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BST: le manque de formation explique la collision avec une navette fluviale en 2024

durée 12h41
21 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — C’est un manque de formation du conducteur d’un bateau de plaisance qui a mené à la collision de son embarcation avec une navette fluviale qui effectuait la liaison entre Boucherville, sur la Rive-Sud de Montréal, et le Vieux-Port, le 27 juin 2024.

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a publié jeudi son rapport d’enquête sur cet accident, qui est qualifié d’abordage dans le langage du BST. Plusieurs des 38 passagers de la navette Faucon Millenium de la firme Navark avaient été blessés, dont huit, incluant un enfant, avaient dû être hospitalisés. Quant au bateau de plaisance, cinq des six passagers avaient été blessés. Dans les deux cas, on fait état de blessures allant de mineures à graves, mais le BST n’a pas voulu élaborer à ce sujet.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le président du Bureau, Yoan Marier, a raconté que «pendant leur transit, les deux bateaux se retrouvent à se diriger l'un vers l'autre, quand même à vitesse assez élevée – on parle d'environ 52 nœuds, donc 96 km à l'heure de vitesse totale à laquelle ils se dirigent l'un vers l'autre – et aucun des deux conducteurs n’a modifié sa vitesse ou son cap pendant le rapprochement».

«Dans le meilleur des cas, on aurait parlé quand même d'un croisement assez rapproché entre les deux bateaux, mais quelques secondes avant que les deux bateaux se croisent, l'embarcation de plaisance a viré légèrement à gauche puis s'est retrouvée directement en avant du Navark Faucon Millennium, ce qui a créé une collision entre les deux bateaux. Donc, l'hypothèse qu'on présente dans le rapport, c'est que ce virage à la dernière seconde est dû à un phénomène qu'on appelle l'instabilité dynamique qui se produit sur les bateaux lorsqu'ils opèrent à haute vitesse. Il ne faut qu’un petit dérangement comme une vague, les mouvements d'un autre bateau, le vent, pour provoquer des changements brusques de cap de façon un peu imprévue.»

«Déjaugeage» à haute vitesse

Le bateau de plaisance de type «cigarette boat» est une embarcation qui, lorsqu’elle fait de la vitesse, décolle de la surface, un phénomène appelé le déjaugeage, explique Yoan Marier. «Sa surface de contact avec l'eau est diminuée et à cette vitesse-là, à haute vitesse, ces bateaux ont tendance à devenir plus instables. Et donc, n'importe quel petit dérangement – ça peut être une vague, ça peut être un autre bateau qui passe proche – ça va provoquer des changements de cap qui peuvent être difficiles à anticiper.»

Selon l’enquête du BST, «même si le conducteur de l’embarcation de plaisance était titulaire d’une carte de conducteur d’embarcation de plaisance (CCEP) valide et comptait plus de 20 ans d’expérience dans la navigation de plaisance, sa formation et son expérience ne l’avaient pas suffisamment préparé à évaluer le risque d’abordage dans un environnement aussi complexe».

C’est donc pourquoi le Bureau recommande à Transports Canada de réviser le Programme de compétence des conducteurs d’embarcations de plaisance «afin de s’assurer que les conducteurs d’embarcations de plaisance acquièrent et maintiennent un niveau de connaissances suffisant pour répondre aux particularités des conditions dans lesquelles ils naviguent».

Carte insuffisante en environnement complexe

Comme l’indique le président du BST, ce n’est pas la première fois qu’une enquête sur ce genre d’incident montre des lacunes sur l’octroi de la CCEP. «Ce qui est vraiment ressorti de cette enquête et aussi de d'autres enquêtes qu'on a faites par le passé, c'est que la carte de conducteur d'embarcation de plaisance, la fameuse carte de bateau que tout le monde a dans son portefeuille, ça ne fournit pas aux conducteurs d'embarcations de plaisance les compétences et les connaissances dont ils ont besoin pour opérer dans des environnements complexes. Ça peut être suffisant pour la personne qui a son petit bateau en avant de son chalet au lac, mais quand on parle d'opérer autour du port de Montréal, près des écluses, on parle d’un environnement très complexe à 360 degrés et la formation théorique de trois heures qui permet d’obtenir cette carte n'est pas suffisante pour ce genre d'environnements-là.»

Le BST souligne dans son rapport qu’aucune formation pratique n’est requise pour l’obtention de la CCEP et que les manuels disponibles en lien avec la CCEP contiennent «peu d’orientation sur la manœuvrabilité des bateaux, le comportement des embarcations à grande vitesse et les manœuvres efficaces permettant de se conformer au Règlement sur les abordages lors de la navigation à proximité d’autres bateaux, y compris de grands navires commerciaux. De plus, la CCEP n’expire pas, ne nécessite aucune formation de recyclage et n’établit aucune distinction entre les environnements de navigation de faible complexité et ceux de grande complexité.»

Des licences graduées?

Une des hypothèses avancées par le BST serait d’émettre des licences différentes selon les conditions dans lesquelles les plaisanciers vont évoluer, a précisé Yoan Marier. «On pense qu'il y a peut-être plusieurs manières de régler cet enjeu de sécurité-là. Le système de licence graduée est un des exemples qui pourrait, selon nous, aider.»

Le BST rappelle que la navigation de plaisance comporte des risques inhérents en matière de sécurité. Entre 2012 et 2021, on a dénombré en moyenne 106 pertes de vie par année liées à la navigation de plaisance, dont 57 % mettaient en cause des bateaux à moteur.

En septembre 2024, la Sûreté du Québec avait indiqué qu’aucune accusation criminelle ne serait portée contre le pilote du bateau de plaisance, la collision étant considérée comme un accident.

La SQ s’était notamment penchée sur la possibilité qu’il s’agisse d’un délit de fuite, le bateau de plaisance ayant poursuivi sa route après l’impact, mais le rapport du BST précise que les occupants ont communiqué avec le 911 dans les minutes suivant la collision pour signaler l’incident.

L’armateur Navark n’avait pas encore retourné nos appels au moment d’écrire ces lignes.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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