Des comptes canadiens touchés par l'inexactitude de leur localisation sur X

Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2025
La semaine dernière, le réseau social X, anciennement Twitter, a déployé une nouvelle fonctionnalité de géolocalisation censée révéler le pays d'où les titulaires de comptes publient.
L'objectif était d'accroître la transparence sur la plateforme et d'aider les utilisateurs à repérer les faux comptes connus pour diffuser de la désinformation en ligne. Cependant, malgré un déploiement chaotique qui a pu révéler la localisation de certains comptes, d'autres utilisateurs ont affirmé que leurs comptes affichaient des localisations où ils ne s'étaient jamais rendus.
Que s'est-il passé?
Depuis son déploiement mondial le week-end dernier, cliquer sur la date d'inscription d'un utilisateur sur son profil X redirige vers la page «À propos de ce compte», qui indique notamment la localisation du compte.
Cette nouvelle fonctionnalité a semblé révéler que les comptes de nombreux partis politiques, entreprises et médias canadiens étaient basés hors du Canada.
Certains utilisateurs ont remarqué que les comptes du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique (NPD), ainsi que du NPD de la Colombie-Britannique, affichaient une localisation aux États-Unis (leur localisation a depuis été modifiée pour le Canada).
Aux États-Unis, des dizaines de comptes populaires, connus pour publier du contenu favorable ou défavorable au président Donald Trump, semblaient être situés à l'étranger.
Cependant, certains utilisateurs ont affirmé que la localisation affichée sur leur compte était inexacte.
Pourquoi les données de localisation peuvent-elles ne pas être fiables?
Philip Mai, codirecteur du Laboratoire des médias sociaux de l'Université métropolitaine de Toronto, a indiqué que son propre compte X affichait l'Allemagne comme lieu de résidence, un pays qu'il a visité récemment.
En effet, X utilise l'adresse IP de l'utilisateur, un identifiant unique attribué à chaque appareil connecté à internet. Si une personne se connecte à X depuis un autre pays, son adresse IP reflétera ce lieu.
Une autre raison pour laquelle les données de localisation de X ne sont pas toujours exactes est que certains comptes utilisent un VPN (réseau privé virtuel), qui peut masquer une adresse IP en la remplaçant par celle du serveur VPN.
«Si X se base sur ce type de données, les informations seront forcément inexactes», a indiqué M. Mai.
Un porte-parole du NPD de la Colombie-Britannique a expliqué que le compte du parti affichait une localisation américaine, car il utilise un système de gestion de contenu pour ses publications sur les réseaux sociaux, et que l'outil X avait suivi l'adresse IP du serveur situé aux États-Unis. Un porte-parole du Parti libéral a renvoyé La Presse Canadienne vers X et a dit que leurs comptes sur les réseaux sociaux «sont évidemment gérés depuis le Canada».
Plusieurs comptes X associés au mouvement séparatiste albertain affichent des localisations hors du Canada.
Le compte Alberta Prosperity Project, qui compte plus de 15 000 abonnés, a indiqué que sa localisation en Thaïlande était inexacte et a qualifié l'erreur de «limitation technique» de l'outil de X.
Un compte séparatiste a affirmé passer du temps en Californie, d'où sa localisation américaine, tandis qu'un autre a expliqué que sa localisation américaine était due à l'utilisation d'un VPN.
Ahmed Al-Rawi, professeur agrégé à l'École de communication de l'Université Simon Fraser, a fait valoir que la fonction de localisation pouvait constituer un point de départ intéressant pour trouver des indices sur l'origine d'un compte.
«Mais je ne m'y fierais jamais», a-t-il précisé.
M. Al-Rawi a expliqué que de nombreuses applications de réseaux sociaux disposent de méthodes relativement fiables pour géolocaliser les utilisateurs. Il a cité l'exemple de l'algorithme de TikTok qui s'adapte au contenu local lorsqu'il change de pays, et a indiqué que certaines applications comme Instagram peuvent identifier les bâtiments ou d'autres éléments géographiques des publications pour les géolocaliser.
Cependant, il a ajouté que le déploiement de la fonctionnalité de géolocalisation de X a suscité des accusations mutuelles et a exacerbé les tensions déjà présentes sur l'application.
«C'est comme une couche supplémentaire qu'ils pensaient utile, mais qui n'a fait qu'accroître la confusion chez beaucoup d'utilisateurs», a-t-il affirmé.
Comment X a-t-il réagi?
Nikita Bier, responsable produit chez X, a écrit samedi dans une publication que la nouvelle fonctionnalité présentait «quelques imperfections qui seront corrigées d'ici mardi».
«Si des données sont incorrectes, elles seront mises à jour régulièrement en fonction des meilleures informations disponibles», a-t-il dit.
Un avertissement affiché sur la page de localisation des comptes X indique que «le pays ou la région où est basé un compte peut être affecté par des voyages récents ou un déménagement temporaire. Ces données peuvent être inexactes et sont susceptibles d'évoluer».
M. Bier a précisé que les données de localisation seront mises à jour périodiquement, selon un calendrier aléatoire et différé.
Il a également indiqué que certains utilisateurs rencontraient des problèmes en se connectant à l'application via Starlink, le réseau satellite d'Elon Musk.
M. Bier a déclaré à un utilisateur canadien, dont la localisation affichait par erreur les États-Unis, que «Starlink nous a induits en erreur» et que l'équipe travaillait à la résolution du problème. L'utilisateur a supposé que son adresse IP avait été redirigée vers Starlink, car il s'agissait du centre numérique le plus proche de son emplacement au Canada.
Cela changera-t-il quelque chose?
Philip Mai a déclaré que cette fonctionnalité ne dissuadera pas vraiment les personnes mal intentionnées, qui redoubleront probablement d'efforts pour diffuser du contenu malgré la révélation de leur localisation. Sans compter qu'il serait relativement simple pour ces comptes de falsifier leur localisation et de contourner les mesures de détection de localisation de X.
«Il est probable que cette fonctionnalité ne contribuera en rien à résoudre les problèmes qu'ils tentent de régler», a-t-il soutenu.
«Il s'agit d'un signal parmi d'autres qui pourraient être utilisés en interne par l'équipe chargée de la confiance et de la sécurité pour prendre des décisions. Mais le présenter comme une donnée unique sur laquelle le public pourrait se fier pour décider de faire confiance à un compte ou non… alors non, ce n'est pas très judicieux.»
Marissa Birnie, La Presse Canadienne