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Anand prône une nouvelle approche diplomatique axée en priorité sur le commerce

durée 16h24
20 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, affirme que le Canada adopte une nouvelle approche en matière de politique étrangère en redynamisant des relations qui s'étaient enlisées avec des pays de plusieurs continents, dans une optique de développement commercial.

«C'est une diplomatie que le Canada n'a pas pratiquée récemment», a affirmé Mme Anand, lundi, lors d'une entrevue accordée depuis Islamabad, où elle s'entretenait avec le ministre pakistanais des Affaires étrangères. Il s'agit de la première visite d'un ministre canadien des Affaires étrangères au Pakistan depuis 19 ans.

Mme Anand s’est récemment rendue au Brésil, en Roumanie et au Panama, et se rendra prochainement au Bénin et en Côte d’Ivoire. Elle pourrait également se rendre au Maroc et au Kazakhstan dans un avenir proche.

La ministre a indiqué que la nouvelle approche d’Ottawa en matière de politique étrangère met l’accent sur le commerce et la croissance économique, donne la priorité à la signature d’accords commerciaux chaque fois que cela est possible et vise à établir ou à relancer des relations diplomatiques en privilégiant les échanges en face-à-face.

«Cela reflète sans aucun doute une politique étrangère qui a évolué, a-t-elle dit à La Presse Canadienne. Une politique étrangère qui s’adapte à un ordre commercial mondial complètement redéfini, et qui s’inscrit dans notre objectif de doubler nos échanges commerciaux avec les pays autres que les États-Unis au cours des dix prochaines années.»

Mme Anand a expliqué que ce changement d’approche se reflète dans la manière dont son ministère prépare ses voyages à l’étranger. Elle a précisé qu’elle prenait contact avec les principaux groupes d’entreprises canadiens avant ses visites diplomatiques afin d’identifier les opportunités commerciales dans le pays hôte. Elle s’est ainsi entretenue avec le Conseil des viandes du Canada avant sa visite au Brésil la semaine dernière.

Avant d’embarquer, a-t-elle expliqué, elle charge le personnel d’Affaires mondiales Canada d’évaluer les perspectives dans le pays d’accueil en matière d’accords commerciaux, de traités de protection des investissements, de partenariats stratégiques et d’autres accords visant à stimuler les échanges.

«Mes notes d’information doivent être différentes de ce qu’elles ont toujours été», a-t-elle dit, ajoutant qu’elle souhaitait savoir «quels sont les principaux intérêts commerciaux canadiens dans ce pays et comment nous allons les promouvoir» avant même de commencer à serrer des mains.

Mme Anand a indiqué que, dans son discours prononcé le 1er juin à Ottawa devant les chefs des missions diplomatiques du Canada, elle avait défini «les consignes à suivre par le corps diplomatique».

Ces directives consistent essentiellement à nouer des liens avec les entreprises canadiennes et à identifier des opportunités de commerce, qu’il s’agisse de nouveaux échanges ou d’un élargissement des échanges existants.

Présenter le Canada comme une solution

Si le Canada entretient depuis longtemps des liens diplomatiques et commerciaux essentiels avec les États-Unis et l’Europe, il a eu tendance, par le passé, à consacrer moins de temps et d’efforts au maintien de relations au-delà de ces deux continents. Des responsables étrangers en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud ont déclaré que l’intérêt du Canada pour leurs régions avait tendance à connaître des hauts et des bas.

Mme Anand a expliqué que le changement d’approche diplomatique d’Ottawa consiste à présenter le Canada comme la solution dans un monde de plus en plus instable, où les pays se font concurrence pour s’assurer des sources fiables d’énergie et de minéraux essentiels.

«C’est une nouvelle façon de mener la diplomatie, a-t-elle expliqué. Tout le monde cherche à diversifier ses relations commerciales. La différence entre le Canada et tous les autres pays, semble-t-il, c’est que (…) nous avons commencé plus tôt.»

Le gouvernement du premier ministre Mark Carney a signé 20 accords économiques ou de sécurité sur les cinq continents, notamment un accord commercial avec l’Indonésie, fruit de plusieurs années de négociations, et le tout premier accord-cadre du Canada avec le Qatar dans le domaine de l’industrie de la défense.

Mme Anand a indiqué que le Canada disposait d’atouts naturels dans la course mondiale pour nouer de nouveaux liens commerciaux: des réserves abondantes de matières premières essentielles, telles que le pétrole et le gaz, la potasse et les denrées alimentaires.

«Nous avons ce que le monde veut», a-t-elle déclaré.

Les conservateurs ont accusé le gouvernement Carney de signer à l’étranger des accords qui n’offrent guère plus que des formulations vagues, ou qui soulèvent des préoccupations en matière de sécurité et de droits de l’homme qu’Ottawa n’explique pas aux Canadiens.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a fait valoir que les coupes dans la fonction publique ont un impact disproportionné sur les missions diplomatiques du Canada, empêchant ainsi Affaires mondiales Canada de concrétiser la vision de M. Carney.

La commission des affaires étrangères du Sénat a émis le même avertissement concernant les coupes dans le service diplomatique et a déclaré que le Canada passait à côté d’opportunités au-delà de l’Europe, en particulier dans les pays africains à forte croissance.

Mme Anand a déclaré que la décision prise par le Pakistan fin 2025 d’autoriser les importations de graines de colza canadiennes, après que la Chine les eut restreintes, montrait que l’offensive diplomatique du gouvernement produisait des résultats tangibles. Le Pakistan et le Canada ont également annoncé cette semaine un accord de désinfestation qui lèvera les restrictions sur davantage d’exportations de colza.

Le premier ministre Carney espère conclure un accord commercial en novembre prochain avec l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Mme Anand se rendra aux Philippines dans le courant de la semaine pour faire avancer ce dossier.

En janvier dernier, Mark Carney avait attiré l’attention du monde entier lors d’un discours prononcé au Forum économique mondial de Davos, dans lequel il exhortait les puissances moyennes à s’unir pour défendre leurs intérêts et éviter d’être soumises aux superpuissances. Beaucoup y ont vu une allusion à la fois aux droits de douane américains et à la coercition chinoise.

Mme Anand a indiqué qu’elle s’efforçait de donner vie à ce message de Davos en relançant des relations internationales qui étaient restées en sommeil.

«À certains égards, le premier ministre et moi-même appliquons la stratégie de “diviser pour mieux régner”. Lui, bien sûr, se rend dans certains pays et participe à des réunions multilatérales et à des sommets, a-t-elle dit. Je dois m’assurer que nous restons prêts et que nous entretenons des relations qui ont reçu moins d’attention qu’il n’aurait été souhaitable.

«Je profite pleinement de l’été pour multiplier les déplacements et les visites dans les pays qui nécessitent une attention particulière (…) afin de servir les intérêts du Canada en particulier», a ajouté la ministre.

Mme Anand a souligné qu’elle continuait à aborder les questions consulaires et les droits de l’homme lors de chaque visite et a indiqué que ses rencontres avec ses homologues lui donnaient l’occasion d’évoquer des intérêts communs, tels que le soutien à l’Ukraine.

Le droit international est souvent abordé lors de ces voyages, a-t-elle souligné, ajoutant que les diplomates de certains pays souhaitent en savoir plus sur les efforts déployés par le Canada pour parvenir à la réconciliation avec les peuples autochtones.

Souvent, a expliqué Mme Anand, elle organise des réunions dans un pays étranger peu avant que M. Carney ne s’y rende ou n’accueille son dirigeant au Canada.

«Je considère que mon rôle consiste à veiller à ce que les bases soient jetées pour les visites du premier ministre ou les visites de retour au Canada de dirigeants étrangers», a-t-elle déclaré.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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