Le nombre de femmes soldats canadiennes participant aux missions de l'ONU chute


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Par La Presse Canadienne, 2025
OTTAWA — Le Canada ne compte actuellement que deux femmes militaires déployées dans des missions de maintien de la paix des Nations unies, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait qu'Ottawa ne montre pas l'exemple et à son risque d'être pointé du doigt par l'organisation internationale pour avoir manqué ses objectifs.
En 2017, l'ancien premier ministre Justin Trudeau avait lancé une vaste campagne pour que le Canada devienne un chef de file international en matière de promotion des femmes dans le maintien de la paix. Cette initiative s'inscrivait dans la politique étrangère féministe de son gouvernement.
Les statistiques montrent toutefois que le nombre de femmes membres des Forces armées canadiennes contribuant au maintien de la paix a tellement diminué qu'il a récemment atteint son plus bas niveau.
Les plus récentes statistiques de l'Organisation des Nations unies (ONU), publiées fin mai, indiquent que seuls 29 Canadiens sont déployés dans le cadre des 11 missions de maintien de la paix actuelles de l'ONU.
Ce nombre comprend 18 officiers d'état-major, six policiers et cinq experts.
L'objectif de l'ONU prévoit que 22 % des 18 officiers des Forces armées canadiennes déployés dans ces missions devraient être des femmes. Aucune d'entre elles ne l'est.
Trois des six policiers sont des femmes.
Walter Dorn, professeur d'études de la défense au Collège militaire royal du Canada, a indiqué que ces mauvais résultats montrent qu'Ottawa a renoncé à son ancienne priorité politique, ce qui pourrait nuire à l'image du Canada sur la scène internationale.
«Nous avons eu beaucoup de mal à atteindre les objectifs de l'ONU que nous soutenions, a mentionné M. Dorn en entrevue. C'est embarrassant pour la communauté internationale et cela amènera l'ONU à critiquer le Canada, car nous n'atteignons pas les objectifs.»
«Je pense que le gouvernement laisse passer cela», a-t-il ajouté, affirmant que l'ONU semble être une priorité politique très faible à l'heure actuelle et que ce piètre résultat pourrait mettre en péril les postes convoités de maintien de la paix de l'ONU occupés par le Canada.
La Presse Canadienne a contacté plusieurs bureaux pour obtenir des réponses au sujet des piètres résultats de ces statistiques, notamment les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, ainsi que leurs ministères respectifs.
Seul le ministère de la Défense nationale a répondu, fournissant une réponse au nom de tous. Le ministère a indiqué que les chiffres fluctuent au fil du temps et qu'il y a actuellement six femmes au total, soit quatre policières en République démocratique du Congo et deux membres des Forces armées canadiennes déployées dans des missions au Moyen-Orient et au Soudan du Sud.
«Le Canada continue de promouvoir la participation significative des femmes non seulement aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, mais aussi dans d'autres organisations comme l'OTAN», a déclaré le porte-parole du ministère, Kened Sadiku.
«Les missions de maintien de la paix de l'ONU ne sont qu'un type d'opération de paix et n'incluent pas les missions bilatérales importantes, comme le travail en Ukraine, en Cisjordanie ou à la Cour pénale internationale», a-t-il ajouté.
Le ministère a également indiqué que 22 femmes, policières et civiles, étaient déployées dans des missions de paix, mais n'a fourni aucun renseignement supplémentaire.
Lors de plusieurs élections, les libéraux de Trudeau avaient promis que le Canada augmenterait ses contributions à l'ONU et, en 2017, d'accroître le nombre de femmes dans les missions de paix.
Ils ont également lancé un fonds appelé l'Initiative Elsie pour contribuer à accroître la participation des femmes aux opérations de paix de l'ONU, ce qui, selon des recherches, augmente les chances de succès des missions.
Depuis un certain temps, Ottawa progressait. Lors de la mission de maintien de la paix au Mali, entre 2018 et 2023, le pourcentage de femmes canadiennes en uniforme dans ces missions avait atteint 25 %.
Lorsque Justin Trudeau a quitté ses fonctions plus tôt cette année, il n'y avait qu'une seule femme militaire en mission de l'ONU.
Un contexte mondial difficile
Jane Boulden, professeure au Collège militaire royal du Canada et à l'Université Queen's, a avancé que ces chiffres décevants peuvent nuire à l'image du Canada et pourraient le rendre moins crédible lorsqu'Ottawa proposera de telles initiatives à l'avenir.
Mais avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie et l'Europe se préparant à de futurs conflits, en plus de l'hostilité du président américain Donald Trump envers les institutions mondiales, comme l'ONU, le monde d'aujourd'hui est également bien différent de celui du début des années 1990.
«Tout le monde comprend le contexte dans lequel nous évoluons, notamment avec M. Trump, les États-Unis et le nouveau monde dans son ensemble», a reconnu Mme Boulden.
Les Forces armées canadiennes comptent actuellement 1900 membres déployés en Lettonie dans le cadre d'une mission de dissuasion à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
«Lorsque le gouvernement a pris la décision d'envoyer des troupes en Lettonie pour soutenir l'OTAN, l'idée même de fournir des troupes, quel qu'en soit le nombre, aux opérations de l'ONU, a disparu. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de faire les deux, quel que soit le nombre», a expliqué Mme Boulden.
Les femmes représentent environ 16 % des membres de la force régulière au sein des forces armées, et environ 21 % des officiers.
Des contributions plus rares
Les opérations de paix en général sont également au plus bas, a ajouté Mme Boulden, avec seulement 11 missions de l'ONU actuellement en activité dans le monde.
«Nos contributions à l'ONU sont désormais perpétuellement très faibles, ce qui, dans ce contexte, rend encore plus difficile la présence d'un nombre significatif de femmes», a-t-elle précisé.
Le Canada s'est imposé comme un chef de file grâce à ses contributions passées aux opérations de maintien de la paix de l'ONU.
Au plus fort de ses efforts en 1993, le Canada était l'un des principaux contributeurs aux missions de l'ONU, avec un total de 3300 militaires déployés dans le cadre de ces missions.
Mais ce n'est plus le cas depuis longtemps, le Canada se classant désormais au 74e rang pour le nombre de militaires envoyés en mission.
Les anciens Casques bleus canadiens affirment ne pas être surpris par les faibles statistiques globales, tant chez les hommes que chez les femmes.
Le brigadier-général à la retraite Gregory Mitchell a avancé que le maintien de la paix dans son ensemble avait été relégué au second plan depuis l'intervention du Canada en Bosnie et en Somalie dans les années 1990.
Il a souligné que l'armée avait réorienté ses efforts vers la contre-insurrection dans les années 2000, lors du conflit en Afghanistan.
«À l'époque, de nombreux militaires de haut rang croyaient que le maintien de la paix n'était pas notre mission, a-t-il mentionné. Je ne connais pas grand-chose de l'après-Afghanistan, mais je pense que cette attitude a probablement perduré.»
Kyle Duggan, La Presse Canadienne