industrie du recyclage», en raison notamment du soutien financier public à l'industrie pétrolière.

La réforme de la collecte sélective est entrée en vigueur le 1er janvier 2025 et elle élargit la collecte des matières recyclables à tout ce qui est un «contenant», un «emballage» ou un «imprimé» sur l’ensemble du territoire du Québec.

L’un des objectifs de la réforme est de favoriser l’écoconception des contenants et des emballages.

Éco Entreprises Québec, l’organisme qui a été désigné pour gérer le nouveau système de collecte, doit par exemple faire en sorte que les manufacturiers privilégient le plastique recyclé plutôt que le plastique vierge pour concevoir leurs emballages.

Mais plusieurs manufacturiers préfèrent acheter du plastique vierge, tout simplement parce que le prix est plus bas.

«L’année 2025 a été marquée par une conjoncture mondiale particulièrement difficile pour les matières recyclables. Les prix des plastiques et des fibres ont notamment enregistré une baisse exceptionnelle au cours de l’année», peut-on lire dans le Bilan 2025 d’Éco Entreprises Québec, publié jeudi.

Ce contexte de «surabondance de plastique vierge» est notamment provoqué par «des politiques nord-américaines qui encouragent davantage le recours à de la matière vierge», a indiqué Maryse Vermette, présidente-directrice générale d’Éco Entreprises Québec.

Le soutien financier du gouvernement canadien, du gouvernement américain et de certaines provinces, comme l’Alberta, à l’industrie du pétrole et du gaz contribue à «maintenir la résine vierge à des prix très bas en comparaison de la résine recyclée», a souligné un porte-parole d’Éco Entreprises Québec, dans un échange avec La Presse Canadienne.

«C’est incohérent», a réagi Julie-Christine Denoncourt, analyste en réduction à la source chez Équiterre.

«Ça montre bien l'absurdité de maintenir ces soutiens économiques à cette industrie là, car non seulement cette industrie pollue, mais en plus, elle nuit aux débouchés de l'économie circulaire, qui sont souvent très longs et plus coûteux à développer.»

Les droits de douane imposés par l’administration Trump sur l’exportation de certaines matières recyclables, «qui ajoutent des coûts supplémentaires dans la chaîne de recyclage déjà très complexe, et donc qui augmentent les coûts de la résine recyclée déjà peu compétitive», favorisent également le choix du plastique vierge au détriment du produit recyclé, selon Éco Entreprises Québec.

Mais cette situation n’est pas unique au Québec. «Les marchés des matières issues de la collecte sélective sont en crise à l’échelle mondiale», souligne l'organisme dans son bilan.

Une première année positive

Malgré «une année très difficile pour l’industrie du recyclage», Maryse Vermette soutient que l'an un de la modernisation de la collecte sélective peut-être qualifiée de «mission accomplie».

Cette réforme s’appuie sur le principe de la responsabilité élargie des producteurs (REP), principe selon lequel les entreprises qui mettent sur le marché des produits et des emballages au Québec sont responsables de leur gestion en fin de vie.

Les entreprises sont facturées selon le volume d'emballages qu’elles mettent sur le marché et les fonds sont réinvestis dans leur collecte et dans leur recyclage.

Cette modernisation représentait «un changement structurel majeur» et il n’y a eu «aucun bris de service» dans la collecte sélective en 2025, s’est félicitée Marye Vermette.

Un taux de récupération de 87 %

Le taux de récupération résidentiel a atteint 87 %, selon le bilan d’Éco Entreprises Québec, qui souligne que 99 % de la population du territoire québécois a été desservie par le nouveau système.

La collecte sélective a aussi permis de récupérer près de 791 000 tonnes de matières en 2025.

À titre comparatif, en 2023, le bilan de Recyc-Québec indiquait que 811 000 tonnes avaient été récupérées dans les municipalités de la province.

La différence peut être expliquée par le fait que les déclarations passées, avant la réforme, étaient volontaires, alors que «tout est maintenant pesé pour chaque levée entrante et suivi en temps réel», selon Éco Entreprises Québec.

L'organisme croit également que la diminution pourrait être expliquée par «une baisse générale de la consommation».

En 2025, 63 % des matières acheminées pour recyclage ont trouvé preneur au Québec, soit une hausse de 5 % par rapport à 2023, toujours selon le bilan.

Taux de rejet à la hausse

Pour Équiterre, «c'est somme toute un bon premier bilan», a indiqué Julie-Christine Denoncourt.

«On voit que le taux d'acheminement au recyclage est élevé, que la population comprend, en majorité, le nouveau système et qu’elle y fait confiance. Il y a plusieurs résultats encourageants, même si, évidemment, il y a du travail qui reste à faire.»

L’analyste en réduction à la source a souligné que «malheureusement, le taux de rejet suit une tendance à la hausse».

Le taux de rejet fait référence à la quantité de matière qui n’est pas acceptée par les centres de tri, parce qu'elle est contaminée, par exemple.

Le taux de rejet était de 19 % en 2025, par rapport à 17 % en 2023 et 13 % en 2021.

Une reddition de comptes en juin 2026

Le gouvernement a imposé un certain nombre de cibles à Éco Entreprises Québec, qui représente les entreprises mettant en marché les contenants, emballages et imprimés au Québec.

Par exemple, 85 % du carton, 50 % du plastique souple, 70 % du verre et 55 % de l’aluminium doivent être récupérés dès 2027.

Le bilan de 2025 ne fait pas mention de ces cibles.

Dans un échange avec La Presse Canadienne, un porte-parole d’Éco Entreprises Québec a indiqué que l’organisme doit remettre à cet effet «une reddition de comptes au gouvernement en juin 2026» et qu’une version publique de cette reddition sera publiée avant la fin de l’année.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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