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3 juin 2021 - 15:00

Les groupes environnementaux croient toujours qu’il faut abandonner le projet

Annonce de GNL : un show de boucane transatlantique, estime la Coalition Fjord

Jean-Francois Desbiens

Par Jean-Francois Desbiens, Journaliste

La Coalition Fjord et plusieurs groupes environnementaux estiment que l’annonce de GNL Québec en lien avec un projet de terminal allemand n’est rien de plus qu’un show de boucane transatlantique.

Pour les groupes, l’annonce d’un « partenariat stratégique » aux contours flous et très exploratoires ne garantit rien en terme de contrat de vente ou d'approvisionnement, mais sert plutôt à mousser la promotion que font les deux promoteurs de leur projet auprès des autorités réglementaires, de leurs investisseurs et du public.

De plus, cette annonce ne change rien au fait que si ce projet d’exportation de gaz de facturation voit le jour, ce serait une catastrophe pour le climat, les bélugas et le portefeuille des familles québécoises.

Cette annonce survient quelques jours après la sortie de la feuille de route de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pourtant très conservatrice jusqu’à présent dans ses prédictions, l’AIE explique que tous les pays doivent renoncer dès à présent au développement de nouveaux projets d’exploitation pétrolière et gazière afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Concrètement, cela veut dire une réduction d’au moins 55% de l’utilisation du gaz d’ici les 30 prochaines années.

L’AIE conclut également que « de nombreuses installations de liquéfaction de gaz naturel liquéfié (GNL), actuellement en construction ou en cours de planification, ne sont plus nécessaires et qu’entre 2020 et 2050 les échanges de gaz naturel sous forme de GNL diminueront de 60 %.

Partenaires fragiles

« Nous sommes devant deux partenaires fragiles qui tentent de sauver leur projet respectif en s’adossant l’un à l’autre. Il y a beaucoup d'incertitudes quant à l’avenir du GNL en Allemagne, alors qu’il y a un mois un projet analogue à celui de Hanseatic Energy Hub par l’entreprise Uniper a été annulé suite au constat qu’il n’y avait pas de demande. Le terminal d’importation allemand est aussi un projet contesté qui risque fort bien de ne jamais voir le jour, car il ne s’inscrit pas dans l’effort nécessaire pour atteindre la carboneutralité en Allemagne », explique Éric Pineault, économiste et professeur à l’UQAM.

« Pas de contrat, pas de garantie d’approvisionnement et pas d’entente signée ; l’annonce de GNL Québec et des actionnaires du projet allemand Hanseatic Energy Hub n’est qu’une coquille vide. Le ministre Charette ne doit pas se laisser duper par les manigances de GNL Québec. Il a entre les mains un rapport du BAPE dévastateur qui prouve que le projet augmenterait les émissions de GES mondiales et freinerait la transition énergétique. Il est plus que temps pour le ministre de fermer définitivement la porte à GNL Québec », explique Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.

« Alors que l’Agence internationale de l’énergie vient de recommander l’abandon de nouvelles infrastructures d’énergies fossiles, y compris le gaz, GNL Québec/Gazoduq tente désespérément de promouvoir son projet de gaz sale produit par fracturation hydraulique. Le gouvernement doit écouter la science du climat et la volonté de la population du Québec et ignorer le show de boucane de l'industrie qui fait passer ses profits avant les objectifs climatiques du Québec, du Canada et du monde », affirme Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada.

Acceptabilité sociale

« Cette annonce ne change rien au fait que ce projet ne satisfaisait pas le critère minimum d’acceptabilité sociale, d’ailleurs confirmé par le BAPE et requis par le gouvernement. En plus, il entraînerait des hausses de tarifs d’électricité, hausse d’ailleurs confirmée par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Jonatan Julien. C’est totalement inacceptable que les abonnés soient d’Hydro-Québec financent le transport et l’exportation de gaz générateur de GES supplémentaires », explique Camille-Amélie Koziej Lévesque, co-porte-parole de la Coalition Fjord.

« Les promoteurs sont clairement à la recherche de bonnes nouvelles depuis le coup de massue du rapport du BAPE. N’en trouvant pas, ils sont donc obligés d’en créer de toute pièce. Il n’en demeure pas moins que, comme l'a dit l'Agence internationale de l'énergie, le respect des engagements de l'accord de Paris est incompatible avec le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Il faut vivre dans un monde de licornes pour croire que cette annonce favorise la transition énergétique », conclut Émile Boisseau-Bouvier, analyste des politiques climatiques chez Équiterre.

Les groupes tiennent à rappeler que dans son rapport, le BAPE a alerté le gouvernement sur la quantité astronomique de gaz à effet de serre (GES) qui serait émise par la compagnie, expliquant que GNL Québec/Gazoduq entraînerait « un ajout net d’émissions de GES » au niveau mondial.

Les émissions de GES du projet sont estimées par le BAPE à 45,5 millions de tonnes d’équivalents CO2/an (Mt éq. CO2/an), soit une analyse conservatrice considérant que de nombreux groupes et scientifiques ont évalué ces émissions à plus de 50 Mt éq. CO2/an.

Le BAPE a d’ailleurs expliqué que « la mise en place de nouvelles infrastructures d’échange de GNL pourrait constituer un frein à la transition énergétique sur les marchés visés par le projet ».

De plus, le gaz exporté par GNL Québec serait majoritairement extrait par fracturation hydraulique, une technique qui entraîne d’importantes quantités d’émissions fugitives de méthane, un GES 86 fois plus puissant que le CO2 (sur 20 ans). En prenant en compte le réel taux de fuites de méthane dans tout le cycle de vie du projet, les émissions de GES engendrées par le projet seraient aussi néfastes pour le climat que le charbon.

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