Un milliardaire américain veut empêcher l'abattage d'autruches en C.-B.


Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2025
Un milliardaire new-yorkais, fervent partisan du président américain Donald Trump, affirme contribuer au financement de la bataille juridique menée par un élevage d'autruches de Colombie-Britannique contre l'ordre d'abattre son troupeau d'environ 400 oiseaux après une épidémie de grippe aviaire.
John Catsimatidis a déclaré qu'un ami et lui avaient contribué à hauteur d'environ 35 000 $ US à la bataille juridique menée par Universal Ostrich Farms à Edgewood, dans l'intérieur de la Colombie-Britannique, pour faire cesser l'abattage ordonné par l'Agence canadienne d'inspection des aliments.
L'homme de 76 ans, dont la fortune nette de 4,5 milliards $ comprend une raffinerie de pétrole et une chaîne d'épiceries new-yorkaises, s'est également attribué, lors d'une entrevue mardi, le mérite d'avoir mis l'élevage d'autruches sous les projecteurs internationaux, en soulevant la question auprès de responsables de l'administration Trump.
Il a également indiqué avoir écrit au premier ministre Mark Carney au sujet de cette affaire et avoir déclaré que, si les rôles étaient inversés, il accepterait qu'un riche Canadien tente d'influencer la politique américaine.
«Je pense que le peuple canadien et le peuple américain forment un seul peuple. Nous dépendons les uns des autres. Nous avons toujours dépendu les uns des autres, et nous devons nous entraider, car nous sommes dans le même bateau», a-t-il dit.
Dans sa lettre à Mark Carney, M. Catsimatidis propose de faire une déclaration publique commune avec le premier ministre pour souligner la «compassion transfrontalière» et souligner la quantité de pétrole canadien importée par ses entreprises.
Il est PDG du groupe Red Apple, qui détient notamment la United Refining Company, basée en Pennsylvanie, et possède des bureaux canadiens à Calgary et à Ancaster, en Ontario.
«Plus généralement, je tiens à souligner que le groupe Red Apple est l'un des plus importants importateurs de pétrole canadien aux États-Unis, indique la lettre. J'accorde une grande importance aux liens économiques et diplomatiques entre nos nations et j'ai toujours cru que nos intérêts communs vont au-delà du commerce ; ils incluent la responsabilité morale d'agir avec sagesse et humanité lorsque le monde nous regarde.»
Le bureau de Mark Carney n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.
M. Catsimatidis a raconté avoir entendu parler de la ferme lorsque la fille du copropriétaire, Katie Pasitney, a appelé la station de radio new-yorkaise dont il est propriétaire.
«En quelques semaines, plus j'entendais parler de la ferme, plus je m'y intéressais. J'en ai parlé à mon ami le secrétaire Kennedy et à mon ami le Dr Oz, et ils étaient tous deux d'accord avec moi», a-t-il dit.
Le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., et son collègue, le Dr Mehmet Oz, ont tous deux fait pression pour que les oiseaux soient sauvés.
L'Agence canadienne d'inspection des aliments a ordonné l'abattage en décembre, lors d'une épidémie de grippe H5N1 qui a tué 69 autruches à la ferme ce mois-là et en janvier.
Si les défenseurs de la ferme affirment que les oiseaux survivants ne constituent plus une menace et peuvent être utilisés pour la recherche, l'agence maintient que l'abattage est nécessaire car les troupeaux exposés créent une opportunité pour le virus de muter.
«Même lorsque les autruches semblent en bonne santé, elles peuvent propager des maladies. Des recherches scientifiques ont démontré que les autruches développent spontanément des mutations rendant le virus plus infectieux pour les mammifères. Des infections prolongées et répétées chez ces oiseaux augmentent le risque de cette mutation», indique l'agence dans un article publié sur son site internet.
L'agence précise que, bien que la production d'anticorps soit un domaine de recherche scientifique important, elle n'a reçu aucune preuve de son utilisation à la ferme.
Des «animaux emblématiques»
M. Catsimatidis, que Donald Trump considère comme un ami de longue date, a déclaré que le président était également au courant du cas, que M. Kennedy lui avait évoqué.
Il a qualifié les autruches d'animaux emblématiques et anciens qui méritent de vivre.
M. Catsimatidis est surtout connu pour être le propriétaire de la chaîne de supermarchés new-yorkaise Gristedes et anime une émission hebdomadaire sur WABC, une station de radio qu'il a rachetée en 2020.
Lundi, il a animé une conférence de presse avec Pasitney et M. Oz, où il a évoqué sa contribution financière aux frais juridiques des propriétaires de la ferme, dont l'avocat souhaite porter l'affaire devant la Cour suprême du Canada après que la Cour d'appel fédérale a confirmé l'ordre d'abattage la semaine dernière.
«Je pense que ces animaux méritent de vivre. Et s'ils sont tués, nous ne nous arrêterons pas là. Des enquêtes massives seront menées pour déterminer les raisons de cette précipitation à abattre ces animaux», a expliqué M. Catsimatidis, dont la fille, Andrea Catsimatidis, est présidente du Parti républicain de Manhattan.
M. Oz, ancien animateur de télévision et chirurgien, aujourd'hui administrateur des Centres américains pour les services Medicare et Medicaid, a déclaré que les oiseaux devraient être épargnés, car ils pourraient receler des secrets sur la grippe aviaire, et a proposé de les accueillir dans son ranch de Floride. M. Kennedy a envoyé des lettres aux responsables canadiens pour exiger que les oiseaux soient étudiés.
Ashley Joannou, La Presse Canadienne