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Les journaux locaux confrontés à la chute de leurs recettes publicitaires

durée 14h27
27 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les éditeurs de journaux locaux affirment que Postes Canada contribue à pousser certains d’entre eux à la faillite en raison d’un partenariat élargi qu’elle a conclu avec la plus grande imprimerie du pays.

Le mois dernier, la société d’État a lancé à l’échelle nationale une coentreprise avec Transcontinental, baptisée Raddar, dans le cadre de laquelle Postes Canada a commencé à distribuer des circulaires proposant des offres promotionnelles dans les dix provinces.

Les journaux locaux comptent depuis toujours sur ces liasses de prospectus pour financer leurs publications, distribuées gratuitement à des millions de lecteurs dans les zones urbaines et rurales.

Paul Deegan, président et chef de la direction de Médias d’info Canada, qui représente des dizaines de journaux locaux parmi les 550 titres d’actualité dont elle défend les intérêts, affirme que ces médias perdent désormais des annonceurs après avoir été concurrencés à la baisse par une entreprise soutenue par le gouvernement. Cette perte de revenus menace d’entraîner la fermeture de médias d’information et de laisser les habitants moins bien informés sur ce qui se passe dans leurs communautés, explique-t-il.

«Concrètement, ce qui s’est passé, c’est que les éditeurs qui auraient dû recevoir un certain nombre de circulaires en tant qu’encarts publicitaires ont vu ces commandes pratiquement disparaître. C’est littéralement l’effondrement total», confie M. Deegan.

«Nos membres estiment qu’il s’agit d’un comportement anticoncurrentiel. Ils essaient de nous évincer.»

Plusieurs journaux disparaissent

M. Deegan cite comme dernière victime en date le Community Review de Winnipeg, un journal hyperlocal publié en deux éditions, est et ouest, dont la fermeture était prévue vendredi dernier. Selon l’association professionnelle, cette fermeture mettra fin à la distribution auprès de 200 000 foyers et privera de leur emploi plus de 800 livreurs à temps partiel, moins de deux mois après l’arrivée de Raddar.

Les journaux communautaires situés plus à l’ouest en subissent également les conséquences. Great West Media, qui possède neuf publications couvrant les communautés de l’Alberta, de Banff et de Barrhead à la banlieue d’Edmonton et de Calgary, a vu de grands détaillants abandonner son offre de publicité au profit de Raddar — qui propose un paquet plus fin et plus élégant, plus facile à transporter pour les facteurs que les liasses de dépliants traditionnelles.

«Cela a réduit nos volumes de publicité d’environ 80 %, car désormais, tout ce volume est transféré à Postes Canada», rapporte Evan Jamison, copropriétaire et vice-président de la production chez Great West Media, une entreprise familiale dont les origines remontent aux années 1960.

«Cela pourrait être une question de survie pour certains d’entre eux, ajoute-t-il à propos des journaux. Certains risquent de ne pas survivre.»

«Combler un vide»

Postes Canada souligne que de nombreux groupes de presse locaux se sont appuyés sur elle pour acheminer les journaux jusqu’aux boîtes aux lettres plutôt que sur leurs propres systèmes de distribution. Alors que certaines entreprises de presse choisissent de fermer des journaux ou d’abandonner la distribution privée — même avant l’arrivée de Raddar —, la société d’État dit être intervenue pour aider à combler le vide dans la distribution des prospectus.

«Nous comprenons les défis auxquels sont confrontés les journaux communautaires et continuons à travailler avec eux. L’ensemble du secteur des circulaires connaît une mutation profonde à la suite de la fermeture de certains acteurs majeurs, ce qui affecte tous ceux qui dépendent de cette activité — des journaux aux imprimeurs en passant par les distributeurs», souligne Lisa Liu, porte-parole de Postes Canada, dans un courriel.

La société montréalaise Transcontinental a indiqué que le déploiement national de Raddar offrait aux détaillants une alternative à la publicité numérique et permettrait à davantage de foyers canadiens de bénéficier de réductions sur des articles allant des produits d’épicerie à la décoration d’intérieur. Selon l’entreprise, cette expansion ajoute environ 6,8 millions de foyers aux quelque 4,8 millions de circulaires déjà distribuées chaque semaine au Québec et en Colombie-Britannique.

«Ces dernières années, la distribution de circulaires a connu une transformation significative avec le retrait successif de groupes de presse, tels que Glacier Media, Metroland et, plus récemment, Postmedia», indique Patrick Brayley, chef de l’exploitation de Transcontinental, dans une déclaration.

«À la suite de ces changements, nos clients ont accueilli favorablement Raddar et Raddar.ca comme une plateforme médiatique nationale rentable, alliant une portée nationale à une précision locale.»

L’entreprise respecte le rôle des journaux locaux, ajoute-t-il, soulignant que Transcontinental contribue depuis des décennies à l’édition et à la distribution de journaux locaux.

Appel à des tarifs équitables

Médias d’info Canada (qui compte parmi ses membres les propriétaires de La Presse Canadienne) a appelé le gouvernement fédéral à veiller à ce que Postes Canada propose aux journaux communautaires des tarifs comparables à ceux dont bénéficie Transcontinental.

Des experts du secteur estiment également que le comité du patrimoine de la Chambre des communes devrait tenir des audiences afin d’examiner comment cette société d’État peut contribuer à soutenir la presse écrite.

Ces défis ne sont pas nouveaux.

«C’est en quelque sorte une histoire à plusieurs volets, marquée par le déclin de la presse locale imprimée et par le programme de courrier publicitaire de Postes Canada, qui détourne essentiellement les recettes qui soutiennent le contenu éditorial, en particulier sur le marché communautaire hyperlocal et gratuit. Et cela a commencé dès les années 90», explique Howard Law, défenseur des médias et ancien représentant syndical.

Pour les journaux communautaires, cependant, la situation s’est aggravée ces dernières années et de nombreuses fermetures sont antérieures au lancement de Raddar.

Postmedia a annoncé le 12 mai, deux jours avant que Raddar ne dévoile son expansion à l’échelle nationale, qu’il mettrait fin à toute distribution de circulaires d’ici la fin du mois d’août, ce qui entraînera la perte de 250 emplois, dont 50 postes à temps plein.

En 2023, les habitants de l’Ontario ont appris qu’ils allaient perdre plus de 70 journaux locaux imprimés après que Metroland Media Group eut annoncé son passage à un modèle exclusivement numérique, mettant fin à son activité de distribution et entraînant plus de 600 licenciements.

La même année, en Colombie-Britannique, Glacier Media a cessé ses activités d’impression pour trois journaux du Lower Mainland et deux autres dans le nord-est de la province.

Au Québec, 17 journaux hyperlocaux imprimés ont fermé leurs portes dans les deux plus grandes villes de la province après que Valérie Plante, alors mairesse de Montréal, eut déclaré que les liasses de prospectus hebdomadaires de Transcontinental — ainsi que les journaux qui les enveloppaient dans un sac en plastique — ne seraient distribuées qu’aux résidents qui en feraient la demande. Ce règlement municipal a marqué une victoire pour les écologistes, mais a été le coup de grâce pour Métro Média, qui a déposé le bilan en septembre 2023.

La coentreprise Raddar n’est pas soumise aux règlements municipaux, car Postes Canada est une société d’État.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:TCL.A)

Christopher Reynolds, La Presse Canadienne