Un plan coordonné est nécessaire pour protéger le monarque, selon une étude


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Par La Presse Canadienne, 2025
Des chercheurs exhortent le Canada, les États-Unis et le Mexique à prendre des mesures immédiates pour sauver le papillon monarque, cet insecte migrateur étant confronté à un risque croissant d'extinction en raison de la perte de son habitat.
La population de ce papillon emblématique a diminué d'environ 80 % au cours des deux dernières décennies, selon un article publié dans la revue «Current Biology». La perte de son habitat de reproduction est la principale raison de ce déclin brutal.
Les papillons monarques migrateurs parcourent chaque année des milliers de kilomètres entre le centre du Mexique, où ils hivernent, les États-Unis et le Canada. C'est un voyage unique et miraculeux pour une créature pesant moins d'un gramme.
Les experts estiment la population du papillon monarque de l'est de l'Amérique du Nord en mesurant la superficie forestière qu'il occupe pendant sa période d'hivernage. L'objectif de conservation idéal pour l'espèce est d'environ 132 millions de papillons, mais l'estimation de l'hiver dernier montre qu'il y en avait moins de 40 millions, soit une chute importante par rapport à la moyenne de 300 millions du début des années 1990, a indiqué l'un des coauteurs de l'étude.
Ryan Norris, professeur au département de biologie intégrative de l'Université de Guelph, estime que ce chiffre est «alarmant».
«Ces chiffres sont assez bas, et nous ne voulons pas qu'ils soient aussi bas, car toute catastrophe au Mexique pourrait menacer, voire anéantir, toute la population de monarques de l'est de l'Amérique du Nord», a prévenu M. Norris lors d'une récente entrevue.
Bien que la population de papillons soit volatile, connaissant des fluctuations naturelles chaque année, une baisse aussi importante n'est pas normale, a-t-il ajouté. Si les efforts de conservation ne sont pas pris au sérieux, elle pourrait «atteindre zéro assez rapidement», a-t-il signalé.
Ce papillon aux ailes orange et aux taches blanches le long de sa bordure noire est classé comme espèce en voie de disparition au Canada et au Mexique. Le Service de la Pêche et de la Faune des États-Unis a proposé de l'inscrire comme espèce menacée.
Perte importante de son habitat
Le monarque pond ses œufs sur l'asclépiade, seule source de nourriture pour ses chenilles. M. Norris a indiqué que plus d'un milliard de tiges de la plante ont été perdues au cours des dernières décennies en Amérique du Nord.
D'autres facteurs expliquent le déclin de la population, notamment la perte d'habitats d'hivernage dans les hautes terres mexicaines, les phénomènes météorologiques extrêmes et les sécheresses causées par le changement climatique, ainsi que l'utilisation généralisée de pesticides, selon les experts.
Mais «l'hypothèse la plus solide, du moins pour le moment, est que c'est la perte d'habitats de reproduction, en particulier d'asclépiades dans le Midwest américain, qui est à l'origine du déclin de la population de monarques», a précisé Tyler Flockhart, écologiste des populations et biologiste de la conservation, qui est l'auteur principal de l'étude.
L'article suggère un investissement de 150 millions $ sur cinq ans pour restaurer les asclépiades, souvent détruites par les pratiques agricoles, le long de la voie de migration du papillon. M. Flockhart, qui dirige une société de conseil en environnement à Saskatoon, a déclaré que la majeure partie de cet investissement devrait être destinée au Midwest américain.
De bons progrès, mais encore insuffisants
Des efforts sont en cours dans les trois pays pour restaurer la population de monarques, a déclaré M. Norris. Cependant, il est «peu probable» que les efforts actuels mènent à un niveau de population durable, a-t-il ajouté. C'est pourquoi l'étude publiée propose une stratégie de conservation trinationale coordonnée pour préserver les monarques.
Environnement et Changement climatique Canada affirme travailler en étroite collaboration avec les provinces et les territoires, ainsi qu'avec le Mexique et les États-Unis, pour protéger les papillons et leur habitat grâce à différentes initiatives et programmes.
Le ministère a indiqué avoir versé plus de 10 millions $ pour financer 79 projets en faveur du monarque à travers le pays depuis 2017. Ces programmes ont permis de sécuriser plus de 43 kilomètres carrés d'habitat pour le monarque grâce à des mesures de protection juridiquement contraignantes, et d'améliorer plus de 49 kilomètres carrés d'habitat grâce à la plantation d'espèces indigènes et à d'autres mesures.
Ces efforts ont donné des résultats positifs, a reconnu M. Norris, soulignant que de plus en plus de personnes aux États-Unis et au Canada plantent des asclépiades dans leur jardin et sur leurs terres. Il espère que cela continuera.
«Tout le monde peut faire un petit geste, et cela ferait une grande différence, a-t-il soutenu. C'est un papillon emblématique, un animal emblématique, tellement de gens le connaissent, tellement de gens s'y sont attachés de différentes manières.»
Il a déclaré que si les États-Unis classaient le monarque comme espèce en voie de disparition, cela donnerait un formidable coup de pouce aux efforts de conservation.
Une espèce fascinante
Les papillons monarques ont également une importance culturelle dans les trois pays.
«Si nous les perdions et que nous regardions en arrière, des millions de personnes regretteraient de ne pas avoir pu faire quelque chose », a souligné Ryan Norris.
Tyler Flockhart, qui a lancé l'idée de cette étude dans le cadre de sa thèse de doctorat il y a plus de 15 ans, a déclaré que près de deux décennies de recherche sur ce papillon l'avaient fasciné.
Les monarques qui migrent vers le nord au printemps se reproduisent en chemin et vivent environ un mois. Ceux qui migrent vers le sud à la fin de l'été entrent dans un état de diapause reproductive et peuvent vivre jusqu'à neuf mois.
«C'est une espèce tellement intéressante (…) Je n'arrive même pas à concevoir qu'un papillon pesant moins d'un gramme puisse voler du sud de l'Ontario jusqu'à un endroit qu'il n'a jamais visité, au centre du Mexique, a-t-il relaté. Je pense que les monarques sont parmi les insectes les plus étonnants de la planète, sans conteste.»
Mais il craint qu'ils ne survivent pas longtemps si les efforts de conservation ne s'intensifient pas.
«Je dirais que si nous n'agissons pas, il y a de fortes chances que nous perdions les papillons monarques modernes de notre vivant», a-t-il indiqué.
Sharif Hassan, La Presse Canadienne