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Carney arrive en Irlande pour discuter de commerce et d'investissements

durée 07h13
13 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

DUBLIN — Le premier ministre Mark Carney est en Irlande, où il va discuter de commerce et d'investissements avec ses homologues européens et visiter la terre d'origine de ses ancêtres.

M. Carney est arrivé à Dublin samedi matin, où il rencontrera son homologue Micheal Martin, et assistera à une cérémonie de bienvenue au château de Dublin.

Les dirigeants tiendront une conférence de presse conjointe dans la journée, et M. Carney prévoit également participer à une discussion sur les liens transatlantiques entre le Canada et l'Europe.

Dans la soirée, M. Carney assistera à un dîner officiel organisé par M. Martin et y prononcera un discours.

Le chef du gouvernement irlandais devait diriger une mission commerciale au Canada en avril, mais le gouvernement a annulé ce voyage en raison d'importantes manifestations en Irlande contre le prix du carburant.

En septembre dernier, Micheal Martin a publié un rapport commandé par son gouvernement au Conference Board du Canada, qui visait à positionner l’Irlande comme «la porte d’entrée du Canada vers l’Union européenne».

Le rapport indiquait que le Canada pourrait accroître ses exportations vers l’Irlande dans les domaines des services financiers et du transport aérien, ainsi que de la gestion et du conseil. L’Irlande, selon le rapport, pourrait vendre davantage de services informatiques ainsi que des services d’assurance et de retraite.

«Si le Canada offre un marché vaste et attractif aux exportateurs et investisseurs irlandais, des réglementations complexes, telles que les barrières commerciales interprovinciales, sont perçues comme un obstacle à l’implantation et à l’exploitation des entreprises», mettait en garde le rapport.

L'Irlande, qui est devenue un pôle majeur pour les investissements étrangers et les entreprises technologiques internationales, s'apprête à assumer la présidence du Conseil de l'Union européenne en juillet et envisage de mettre en place de nouvelles politiques numériques.

L'Irlande a présenté sa stratégie en matière d'intelligence artificielle (IA) l'hiver dernier, tandis que le Canada a publié son propre plan sur l'IA au début du mois.

Deirdre Giblin, directrice de l’Ireland Canada Business Association, a souligné que les deux pays entretenaient «une relation naissante» qui a vu la valeur des exportations irlandaises vers le Canada presque quadrupler depuis 2018, après l’entrée en vigueur de l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne.

L'accord n'est en vigueur qu'à titre provisoire depuis 2017, car l'Irlande fait partie des dix pays qui ne l'ont pas encore ratifié pleinement, en raison de préoccupations concernant les tribunaux commerciaux et la souveraineté nationale.

M. Martin a rencontré M. Carney à Ottawa en septembre. À l’époque, il avait déclaré que l’Irlande ratifierait l’AECG. Dans une déclaration commune, les dirigeants ont indiqué qu’ils s’étaient mis d’accord sur l’importance d’une ratification complète de l’accord par l’Irlande d’ici 2026.

Mme Giblin a affirmé que l'Irlande devrait ratifier pleinement l’AECG deux à trois semaines après la visite de M. Carney, alors que la réforme en cours de la loi sur l'arbitrage menée par le gouvernement touche à sa fin.

Fen Osler Hampson, professeur chancelier et professeur d'affaires internationales à l'Université Carleton, à Ottawa, a expliqué que la visite en Irlande était stratégique pour le Canada, car il est utile d’avoir l’Irlande de son côté alors qu’il assume la présidence du Conseil de l’Union européenne.

Il a noté que ces liens pourraient aider le Canada dans ses efforts pour approfondir ses relations avec l'Europe dans les domaines de la défense, de la sécurité, de l'énergie, de l'IA et des minéraux critiques.

L'AECG n'ayant pas encore été ratifié, M. Hampson a également souligné que le premier ministre Carney pourrait demander à l'Irlande d'encourager d'autres pays à se joindre à l'accord.

L'Europe joue un rôle prépondérant dans la vision de Mark Carney pour la reconstruction de l'ordre mondial et pour affranchir le Canada de sa dépendance de plusieurs décennies vis-à-vis des États-Unis en matière de partenariats commerciaux et de sécurité.

Mme Giblin a déclaré que le discours de M. Carney sur la diversification tout en s'adaptant aux bouleversements de l'administration américaine fait écho en Irlande, qui a dû faire face à des chocs économiques continus au Royaume-Uni depuis le Brexit.

«Un réalisme fondé sur des valeurs: c’est là où se trouvent les deux pays à l’heure actuelle», a-t-elle affirmé. «Il nous est très difficile d’entretenir une relation stable avec notre partenaire britannique, ce que nous espérons et souhaitons vraiment, et que nous avons la plupart du temps».

Pour sa part, le professeur Hampson a souligné que l’Irlande chercherait probablement à éviter toute critique à l’égard des États-Unis pendant cette visite.

Il a expliqué que cela s’expliquait par la forte dépendance du pays vis-à-vis des investissements directs étrangers en provenance des États-Unis, en particulier dans les secteurs pharmaceutique et technologique, où les entreprises ont profité de sa législation fiscale favorable pour s’implanter.

L'association irlandaise de gens d'affaires au Canada représentée par Mme Giblin a déjà averti que cela présentait un risque de dépendance vis-à-vis de ce secteur, plus de la moitié des recettes fiscales des entreprises irlandaises en 2023 provenant de dix entreprises américaines.

«Quand le trèfle irlandais est dans le collimateur, on ne s'expose pas à la critique, surtout quand on s’apprête à prendre la présidence (du conseil) de l’UE », a-t-elle déclaré.

Ces derniers mois, une controverse a éclaté en Irlande au sujet des exportations alimentant la guerre de la Russie contre l’Ukraine. La raffinerie d’alumine d’Aughinish a été ouverte par la société canadienne Alcan, mais a été cédée à des propriétaires russes en 2007.

L'usine fournit aux fonderies russes de l'alumine irlandaise — le composé chimique utilisé pour produire de l'aluminium — qui alimenterait, selon certaines informations, les chaînes d'approvisionnement militaires.

Les responsables canadiens qui avaient convoqué les journalistes en séance d'information sur le voyage de M. Carney se sont montrés prudents lorsqu’on leur a demandé si le premier ministre allait aborder la question lors de sa visite. Ils ont fait état de discussions récentes entre des responsables de l’UE et irlandais à ce sujet.

L'Irlande est techniquement un pays neutre, mais elle a exprimé son soutien à l'Ukraine et a accueilli de nombreux Ukrainiens. Ces dernières années, le pays a été plus vocal sur la question des droits des Palestiniens.

Mme Giblin a indiqué que l'usine était «un peu embarrassante» pour l'Irlande et que les responsables débattaient de la manière de gérer cette usine, qui emploie environ un millier de personnes et pourrait renforcer les chaînes d'approvisionnement.

Dimanche, le premier ministre canadien se rendra dans la maison ancestrale de sa famille dans le comté de Mayo, où il rencontrera la présidente de l'Irlande, Catherine Connolly.

Le grand-père de Mark Carney, Robert Carney, et sa grand-mère, Nora Moran, étaient tous deux originaires de la ville d'Aughagower, dans le comté de Mayo. Ils ont émigré au Canada au début des années 1920.

Le premier ministre Mark Carney et Diana Fox Carney arrivent à Dublin, en Irlande, le samedi 13 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

—Avec la collaboration de Dylan Robertson à Ottawa

Catherine Morrison, La Presse Canadienne

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