Ce qu’il faut savoir sur la situation économique actuelle du Canada

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le mot «récession» est sur toutes les lèvres cette semaine. Les données économiques récentes brossent un tableau mitigé de l'économie canadienne, et certaines interprétations laissent entrevoir une récession.
Voici ce qu’il faut savoir sur la situation économique actuelle du Canada.
Le 29 mai, Statistique Canada a publié les chiffres du produit intérieur brut (PIB) réel pour les trois premiers mois de l'année.
La variation d'un trimestre à l'autre était si faible que Statistique Canada l'a considérée comme statistiquement stable, c'est-à-dire sans changement du PIB réel.
Mais lorsque les économistes évaluent la santé de l'économie au cours d'un trimestre donné, ils annualisent souvent les chiffres trimestriels, ce qui peut amplifier les petites variations positives ou négatives des chiffres.
La variation annualisée du PIB réel a été une baisse de 0,1 %, après une chute de 1 % au quatrième trimestre de l'année dernière.
Ces données ont déclenché les discussions sur la récession.
Deux trimestres consécutifs de baisse du PIB constituent un critère utilisé par certains analystes pour définir une récession «technique», mais un certain nombre d'économistes considèrent que ce terme est peu utile.
Lundi, devant une commission parlementaire, Carolyn Rogers, sous-gouverneure principale de la Banque du Canada, a mis en garde les députés contre le fait d’accorder trop d’importance à cette définition.
«Le simple fait de devoir ajouter le terme technique devant ce mot vous indique en quelque sorte qu’il faut vraiment regarder au-delà de cet indicateur», a-t-elle déclaré.
La définition plus largement acceptée de la récession, mais plus vague, fait référence à un ralentissement économique où l'économie ne se contracte pas seulement d'un point de vue technique, mais où cette faiblesse est généralisée à l'ensemble de l'économie.
Les récessions se caractérisent par des pertes d’emplois, une réduction des dépenses des ménages et des conditions difficiles pour les entreprises dans l’ensemble de l’économie.
«Deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB, ou de contraction du PIB, sont nécessaires, mais ce n’est pas suffisant pour parler de récession au Canada ou ailleurs», a affirmé Randall Bartlett, économiste en chef adjoint chez Desjardins.
Les conservateurs fédéraux se sont emparés des derniers résultats du PIB, reprochant au premier ministre Mark Carney et aux libéraux d’être responsables d’une «récession à part entière».
Outre la stagnation du PIB, le chef Pierre Poilievre et d’autres députés conservateurs ont souligné l’augmentation du recours aux banques alimentaires et la hausse du nombre de faillites personnelles et de pertes d’emploi au cours des quatre premiers mois de l’année pour affirmer que les politiques de M. Carney ont nui à l’économie canadienne.
Les libéraux, quant à eux, ont largement évité d’utiliser le mot «récession» en défendant leur gestion économique.
M. Carney a reconnu cette semaine que les derniers chiffres du PIB montraient une certaine «faiblesse», tout en notant que des tendances positives, telles que la hausse des investissements des entreprises dans les machines et les équipements, étaient encourageantes.
Le premier ministre a fait valoir que les réductions en matière d’immigration et de dépenses publiques pèsent sur la croissance. Il a également indiqué que les efforts visant à réduire la dépendance de l’économie vis-à-vis des États-Unis mettront du temps à porter leurs fruits, et que les données économiques seront «inégales» pendant cette période de transition.
M. Poilievre a accusé M. Carney de se soustraire à ses responsabilités quant à l’état de l’économie.
Une récession n’est pas déclarée par le gouvernement fédéral, la Banque du Canada ou tout autre organisme officiellement désigné.
Dans les milieux économiques canadiens, l’arbitre traditionnel en matière de récession est le Conseil du cycle économique de l’Institut C.-D. Howe, qui remplit un rôle similaire à celui du Bureau national de recherche économique aux États-Unis.
Vendredi, le Conseil a estimé qu’il était encore trop tôt pour utiliser le terme «récession» pour décrire l’état de l’économie canadienne.
Pour qu'un ralentissement économique soit considéré comme une récession, il doit être marqué, généralisé et persistant, a rappelé ce groupe de réflexion. Le Conseil du cycle économique juge que le ralentissement actuel ne répond pas à ces critères.
Le rapport du 29 mai de Statistique Canada sur le PIB prévoit également un rebond de l'économie en avril, ouvrant la voie à un retour à la croissance au deuxième trimestre. Une semaine plus tard, l'agence a annoncé une hausse-surprise de 88 000 emplois pour le mois de mai, ce qui, selon de nombreux économistes, devrait mettre un frein aux discussions sur la récession.
Des agrégats généraux
Le PIB désigne la valeur de tous les biens et services produits dans un pays au cours d'une période donnée. Il est largement utilisé comme indicateur de la santé de l'économie.
Statistique Canada a indiqué que la hausse des importations d'or et la baisse des investissements des entreprises ont été compensées par une augmentation des dépenses des ménages et la constitution de stocks par les entreprises, laissant le PIB du premier trimestre inchangé par rapport aux trois mois précédents.
M. Bartlett a soutenu que les données récentes s'écartaient des tendances historiques, l'économie s'adaptant aux droits de douane américains et aux changements géopolitiques.
Il a ajouté que le PIB n'est pas un indicateur parfait de l'économie et qu'il peine à refléter le secteur des services. Il peut être volatil, et Statistique Canada révise régulièrement ses rapports initiaux avant d'aboutir aux chiffres définitifs plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard.
Pour M. Bartlett, c’est une raison supplémentaire de faire preuve de prudence face aux derniers chiffres.
«Nous devons attendre de voir à quoi ressembleront ces révisions ultérieures avant de pouvoir affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une récession», a-t-il déclaré.
Même si le PIB n'est peut-être pas une mesure parfaite, Moshe Lander, professeur d'économie à l'Université Concordia, estime qu'il vaut tout de même la peine d'être suivi. Il le compare à sa mère, qui mesurait sa taille en faisant une entaille sur le cadre de la porte à mesure qu'il grandissait: c'est la tendance qui compte.
«Même s’il est constamment révisé et même s’il est truffé d’imperfections, on constate souvent que bon nombre des éléments qui comptent pour nous sont étroitement liés à cet indicateur imparfait», a souligné M. Lander.
Une hausse du PIB signifie généralement que les entreprises produisent plus efficacement, ce qui leur permet d’augmenter les salaires.
Une meilleure santé économique prouve également que les recettes fiscales des gouvernements fédéral et provinciaux augmentent, ce qui, en théorie, aide Ottawa et les provinces à financer de meilleurs services pour la population.
Le PIB réel par habitant — qui mesure la production par personne — est parfois utilisé comme indicateur pour évaluer si la qualité de vie s'améliore dans un pays.
La croissance du PIB réel par habitant du Canada est à la traîne par rapport à celle des États-Unis depuis des années, même si cet indicateur a été positif au premier trimestre de 2026, reflétant en partie une population en déclin.
Mais des indicateurs tels que le PIB, l’inflation et le taux de chômage sont des agrégats généraux de la santé d’une économie et ne reflètent pas nécessairement l’expérience individuelle.
M. Lander dit que cela rend le recours à un indicateur unique encore plus risqué pour les décideurs politiques et les gens qui tentent de comprendre l'économie.
«Nous vivons de plus en plus dans notre monde microéconomique, et le PIB est fondamentalement une variable macroéconomique. Comme la société devient un peu plus inégale, trouver un seul chiffre pour tenter de décrire cette macroéconomie devient de plus en plus frustrant », a-t-il déclaré.
Craig Lord, La Presse Canadienne