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Des Ukrainiens réclament la résidence permanente au Canada

durée 04h00
10 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Roksolana Kryshtanovych n'avait jamais envisagé de s'installer au Canada avant la guerre avec la Russie, mais l'invasion l'a empêchée de rentrer en Ukraine.

Depuis le début de l'invasion à grande échelle par Moscou en 2022, explique-t-elle, le Canada est devenu sa nouvelle patrie. Cependant, sans perspective de résidence permanente, elle et des milliers d'autres Ukrainiens vivant au Canada font face à un avenir incertain, tandis que le conflit se prolonge.

La ministre de l'Immigration, Lena Diab, a reconnu que nombre de ces titulaires de visa ne sont plus au Canada temporairement, mais le gouvernement n'a pas encore de solution concrète à leur situation.

Son gouvernement est désormais soumis à de nouvelles pressions pour ouvrir une voie vers la résidence permanente aux quelque 300 000 Ukrainiens, comme Mme Kryshtanovych, arrivés au Canada grâce au programme de visa d'urgence.

«Quand la guerre a éclaté, j’étais en Pologne, et c’est pourquoi mes parents m’ont suppliée de ne pas rentrer. En mars, le Canada a ouvert ses portes aux Ukrainiens», a expliqué Mme Kryshtanovych à La Presse Canadienne.

Elle vit maintenant à Toronto, où elle travaille pour une société de services financiers. Elle espère un jour acheter une maison et fonder une famille ici.

Lancée en 2022, l'Autorisation de voyage d'urgence Canada-Ukraine (AVUCU) offrait un permis de travail ou d’études de trois ans aux personnes fuyant la guerre.

À l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion russe, de nombreux Ukrainiens ont des possibilités limitées d’obtenir la résidence permanente.

Une vie bâtie au Canada

En janvier, Mme Diab a déclaré à La Presse Canadienne que le gouvernement était conscient que certaines personnes titulaires d’un visa AVUCU souhaitaient rester au Canada.

«Nous savons maintenant que ce n'est pas temporaire. Ils sont ici depuis plusieurs années et, pour la plupart, ils travaillent, ils se construisent une vie, ils ont des enfants. Je le comprends», a-t-elle énoncé.

«Ce que j'ai pu faire jusqu'à présent en tant que ministre, c'est prolonger leur statut au Canada, que ce soit pour le travail ou les études, le temps de trouver une solution», a-t-elle ajouté.

Mme Kryshtanovych fait partie d'un groupe appelé United Ukrainians for Canada Foundation. Ce groupe a organisé une campagne de lettres pour inciter les députés à créer une voie d'accès à la résidence permanente dédiée aux titulaires de visa.

Mme Kryshtanovych a indiqué que le groupe a connaissance de plus de 25 000 lettres envoyées depuis le début de leurs efforts en septembre.

«La situation est vraiment terrible en ce moment, car les gens essaient de rester et tous ne peuvent pas le faire, a-t-elle constaté. Beaucoup de gens se disent: J’ai 41 ans, j’ai 50 ans. J’ai un emploi, je paie mes impôts, je vis ici, j’ai des amis, mais je ne peux pas rester légalement".»

Le système d’entrée express du Canada pour la résidence permanente utilise une formule de points qui tient compte de l’âge, de l’état civil, du niveau d’études et de la maîtrise de la langue officielle du demandeur.

Roksolana Kryshtanovych a expliqué que, pour de nombreux Ukrainiens, le test de langue représente un obstacle. Elle a ajouté que beaucoup n’ont peut-être pas accès aux documents ou certifications nécessaires pour une demande de résidence permanente, ayant fui une zone de guerre.

Ni Daria ni Viktoria Vahina ne sont admissibles à l’entrée express par le biais du système de demande de résidence permanente du Canada.

Daria est arrivée au Canada il y a près de quatre ans et travaille chez Working Title Kitchen à Ottawa. Sa mère, Viktoria, l’a rejointe l’année dernière après le décès de son mari.

«Nous savons ce que nous allons faire pendant ces trois années, et après, malheureusement, nous ne savons pas ce qui va se passer, a lancé Daria. Tu ne peux pas te construire une vie, n'est-ce pas? Tu ne peux rien investir, tu ne peux pas vivre normalement.»

Viktoria, qui apprend l'anglais tout en travaillant comme boulangère, ignore de quoi son avenir sera fait.

Son employeuse, Leanne Moussa, explique avoir cherché des solutions pour obtenir la résidence permanente pour la famille Vahina et trois autres Ukrainiens qu'elle emploie, mais sans succès.

«Je pense que, lorsque le gouvernement fédéral accueille des personnes pour une période prolongée et qu'elles contribuent de manière significative à la société, il devrait exister un chemin vers la résidence permanente», a assuré Mme Moussa.

Des pistes de solution

Le gouvernement a effectivement ouvert une voie d'accès à la résidence permanente pour certains Ukrainiens en 2023. Les titulaires d'un visa pouvaient en faire la demande s'ils avaient de la famille citoyenne canadienne ou résidente permanente.

Les personnes titulaires d'un visa AVUCU arrivées au Canada avant le 31 mars 2024 ont jusqu'à cette date cette année pour demander une prolongation de leur permis de travail ou d'études.

Le Congrès ukrainien canadien a également exhorté Mme Diab à ouvrir une voie d'accès à la résidence permanente exclusivement aux titulaires de visas AVUCU. Le groupe estime qu'environ 100 000 personnes souhaiteraient obtenir la résidence permanente.

Mme Diab a avancé que les titulaires de visas peuvent toujours présenter une demande de résidence permanente par la voie régulière. La ministre a ajouté avoir également incité ses homologues provinciaux à prendre en compte les Ukrainiens lors de la soumission de candidatures au Programme des candidats des provinces (PCP).

Dans le cadre de ce programme, les immigrants ou leurs employeurs peuvent demander à leur province de les désigner pour la résidence permanente. Les provinces utilisent souvent ce programme pour attirer des talents étrangers possédant des compétences recherchées.

Mme Moussa a indiqué s'être renseignée sur le PCP, mais qu'aucun de ses employés n'y est admissible.

Selon Mme Diab, il est difficile pour le gouvernement fédéral de savoir où se trouvent les titulaires de visa AVUCU et quels emplois ils occupent avant qu'ils ne soumettent une demande de résidence permanente.

«Nous continuerons d'examiner la question de la résidence permanente, car nous savons que nous le devons et que c'est la bonne chose à faire», a-t-elle assuré.

Le député libéral de l'Ontario, Yvan Baker, a parrainé une pétition parlementaire demandant la création d'une voie d'accès temporaire à la résidence permanente pour les titulaires de visa AVUCU. Cette pétition a recueilli un peu plus de 45 000 signatures et doit se terminer jeudi.

La guerre à grande échelle menée par la Russie contre l'Ukraine entrera dans sa quatrième année plus tard ce mois-ci, suivie peu après par le 12e anniversaire de l'annexion de la Crimée par la Russie.

Plus la guerre s'éternise, plus il est difficile pour Mme Kryshtanovych d'envisager un avenir hors du Canada.

«J'ai des amis ici. J'ai du travail ici. Je vois ma vie ici», a-t-elle conclu.

David Baxter, La Presse Canadienne