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Arsenic et santé publique: des critiques sévères envers l’étude de Glencore

durée 17h31
10 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L’étude, financée par Glencore Canada, qui conclut que manger du riz ou des fruits de mer expose davantage les habitants de Rouyn-Noranda à l’arsenic que les émissions de la fonderie Horne, comporte des failles importantes, selon une professeure de l’INRS et une médecin qui s’intéresse depuis plusieurs années à la fonderie.

À la lumière de l’étude de biosurveillance publiée par Glencore mardi, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers dénonce «l’approche de la fonderie» qui tente de «rendre les gens individuellement responsables d'une exposition qui est environnementale, en les faisant se sentir coupables pour leur régime alimentaire».

Alors que le réel problème, selon cette médecin, «c'est une fonderie qui émet des concentrations hors normes d'une substance connue comme étant toxique et cancérigène et qui n'en prend pas la responsabilité».

Cette approche est «vraiment irrespectueuse envers les gens avec qui la fonderie partage le territoire», a ajouté celle qui est présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME).

La concentration moyenne d’arsenic dans l’air rejeté par la fonderie en 2025 s’établissait à 40,9 ng/m3 à la station légale Horne, dans le quartier Notre-Dame.

Une moyenne de 40,9 ng/m3 signifie donc que les émissions d'arsenic étaient 13,6 fois plus élevées que la norme provinciale.

Échantillon problématique

La présidente de l’AQME souligne que, contrairement aux études de biosurveillance précédentes menées par la Direction de santé publique, l’étude réalisée par la firme ontarienne Intrinsik pour Glencore Canada, propriétaire de la fonderie Horne, ne comportait pas de groupe de contrôle ou de groupe témoin.

L’échantillon, «un très petit échantillon de 245 personnes», qui excluait certains travailleurs avec des enjeux de santé, n’est pas représentatif de la population, selon la Dre Pétrin-Desrosiers.

Par exemple, les données de l’étude financée par Glencore Canada indiquent que «91,6 % des participants détiennent un diplôme de niveau collégial, universitaire ou postuniversitaire».

Pourtant, l'étude souligne aussi que la population de Rouyn-Noranda qui détient un diplôme collégial, universitaire ou postuniversitaire est de 39,6 %.

«C'est ce qu'on appelle des biais de volontaires en santé», une façon de faire «qui permet un peu d’éliminer de l’étude les gens qui ont plus des vulnérabilités multiples», a indiqué la Dre Pétrin-Desrosiers.

Les participants ont également été divisés en plusieurs petits groupes, ce qui «fait en sorte que ça devient difficile de trouver des tendances qui sont réellement significatives sur un plan clinique ou statistique», a indiqué la présidente de l'AQME, une faille que semblent reconnaître les auteurs de l’étude. «Les résultats obtenus auprès de petits groupes peuvent être fortement influencés par un petit nombre de participants», peut-on lire à la page 17 du rapport financé par Glencore Canada.

La professeure titulaire de santé environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Maryse Bouchard, qui est sur le point de publier un article scientifique sur la contamination à l’arsenic à Rouyn-Noranda, est d’avis, comme Claudel Pétrin-Desrosiers, que «les conclusions de l’étude» ont été «écrites à l’avance».

Si l’entreprise veut qu’on «prenne au sérieux sa démarche pour documenter l'exposition de la communauté, elle devrait partager toutes ses données brutes» pour que «les scientifiques indépendants puissent refaire les analyses statistiques», a-t-elle expliqué à La Presse Canadienne.

Noyer le poisson

Le rapport de 175 pages et ses annexes de quelques milliers de pages sont présentés de façon «excessivement confuse», a noté la professeure à l’INRS en ajoutant que «c’est comme si on essaie de noyer le poisson».

La firme payée par Glencore conclut que manger du riz ou des fruits de mer expose davantage les habitants de Rouyn-Noranda à l’arsenic que les émissions de la fonderie Horne.

Pourtant, souligne Maryse Bouchard, malgré toutes les failles de l’étude, plusieurs données recueillies pas la firme payée par Glencore suggèrent que les résidents de Rouyn-Noranda sont exposés à l’arsenic en raison des activités de la fonderie.

Par exemple, «le fait de passer du temps à l’extérieur de Rouyn-Noranda est associé à une diminution significative de l’arsenic urinaire inorganique. Selon le modèle présenté, le fait de s’être absenté de la ville est associé à une réduction d’environ 11 % de la concentration urinaire d’arsenic», a expliqué la spécialiste en épidémiologie environnementale, en citant certaines données de l’étude de biosurveillance.

L’étude indique également que «les personnes qui n’enlèvent pas leurs chaussures en entrant dans leur résidence présentent des concentrations urinaires d’arsenic environ 25 % plus élevées».

De même, «le fait de nettoyer les planchers moins fréquemment est associé à des concentrations environ 26 % plus élevées».

Ces résultats semblent en contradiction avec les recommandations alimentaires d’Intrinsik, qui recommande notamment de «laver délicatement le riz», et sont plutôt cohérents avec «l’hypothèse selon laquelle des poussières extérieures contaminées à l’arsenic entrent dans les habitations et contribuent à l’exposition des résidents», a expliqué la professeure à l’INRS.

Maryse Bouchard a aussi souligné que l’étude montre que «les concentrations d’arsenic dans les ongles sont significativement plus élevées chez les personnes vivant à moins d’un kilomètre de la fonderie».

La somme de ces données converge vers une même conclusion, selon la professeure à l’INRS: «la proximité de la fonderie et les contaminants présents dans l’environnement local semblent contribuer à l’exposition à l’arsenic observée chez les résidents de la communauté».

Arsenic urinaire: des données «pas comparables»

L’étude d’Intrinsik conclut aussi que «les niveaux d'arsenic urinaire des 245 participants éligibles se situent dans la moyenne canadienne ou en deçà».

L'entreprise payée par les propriétaires de la fonderie affirme que ces résultats démontrent que les participants à l’étude de Rouyn-Noranda ne sont pas plus exposés à l'arsenic que la population canadienne.

Les données canadiennes sur l'urine utilisées comme référence dans l’étude proviennent de l'Enquête canadienne sur les mesures de santé (ECMS).

«Je vous soumets que les données» collectées chez les participants de Rouyn-Noranda et celles de ECMS «ne sont pas comparables», a indiqué la professeure Bouchard, notamment parce que «les analyses n'ont pas été faites par le même laboratoire et ce sont des méthodes différentes qui ont été utilisées».

Mardi, la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue a indiqué que l’étude financée par Glencore ne constitue pas une «étude indépendante conforme aux standards scientifiques » et que «sa méthodologie comporte des limites importantes».

Dans un échange de courriels avec La Presse Canadienne, la firme Intrinsik s’est défendue en indiquant que son programme de biosurveillance a été réalisé «avec le soutien et l’expertise de plusieurs partenaires», dont «un prestataire local de soins de santé assurant un accompagnement sur le terrain et un encadrement médical, un médecin toxicologue contribuant à l’analyse et à l’interprétation des données et une firme spécialisée en environnement».

La firme a ajouté que la méthodologie employée a fait l’objet d’un examen indépendant par «des scientifiques de premier plan possédant une expertise en biosurveillance et en toxicologie de l'arsenic et des métaux, Risk Sciences International, un organisme indépendant établi à Ottawa».

Une séance d’information publique sur les résultats du programme de biosurveillance est organisée mercredi soir par la fonderie Horne à l’hôtel Le Noranda.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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