Des députés fédéraux comptent toujours aller à Taïwan, malgré la pression de la Chine

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Une députée fédérale assure que ses collègues parlementaires et elle ont toujours l’intention de se rendre à Taïwan cet automne, malgré l'avertissement de l'ambassadeur chinois selon lequel de telles visites sont «préjudiciables» aux relations avec Pékin.
La députée libérale Judy Sgro, présidente du Groupe d'amitié parlementaire Canada-Taïwan, a confirmé à La Presse Canadienne que des députés libéraux et conservateurs membres du groupe se rendraient sur l'île autonome la semaine du 11 octobre.
«Il est extrêmement important de mener ce genre d’échanges», a plaidé Mme Sgro, ajoutant que Taïwan est «un phare d’espoir pour les principes démocratiques dans cette partie du monde».
Lors d’une entrevue accordée au «Globe and Mail» en avril, l’ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, a soutenu que les parlementaires canadiens jouissaient d’un statut officiel et que, par conséquent, tout engagement avec Taïwan était «préjudiciable» aux efforts visant à établir des liens bilatéraux plus solides.
Le ministère des Affaires étrangères de la Nouvelle-Zélande a annoncé la semaine dernière que Pékin avait interdit à quatre députés d'entrer en Chine pendant un an et exigé des excuses après leur visite à Taïwan.
Rééquilibrer les relations
Le premier ministre Mark Carney s’est rendu en Chine en janvier dans le cadre de ce que son gouvernement a présenté comme un effort visant à rééquilibrer les relations du Canada avec Pékin, après des années de tensions liées à la détention de Canadiens, aux droits de douane sur le canola et à l’ingérence étrangère.
La République populaire de Chine affirme être la seule représentante de la Chine et considère Taïwan comme une province rebelle qui doit être réunifiée avec le continent.
Le Canada adhère à la politique d’une seule Chine, qui ne reconnaît officiellement que Pékin comme gouvernement de la Chine. Cette politique ne se prononce pas sur la question de savoir si Taïwan est un pays — mais Mme Sgro n'a pas hésité à utiliser ce terme.
«C'est un pays démocratique qui organise régulièrement des élections. Les Taïwanais sont un peuple extrêmement fier et très fier de vivre dans une démocratie, dans une partie du monde où cela n'existe pas forcément», a-t-elle déclaré.
«Ils ressemblent beaucoup aux Canadiens. Ce sont des citoyens respectueux, discrets et respectueux des lois qui considèrent le Canada comme le modèle qu’ils souhaitent imiter et promouvoir. Et ils ont une économie forte.»
Mme Sgro a mentionné que le cabinet du premier ministre ne l’avait pas contactée au sujet de ce voyage et que les députés n’avaient jamais eu besoin d’autorisation pour de telles visites.
«Je n’ai pas besoin de confirmation. Il s’agit d’un groupe d’amitié parlementaire. Nous y allons sur notre temps libre», a-t-elle expliqué.
«Il n’y a jamais eu aucune ingérence ni aucune suggestion, jamais, à mon égard, selon laquelle nous ne devrions pas faire cela — ni à l’époque, ni aujourd’hui.»
En janvier, les députées libérales Helena Jaczek et Marie-France Lalonde ont écourté un voyage commandité à Taïwan, juste avant la visite de M. Carney à Pékin, tandis que des députés conservateurs ont poursuivi leur visite.
Mmes Jaczek et Lalonde avaient expliqué dans un communiqué qu'elles rentraient plus tôt au pays sur «conseil du gouvernement» afin «d'éviter d’éviter toute confusion avec la politique étrangère du Canada».
Mme Sgro a souligné lundi que ces députées étaient parties de leur propre initiative.
«On craignait à l’époque que cela puisse interférer avec les discussions délicates qui allaient avoir lieu au même moment», a-t-elle souligné.
«L'idée était que le moment n'était pas opportun, étant donné que le premier ministre avait cette réunion et ne voulait pas de distractions.»
Collaboration avec Taïwan
Selon la vice-présidente de la recherche et de la stratégie à la Fondation Asie-Pacifique du Canada, Vina Nadjibulla, il est crucial que les échanges avec Taïwan se poursuivent — en particulier ceux impliquant plusieurs partis politiques — après le message ambigu envoyé lorsque les deux députées ont écourté leur visite.
«C’est important du point de vue de la solidarité démocratique. À une époque où les démocraties sont menacées, tant par des défis internes qu’externes, nous devons travailler en étroite collaboration», a-t-elle fait valoir.
Taïwan et le Canada peuvent apprendre l’un de l’autre alors qu’ils sont confrontés à la désinformation, à l’ingérence étrangère et à la répression transnationale, a ajouté Mme Nadjibulla. La stratégie indo-pacifique du Canada préconise aussi un approfondissement de la collaboration économique et scientifique avec Taïwan, a-t-elle noté.
«L’autre élément consiste à souligner que la politique étrangère canadienne et les politiques canadiennes concernant Taïwan et la Chine sont déterminées par les Canadiens ici au Canada — plutôt que d’être dictées par les exigences de Pékin ou de toute autre superpuissance», a-t-elle poursuivi, faisant référence à l’interdiction imposée par la Chine aux quatre députés néo-zélandais.
«La force vient de l’amitié»
Le porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong, s’est rendu lui-même à Taïwan en mai. Il a qualifié cette visite de marque de soutien à la lumière des propos de M. Wang et a dit avoir financé le voyage de sa poche. L’ambassade de Chine a déclaré que sa visite violait la politique d’une seule Chine.
M. Chong fait partie des députés conservateurs et du Bloc québécois qui ont continuellement fait pression sur les libéraux pour qu’ils mènent à bien un accord-cadre de coopération commerciale avec Taïwan. Ottawa n’a fourni aucune explication quant à la raison pour laquelle l’accord n’a pas été signé.
Le représentant de Taïwan au Canada a révélé qu'Ottawa avait soudainement interrompu le processus, même si, selon ses dires, l'accord était prêt à être signé depuis plus d'un an.
Pékin a imposé des sanctions à M. Chong et à une commission de la Chambre des communes après qu’Ottawa eut imposé ses propres sanctions à l’encontre de responsables du Xinjiang que le Canada avait accusés de violations des droits de la personne à l’encontre des Ouïghours.
Dans ce contexte, Mme Sgro persiste à dire que les échanges parlementaires sont «vraiment importants» en cette période de bouleversements géopolitiques.
«La force vient de l’amitié, et c’est grâce à l’amitié que l’on apprend à se connaître. On comprend alors mieux pourquoi des personnes différentes agissent de manière différente», a-t-elle fait valoir.
«Il est regrettable que tout le monde ne partage pas cet avis.»
Dylan Robertson, La Presse Canadienne