Entrevue exclusive avec Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil
« C'est aux citoyens de Vaudreuil que je dois le plus »

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste
« Ce n’était pas le plan de match prévu à l’aube des élections provinciales de 2026, surtout que j’avais confirmé mon retour, mais la vie nous réserve parfois des surprises inattendues. » Voilà comment Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil, décrit les évènements qui résultent de son retrait de la vie politique au terme de ce troisième mandat.
Le mardi 4 août, à 11 h 15, l’élue qui cumule 19 ans d’implication en politique, d’abord au palier municipal puis provincial, a annoncé la nouvelle à ses collègues députés de l’Assemblée nationale. La veille, le 3 août, elle a avisé son équipe du bureau de comté, puis les élus de son comté. Évidemment, la surprise a été totale dans tous les milieux.
« Depuis les derniers mois, j’étais moins présente à Québec et sur le terrain, car j’accompagnais ma mère dans son combat contre la maladie, le cancer. Après une première série de traitements qui n’a pas fonctionné, elle devra en subir une nouvelle au cours des prochaines semaines. Elle m’a demandé d’être à nouveau à ses côtés pour ce moment difficile. J’ai donc décidé de me retirer de la vie publique pour pouvoir être pleinement engagée auprès d’elle. Je sais ce que la politique, et une campagne électorale, demandent comme investissement et il m’aurait été impossible de conjuguer les deux obligations », explique-t-elle d’entrée de jeu.
Au cours des derniers jours, Mme Nichols, avocate de profession, a aussi informé son chef, Charles Milliard, de sa décision. « Il m’a demandé si j’étais certaine et si je voulais réfléchir plus amplement, mais j’étais bien décidée. Il a été très surpris, car il sait que je suis très attachée à ma région et aux gens qui la composent. Je suis toujours celle qui défend les intérêts du comté dès que j’en ai l’occasion. Lors de notre rencontre, je lui ai demandé deux choses. La première a été de me laisser le temps d’informer mon monde, soit les élus, mon équipe, mes amis, mes proches, les gens d’affaires et les organismes du territoire. C’était la moindre des choses, car ils m’ont fait confiance à trois reprises. La seconde a été de prendre soin de mon équipe. Il s’est engagé à le faire .»
Qui lui succédera? « Je n’en ai aucune idée. J’ai proposé quelques noms à M. Milliard de gens qui pourraient bien représenter Vaudreuil, mais la suite des choses lui appartient. Je ne serai pas impliquée dans le processus.»
Des beaux témoignages d’élus
L’élue sortante s’est montrée très touchée par les témoignages des maires et mairesse de la région à la suite de sa décision. « Ils m’ont proposé de faire la campagne électorale à mes côtés. Ils ne voulaient pas que je parte et m’ont fait savoir qu’ils préféraient m’avoir à 50 % que de travailler avec un nouvel élu.»
En poste jusqu’au 5 octobre
Si elle ne sollicitera pas de nouveau mandat en octobre prochain, Mme Nichols demeurera en poste jusqu’à cette date pour servir les citoyens de son comté. « Je vais aussi demeurer disponible pour assurer une transition avec la personne qui me remplacera. C’est la moindre des choses. Il y a tellement d’enjeux et de dossiers à prioriser dans le comté .»
Cet automne, elle tournera la page sur près de deux décennies d’implication politique. « J’ai été sept ans mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, un poste que j’occupais à temps partiel tout en travaillant comme avocate. Puis en 2014, lorsque Yvon Marcoux a annoncé son départ de la vie politique, j’ai été sollicitée par l’exécutif local pour le remplacer. J’ai dû prendre ma décision en 24 heures et ma mère avait été d’une grande aide dans les circonstances. Depuis je n’ai jamais regardé en arrière et j’ai oeuvré quatre ans dans un gouvernement au pouvoir, quatre ans dans l’opposition et trois ans comme indépendante. Mon parcours a été bien rempli.»
Son troisième mandat, qu’elle a passé presque entièrement comme députée indépendante, lui a permis d’apprendre les rouages de la machine politique. « J’ai compris comment fonctionne un parti politique et l’Assemblée nationale et à quel point nous sommes privilégiés d’avoir autant de pouvoir. Même si ça n’a pas été facile d’avoir été exclue du caucus, ça a été bénéfique dans mon apprentissage.»
Sa plus grande fierté? « L'hôpital de Vaudreuil-Soulanges. J’ai travaillé sur le dossier en tant que mairesse et préfète, puis en tant que députée. À l'époque, on avait brassé pas mal le ministre de la Santé, Laurent Lessard, qui, quelques années plus tard, était devenu un de mes collègues à Québec. C’est une de mes plus belles réalisations. C’est aussi un des projets qui m’a fait réaliser à quel point Vaudreuil est une région tissée serrée. En 2018, la CAQ a voulu changer de terrain et mettre le projet de côté, mais les élus se sont levés et finalement, le projet a pu voir le jour.»
Pour une des rares fois dans son parcours professionnel, Mme Nichols n’a pas de plan après le 5 octobre prochain. « Je suis encore membre du Barreau du Québec, alors je pourrais reprendre le droit dans le domaine municipal ou familial. Ce que je préférais dans mon rôle de députée était l’étude des projets de loi. J’ai 51 ans, alors je ne suis pas encore prête pour la retraite. Une chose est sûre, je ne reviendrai pas en politique.»
Sa dernière pensée va aux citoyens de Vaudreuil, avec qui elle entretient des liens étroits depuis 12 ans. « Je demeure ici depuis 30 ans. Les gens connaissent mes enfants, ils les ont vus grandir. On se croise au supermarché. Quand j’ai été exclue du caucus, ils ont été derrière moi pour me supporter. Je me souviens d’un midi chez Première Moisson où une dame m’a donné une tape dans le dos et m’a dit de ne pas lâcher et que le Québec avait besoin de plus de femmes de cœur comme moi pour changer les choses. Elle m’a dit qu’elle disait à sa petite fille de me prendre comme modèle. Ils ont toujours été là pour moi avec leurs mots gentils. Je n’ai pas l’impression de les abandonner, c’est à eux que je dois le plus », conclut-elle.
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