Publicité
17 décembre 2019 - 15:55 | Mis à jour : 16:00

Caribou forestier : la Première Nation innue de Pessamit affirme sa volonté de protéger le Pipmuacan

Par Salle des nouvelles

Dans le contexte de la récente décision du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs sur la levée de certaines mesures de protection au profit de l’industrie dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Conseil des Innus de Pessamit affirme son intention de protéger le Pipmuacan.

« Force est de constater que les enjeux de l’industrie forestière prennent toujours le dessus sur les enjeux de biodiversité et les enjeux autochtones. Il faut que cela change », réagit Éric Kanapé, conseiller politique pour la Première Nation de Pessamit.

Fréquenté depuis des temps immémoriaux par les Pessamiulnuat, le Pipmuacan est un lieu irremplaçable pour la pratique et la transmission de la culture innue. De plus, ce lieu névralgique de rencontre entre les communautés innues d’Essipit, de Mashteuiatsh et de Pessamit témoigne de sa grande richesse sur le plan historique et patrimonial pour la Nation innue.

Or, la culture innue est aujourd’hui menacée par l’altération de la forêt due au type de foresterie qu’on y pratique. Une foresterie qui, à ce jour, a très peu tenu compte des besoins des Pessamiulnuat et qui a altéré une grande partie des écosystèmes naturels du territoire. L’intégrité biologique des forêts est toutefois nécessaire pour le maintien des pratiques traditionnelles, qui reposent tout particulièrement sur le prélèvement de la ressource faunique.

De ces activités découlent ensuite le partage et la transmission des valeurs, du savoir et de la langue propres à la culture innue.

Le déclin du caribou forestier au Québec témoigne de ce déséquilibre écologique. Reconnu comme espèce parapluie associé aux vieilles forêts, son déclin nous envoie le signal d’alarme que la foresterie actuelle québécoise ne permet pas de maintenir la biodiversité d’origine de nos forêts boréales. Ainsi, les perturbations qui découlent des coupes forestières se répercutent sur la faune, et par conséquent, sur les pratiques traditionnelles. En bout de ligne, c’est la survie culturelle des Innus qui est menacée.

« Nous sommes extrêmement inquiets de la façon dont le gouvernement du Québec gère la biodiversité et les espèces menacées. Il y a urgence de trouver de meilleures façons de faire l’aménagement qui protégera notre culture. Nous n’acceptons plus que notre survie identitaire soit mise en danger », affirme le conseiller politique.

Minashkuau atik, le caribou forestier, est un animal sacré pour le peuple innu et une espèce légalement protégée. Il a assuré la subsistance des Innus sur le Nitassinan pendant des millénaires. La culture, le savoir, la langue et la spiritualité innus sont fondamentalement liés à cette espèce et au territoire. Leur mode de vie et d’occupation du territoire s’explique d’ailleurs par leur grande dépendance à Atik. Le caribou est ainsi une composante vitale de la culture innue et le déclin des populations représente une perte culturelle inestimable pour ce peuple.

« Le caribou et le territoire sont les noyaux de notre culture. Ils structurent nos pensées, façonnent notre être, nos valeurs et notre spiritualité. Sans eux nous n’existons plus » témoigne Monsieur Kanapé.

Aire protégée autochtone

Pessamit mène présentement un projet de création d’aire protégée dans le secteur du Pipmuacan, lieu de haute importance pour la culture innue. Ce lieu est également reconnu comme un habitat essentiel pour le maintien de la population de caribous du Pipmuacan.

« Les Pessamiulnuat ont cessé depuis plus de dix ans le prélèvement de ce gibier, sacrifiant ainsi une partie importante de leur culture. En retour, quels ont été les sacrifices des forestières qui sont scientifiquement reconnues comme étant la principale cause du déclin de l’espèce? Quelles ont été les actions concrètes du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs durant ces années, où le déclin n’a fait que s’accentuer? Il est grand temps que le gouvernement du Québec prenne ses responsabilités », affirme Éric Kanapé.

Le Conseil des Innus de Pessamit demande au gouvernement du Québec, dans un esprit de réconciliation avec les Premières Nations, d’attribuer une protection légale au Pipmuacan et d’appliquer les mesures nécessaires afin de mettre en réserve ce territoire à des fins d’aire protégée, le temps qu’un scénario de conservation fondé sur les connaissances traditionnelles et les aspirations de la communauté soit déposé.

La mise en réserve du Pipmuacan à des fins d’aire protégée contribuerait directement à l’atteinte de la cible internationale de 17% d’aires protégées en milieu terrestre, un objectif que le gouvernement du Québec s’est engagé à atteindre d’ici la fin de l’année 2020 et pour lequel beaucoup de retard a été accumulé.

Par ailleurs, la révision en cours de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel (projet de loi 46) est une excellente occasion de reconnaître et valoriser les initiatives de conservation autochtone à travers le Québec.

Publicité

Commentez cet article

Un ou plusieurs champs sont manquants ou invalides:





Saguenay-Lac-Saint-Jean se réserve le droit de ne pas publier ou de retirer les propos diffamatoires, obscènes, ainsi que les commentaires discriminatoires, tout comme ceux incitant à la haine ou la violence. De plus, l'écriture phonétique et les messages écrits en lettres majuscules ne seront pas acceptés.

Vous souhaitez commenter cet article ? Faites-le de façon intelligente. Quoique certains internautes se croient à l’abri en publiant des commentaires et en nous donnant de faux courriels, il est très facile de les retracer. En cas de plainte pour diffamation ou menaces, Saguenay-Lac-Saint-Jean collaborera avec les autorités en leur remettant les informations desdites personnes.